La Fugue de Verena Ordenz de Laurent Koutaïssoff
Dans leur sillage, il est des livres qui laissent des traces indélébiles, un parfum suave, une musique subtile. La Fugue de Verena Ordenz en est un.
Le décor? Une belle bâtisse à l’orée de la forêt. La propriétaire est
l’énigmatique Verena Ordenz, organiste et compositrice de génie.
Gravitent autour d’elle des personnages aussi déconcertants que la
vieille dame, Mathias le jeune mécano aux grands yeux pervenche
occultés par d’épaisses lunettes, Louise au visage défiguré. La Seconde
Guerre mondiale a laissé des meurtrissures dans les corps et les âmes.
Le passé trouble du père de Verena, son rôle dans le trafic de tableaux
au profit du Trosième Reich, sa mort ignominieuse ont marqué au fer
rouge l’enfant si sensible.
L’organiste est une fervente admiratrice des articles de Valentine, une
funambule de la langue. Cette dernière reçoit une lettre de l’éminent
chef d’orchestre japonais Akio Todoroki: Verena la réclame auprès
d’elle. Valentine recueillera les souvenirs de la musicienne, mais
l’aidera aussi à achever LA fugue, l’œuvre de toute une vie, en mémoire
de Lucien, son fol amour de jeunesse. Enfin il y a le vénérable cèdre
dans les bras duquel Verena se réfugie, à l’abri du despotisme de sa
mère.
Amour et musique sont mêlés comme les cheveux blancs dans une chevelure
auburn. C’est la musique qui donne la pulsion primordiale à ce
magnifique et indispensable roman. La Fugue de Verena Ordenz est une
ode à l’amour, à la beauté, à la jeunesse. Une musique rédemptrice.
La langue de l’écrivain, qui vit actuellement à Lausanne, est douce
mais passionnée. Il y a de la délicatesse et de la poésie dans ses
propos. La mélodie du livre nous enveloppe et exerce sur nous une
étrange fascination. Les chapitres sont très courts, comme des
inspirations et des expirations, un rythme régulier comme celui d’un
métronome. Il y a une telle force, une telle puissance dans les mots
qu’on en est bouleversé.
Les heures s’égrènent. Il m’est impossible de refermer le livre. Sitôt
un livre lu, je songe déjà à celui que j’ouvrirai. Là, je vais attendre
que l’histoire se décante, que les morts infusent.
Encore deux mots sur Laurent Koutaïssoff. Il est né en 1966 et a étudié
les lettres à l’université de Lausanne, a publié de nombreux ouvrages
qui ont été couronnés de prix. En 2022, il a été nommé vice-chancelier
de l’Etat de Vaud.
ELIANE JUNOD, L'Omnibus
C'est un manoir isolé, au sommet d'une colline, où la musique
flotte dans l'air et où chaque silence semble annoncer une révélation.
Dans La Fugue de Verena Ordenz,
Laurent Koutaïssoff nous entraîne au manoir du cèdre, là où vit
une musicienne brillante et insaisissable, entourée d'un petit cercle
de proches triés sur le volet. Une jeune journaliste, Valentine
Fornerod, est invitée à rejoindre ce monde un peu à part.
Son arrivée va réveiller des confidences, des souvenirs enfouis, des
liens qui n'avaient jamais été vraiment nommés et que la musique seule
semblait encore contenir. Le récit avance comme une fugue musicale,
avec des voix qui se répondent, des motifs qui reviennent, des ellipses
qui obligent à tendre l'oreille. Et au fil des pages, les histoires de
Verena et de Valentine se croisent et dialoguent entre mémoire,
identité et quête de sens.
L'atmosphère est feutrée, presque suspendue, un manoir isolé, des
conversations contenues, des personnages qui vivent dans l'attente d'un
accord parfait qui n'arrive jamais vraiment. La musique devient
une clé, un langage intime pour dire ce que les mots hésitent à
formuler. On suit ces personnages comme on suivrait une mélodie
fragile, attentive à chaque nuance.
Laurent Koutaïssoff, auteur suisse, poursuit ici le travail entamé avec des romans comme Atlas ou Les Chats noirs de Gallipoli,
où l'on retrouvait déjà cette manière de sonder la mémoire, les lignes
de faille, les zones d'ombre. Son écriture précise et subtile
installe une ambiance faite de retenue, de profondeur et d'écho
intérieur. Ce nouveau roman s'inscrit dans cette même veine.
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Valentine
Fornerod, jeune critique musicale, reçoit une lettre inattendue du chef
d’orchestre Akio Todoroki : il l’invite à rencontrer Verena
Ordenz, figure mythique du monde musical, qui vit retirée depuis des
décennies. Fascinée par les mots de la journaliste, Verena l’invite
chez elle, projetant de sortir de l’ombre pour un ultime concert.
Valentine découvre alors un univers singulier : une maison marquée
par des souvenirs de la Deuxième Guerre mondiale, un cèdre centenaire
reliant passé et présent, une approche unique et intime de la musique…
et des amis dont les blessures ne se referment pas. Au fil des jours,
entre confessions et répétitions, les notes d’une fugue inachevée
prennent vie, et Valentine doit affronter ses propres failles..
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