PIERRE FRIDERICI - JEAN STEINAUER

LE GRAND FRED

2019. 96 pages. Prix: CHF 25.00
ISBN 978-2-88927-450-2


Biographie de  Pierre Friderici

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Le Grand Fred, une autre vision de Friderici

Dans un récit, le fils d’Alfred Friderici relate, sans fard, la vie de son père et le développement de l’entreprise de transports

Quatre jours après avoir soufflé ses 68 bougies et peu avant de céder les rênes de la Maison du dessin de presse, Pierre Friderici, qui la préside depuis ses débuts, vernit ce vendredi le récit qu’il vient de publier aux éditions Bernard Campiche. Dans ce petit ouvrage vivant et rythmé, intitulé Le Grand Fred, il retrace la vie de son père, Alfred Friderici, entrepreneur morgien inévitablement associé à l’histoire des transports.
La vie de ce voyageur sédentaire n’a rien de palpitant, le Grand Fred a énormément voyagé sans quitter son bureau. Dans sa salopette relevée d’une cravate, il passait des heures sur les cartes routières, traçant des itinéraires qu’il était incapable de lire ensuite sur le disque du tachygraphe, au retour du camion.

Des secrets de famille

Mais la biographie est aussi prétexte à évoquer l’histoire du développement des transports en Suisse, de l’entreprise et la chronique locale du siècle dernier à Morges. «Cet amateur de poids lourds qu’il envoyait partout était l’homme le plus casanier du monde. La Côte était son biotope, son milieu vital», écrit Pierre Friderici qui remarque que, hormis son cousin, tous les Friderici ont épousé des filles de Morges ou des villages directement voisins.
En filigrane, c’est aussi l’occasion de revenir sur la saga familiale qui a duré quatre générations jusqu’à la scission des deux frères Paul et Alfred en 1979, qui a vu le premier rester seul aux commandes du groupe et le second s’éloigner avec le sentiment d’avoir été grugé sur la valeur de l’entreprise.
«La rédaction de ce récit est une entreprise délicate parce que toute famille a ses secrets, ses non-dits, ses tensions, ses conflits.» Après avoir écrit cela en préambule, Pierre Friderici se défend pourtant d’avoir voulu publier une réponse à l’ouvrage édité par son oncle, Paul, paru il y a quatre ans sous le titre De l’avoine au diesel.

Émancipé du darbysme

«Mais il est vrai que je n’ai guère goûté au sous-titre qui annonçait “l’histoire d’une famille chrétienne”. Pour moi, cela sous-entendait que si on n’était pas chrétien affirmé, on n’était pas admis dans la famille Friderici. Or ce n’est que par le mariage de mon grand-père que le darbysme est entré dans notre famille et mon père, qui avait subi cette éducation religieuse, y avait renoncé dès ses 16 ans», affirme tout de go le sexagénaire passionné de moto.
L’empreinte de la doctrine religieuse de John Nelson Darby prend une place d’importance dans le récit rédigé «avec l’aide indispensable de mon ami journaliste et historien Jean Steinauer», comme le décrit le résident de Tolochenaz. «À l’époque, plusieurs familles darbystes étaient des piliers de l’économie vaudoise: les Bourgeois, marchands de vins de Ballaigues, les Cuendet aux Moulins de Cossonay, les Demaurex qui ont fondé Aligro et les André, parmi les plus gros négociants en grains au monde. Mon père et ses deux fils, nous étions un peu pointés du doigt de ne pas suivre le reste de la famille quatre fois par semaine à l’’église.»

Transporteurs sans visibilité

Mais ce qui ressort de ce récit, c’est que le pionnier – l’une des plus grosses firmes de transports en Suisse romande – était géré quasiment «à la bonne franquette», sans budget et sans stratégie claire. Selon Pierre Friderici, l’entêtement de Paul et de ses fils à viser les voyages, parfois spectaculaires, vers le Moyen-Orient, ajouté à des achats compulsifs qui faisaient de Friderici la plus puissante flotte de Suisse, ont amené à des pertes, des tensions et au divorce entre les deux frères, alors que le Grand Fred n’affichait que 62 ans.
«J’ai tenu à rédiger la biographie de mon père afin de lui rendre justice parce qu’il a fini sa vie sans avoir pu la conclure comme il le méritait», confie son fils, qui souligne le côté bon vivant de son paternel. Un important chapitre résume ainsi le réseau de fidèles amis qui entouraient le transporteur de la rue des Charpentiers dans un Morges d’antan qu’on ne reconnaît que partiellement aujourd’hui.
Le Grand Fred s’est éteint en 1996, mais il revit dans le livre qui sera verni ce vendredi à 18 heures, à la librairie Payot de Morges en présence de ses deux auteurs. Ceux-ci siègeront aussi face à leurs lecteurs lors du prochain Livre sur les quais.


DIDIER SANDOZ,
La Côte, 30 août 2019

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Friderici ou les génies du transport


Active depuis cent quarante-cinq ans, la famille Friderici s’est forgé une légende en réalisant de multiples exploits vers quarante-cinq pays sous l’impulsion de «Monsieur Paul», malgré les réserves de son frère Alfred. Un livre révèle les secrets de famille entre ces deux hommes

«Tout le monde savait que c’était impossible. Il en est venu un, qui ne le savait pas et qui l’a fait». Ce trait d’esprit de Marcel Pagnol est affiché au siège des transports Friderici, basés à Tolochenaz en Suisse. Il illustre la mentalité qui anime cette famille depuis cinq générations. Tous les membres de la famille? Non! Alfred et ses fils ne partageaient pas cette audace de Paul et de ses fils, d’où la scission survenue voici quarante ans.
On apprend ce lourd secret de famille avec la sortie du livre Le Grand Fred, écrit par Pierre Friderici, le fils d’Alfred. Un ouvrage probablement inspiré par le succès du livre écrit en 2016 par Paul sous le titre De l’avoine… au diesel. Décidément, tout est démesuré dans la folle histoire de Friderici, qui fait rêver des milliers de passionnés de camions et d’aventures.

Règlement de comptes et légendes

Tout a débuté vers 1875 avec Charles-Émile, qui livre du bois et des barriques de vin dans le canton de Vaud avec ses chevaux. Son fils Charles-Félix commande les premiers camions Saurer AC à pneus gonflables de la région, vers 1926. Le représentant de la deuxième génération achète un petit Saurer pour son fils Alfred (né en 1917), placé en location avec son frère Paul (né en 1923) pour l’armée Suisse en 1939.
À la Libération, la Croix-Rouge leur demande de livrer des colis de secours aux Français. Grâce à une connaissance, Alfred obtient des autorisations auprès de l’Aftri afin de rouler sous régime TIR dès les années 50. Les Suisses ramènent dans leurs citernes du vin d’Algérie depuis le port de Sète ou de Marseille, du Malaga espagnol ou du Porto.
En rejoignant plusieurs confrères au sein du groupement Transport Union dès 1954, Friderici recharge partout en Suisse, mais son huitième camion, le nouveau porteur remorqueur Saurer 6 C de cent quarante-chevaux, s’impose avec un tel volume qu’il ne laisse sur les quais aucun colis à ses confrères!
Malgré le protectionnisme en faveur des constructeurs locaux (Saurer – trois ans d’attente avec un acompte d’un tiers à la commande, Berna ou FBW), Friderici est autorisé en 1961 à acheter massivement des Henschel. En effet, les fils Alfred et Paul (qui a roulé durant treize ans) viennent de décrocher les «appros» sur le chantier de l’autoroute Genève-Lausanne-Villeneuve. Les besoins de camions bennes et de convois de soixante tonnes sont si urgents que l’on ne peut pas attendre le délai de livraison de trois ans des Saurer! Friderici jette son dévolu sur des dizaines de Henschel HS 120 à benne basculante sur le côté avec remorques, des HS 140 et 165 tractant des citernes alimentaires et à goudron Esso, sans oublier les modèles 4x4 ou à capot pour tirer les convois imaginés par Paul, avec deux modules d’essieux 2+2 traversiers pour les longues poutres de pont en béton armé. Arrivent les premiers Unimog, des chargeurs sur pneus et les grues Gottwald. Quant aux ensembles bâchés HS 16 et 19, ils partent chaque semaine vers la France ou vers les ports d’Hambourg et de Rotterdam.

Secrets de famille

Tout roule avec la précision d’une montre Suisse pour Alfred à l’exploitation et Paul à la technique. «Une clarté trompeuse», nuance Pierre, le fils d’Alfred. D’ailleurs, tout bascule avec la crise énergétique de 1974 et l’arrivée de la quatrième génération: Pierre et Charles du côté d’Alfred, Jean-Paul et André du côté de Paul. «Puisque le travail se faisait plus rare en Suisse et en France (perte de 50 % du CA), se souvient Pierre, Paul et son fils ainé Jean-Paul se sont tournés vers le long cours».
Une audace saluée: «Le Moyen-Orient, c’est l’avenir! Quel courage! Bravo les jeunes de la famille Friderici!», reprennent en cœur les membres de la Transport Union. «Il faut se rappeler qu’à cette époque, la mythologie du routier à grande gueule et gros bras battait son plein dans les médias, souligne Pierre. Les chauffeurs de la ligne avaient une espèce d’Homère radiophonique du nom de Max Meynier (avec son émission “Les routiers sont sympas”) qui les persuadait de se voir comme les héros de l’Odyssée motorisée». Suivant l’exemple de l’anglais Astran, des français Gruau, Couchet, VIT et Stouff, ou encore des pionniers suisses Laustauto (avec des Unic Izoard 270 chevaux V8 dès 1969) et Wuthrich (Volvo F88), Friderici s’engouffre vers ces marchés prometteurs. C’est à cette époque, vers 1975, qu’une quinzaine de routiers français sont recrutés pour desservir l’Iran, l’Irak qui modernisera l’aéroport de Bagdad (chantier Fougerolle-Spie) en 1980, puis l’Arabie Saoudite.

Deux visions du métier

Lorsque les transporteurs français ne sont plus les bienvenus après la chute du Shah d’Iran et les attentats du Liban, Friderici exploite sa neutralité diplomatique suisse. Paul Friderici et ses fils Jean-Paul ou André brillent avec leur flotte de Ken rutilants. Paul suggère même à Kenworth de rehausser la cabine sur son K 100 pour sortir la version Aérodyne. Les médias raffolent de leurs exploits (3 375 voyages au Moyen-Orient) sous le soleil, dans les déserts et face aux douaniers les plus hostiles.

Une famille au bord de l’implosion!

Restés dans l’ombre, Pierre Friderici et son père Alfred ruminent: «Pendant ce temps-là, les transporteurs alémaniques s’implantent dans notre région». Privés des meilleurs matériels (cinquante ensembles affectés aux pays arabes), des investissements et des meilleurs conducteurs, Alfred et ses deux fils ont du mal à satisfaire les clients sur le marché intérieur suisse.
Malgré les tarifs de 20 000 CHF le voyage sur l’Iran (soit 18 150 €), Pierre certifie qu’économiquement, ce fut un cruel fiasco avec une perte estimée à 10 millions de CHF (9 millions d’euros), au dire d’experts! «Nous étions tenus dans l’ignorance de la situation financière, traités comme des employés et ignorés lors des choix stratégiques», déplore Pierre, amer.
Alfred et ses fils sont évincés fin 1979 lors d’un accord, à l’issue d’une longue lutte intestine qui ruine la santé du «Grand Fred» (Alfred). Libres d’une clause de non-concurrence, ses deux fils fondent la Compagnie d’expéditions et de transports, revendue en 1996 à Arthur Ziegler. La CET restera concentrée sur le marché national de la messagerie, avec une centaine de moteurs.

Le voyage où tout a basculé

Pierre Friderici revient sur le premier voyage de ce qui aurait dû être un fabuleux contrat avec le groupe français Alsthom: «Un faux pas gigantesque, un mirage, un rêve tournant au cauchemar!, persifle le fils du grand Fred. lI a fallu faire construire (chez Nicolas) une remorque spéciale de douze lignes d’essieux à nonante-six roues, pour charger une colonne de refroidissement de cent quatre tonnes, ce qui exigeait un investissement de 408 000 CHF».
Le convoi de cent septante-deux tonnes au total et de quarante-deux mètres de long, tiré par un K 100 de quatre cent vingt-cinq chevaux lesté et poussé dans la poussière par «le Concorde» (Henschel F 261 V10), escalade les 2 465 m du col du Tahir (Turquie). Un exploit incroyable réalisé par «Chouchou», l’expérimenté Jean-Daniel Favre et par Michel Cudré, qui s’extraient d’un enlisement mémorable dans le sable! Mais en arrivant à la frontière avec l’Iran durant l’été 79, le régime du Shah est tombé et les Ayatollahs stoppent le chantier de la centrale de Tabriz. Pierre dresse un terrible bilan: «Nous avons dû rapatrier les chauffeurs, immobiliser le monstre durant trois mois et le rapatrier dans la neige du Tahir. Paul a négocié le retour à coups de voyages éclairs coûteux et de bakchichs, mais en pure perte! Nous avons même rencontré des problèmes de paiement et la remorque a été sciée en deux, afin de poursuivre sa carrière!».

Une perte, mais pour combien de bénéfices ensuite?

Pour prendre du recul, un témoin s’impose: Gérald Gioanni, le lignard français le plus célèbre, avec à son palmarès six cent trente-cinq convois exceptionnels avec Friderici dans
trente-trois pays. «Cet exploit inachevé m’a tellement fasciné que c’est précisément en 1980 que j’ai postulé pour entrer chez Friderici. À l’âge de vingt et un ans, on m’a confié un premier Ken». L’ambassadeur Friderici tient à préciser: «Malgré ce premier voyage à perte, Friderici va conserver la confiance d’Alsthom durant quarante ans et décrocher le contrat ABB, son homologue suisse!».
En 2005, Friderici, leader aussi dans le levage (vingt-cinq grues), a compté jusqu’à quatre cents moteurs et neuf cents salariés, avant de revendre Planzer et de se concentrer dans le «Spécial» avec cent septante-cinq conducteurs pour huitante moteurs. Gérald Gioanni précise: «Dans le nucléaire, on a de la mémoire. Ce fut le cas il y a près de dix ans entre Rouen et Poitiers (en passant par l’Arc de triomphe), ou en mars 2014 vers Millau, lorsqu’EDF a dû rapatrier d’urgence un transfo de secours de cent soixante-sept tonnes, Friderici était le seul à répondre. Qui d’autre pouvait disposer immédiatement d’un système poutres (brancards) pour des convois de trois cent soixante tonnes de PTR? Adapté aux routes de montagne, il avait été perfectionné par André Friderici».
C’était du cabotage confié à des Suisses, mais l’intérêt national de la France s’est imposé, jusqu’à élargir l’appel d’offres, avant que Scalès investisse à son tour dans les poutres porteuses. «C’est la plus magistrale reconnaissance de leur expertise!», martèle Gérald Gioanni, qui remarque avec cynisme: «Pour sortir son livre, Pierre Friderici a bizarrement attendu la mort de Monsieur Paul, le 13 novembre 2018. Il allait avoir nonante-cinq ans».
Aujourd’hui encore, lorsqu’un industriel recherche une solution pour livrer aux limites de l’Asie et du Moyen-Orient, seule la cinquième génération Friderici (avec Stéphane, Clément et Blaise) est encore en mesure de remettre un tarif et un délai. Mais à condition d’y mettre le prix! Qualité suisse certifiée…



À propos du livre Le grand Fred

Né en 1951, Pierre Friderici suivra son père dans la création de sa société de messagerie CET, avant de fonder CET Distribution, avec son frère Charles. Durant près de quarante ans, il exercera des fonctions de directeur ou d’administrateur dans le transport, avant d’organiser des voyages pour les amateurs de motos et de raids.
Avec la complicité de son ami journaliste, Jean Steinauer, Pierre tenait à rendre hommage
à son père le «Grand Fred, qui a tant œuvré lors de l’ouverture de Friderici vers l’international entre 1956 et 1979. (…)


FLETSCHER,
Les Routiers, No 983 - Janvier 2020

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La réponse de Pierre Friderici:

Bonjour Monsieur Lancerau,

Voici un très bel article qui ravira votre lectorat. Je vous félicite d’avoir, pour une fois, mis en avant André Friderici, qui, en tant qu’un des plus grands spécialistes en Europe des transports spéciaux, le mérite amplement. Vous êtes mieux placé que moi pour juger, mais je dirai le meilleur!
C’est, donc, volontiers que je recevrai un exemplaire de votre journal.
Un point à relever toutefois, car je pense que vous êtes passé à côté de mon livre. Aucun regret, aucune amertume dans cet écrit, qui n’avait pour but que de redonner à mon père la place qu’il n’avait pas trouvée dans le livre de mon oncle Paul. Si vous avez ressenti de tels sentiments, je m’en excuse, ce n’était pas le but recherché en éditant Le Grand Fred.
C’est, évidemment, l’histoire d’un divorce et il est difficile de l’expliquer en disant que tout le monde s’entendait à merveille, d’où peut-être certaines tournures de phrases qui ont pu vous laisser penser que je digérai mal cette séparation de quarante ans. Je vous rassure, j’ai mené une vie professionnelle et privée très bien remplie avec beaucoup d’activités enrichissantes.
Si j’ai un regret, quand même, je le partage avec votre «spécialiste autoproclamé» de la famille Friderici, Monsieur Gérald Gioanni. En effet, les hasards de l’écriture, de l’impression, ont fait sortir ce livre après le décès de mon oncle qui n’a pas pu l’apprécier à sa juste valeur.
Avec mes meilleures et amicales salutations.

PIERRE FRIDERICI

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Comme une série télé

Le  Grand  Fred  n’est  pas  un  livre  d’histoire,  mais  une  histoire racontée à plusieurs mains. Il y a le récit d’Alfred Friderici,  le  Grand  Fred,  décédé  en  1996,  interrogé  par  Jean  Steinauer  quatre  ans  avant  sa  mort,  il  y  a  les  souvenirs de son fils Pierre, coauteur de ce récit, et enfin la plume  de  notre  ancien  membre  du  comité  et  toujours  actif sociétaire Jean Steinauer qui rend ce récit vivant et alerte. Alfred Friderici a été à la tête de ce qui fut, à un moment donné,  la  plus  grosse  maison  de  transports  de  Suisse.  Son  grand-père  avait  fondé,  à  Morges,  en  1880,  une  entreprise de livraisons à cheval. C’est donc un pan de l’histoire des transports routiers en Suisse qui se dévoile au fil des pages, un pan aussi de la transformation de La Côte, en même temps qu'une saga dynastique digne des séries télévisées : secrets de famille et luttes de pouvoir à chaque épisode! Chabrol aurait adoré.

Société d’Histoire du Canton de Fribourg
, septembre 2019

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Le Grand Fred, un livre sur Alfred Friderici

Le Grand Fred, tel est le titre du livre que Pierre Friderici vient de publier sur son père Alfred Friderici chez Bernard Campiche Editeur. Cet ouvrage a été écrit avec le journaliste Jean Steinauer

Sur la quatrième page de couverture, sur laquelle figure la photo d’un camion de la célèbre entreprise de transport, on peut notamment lire ce qui suit: «Traversée par l’autoroute depuis près de 60 ans, la ville de Morges l’a été plus longtemps encore par les éclats de rire d’Alfred Friderici. Directeur avec son frère Paul de la plus grande structure de transport routier en Suisse, le Grand Fred, qui se présentait toujours comme chauffeur, se dépensa sans compter pour les siens, pour ses amis, son métier et son entreprise. Seule celle-ci qui lui échappa finalement, ne lui rendit pas ce qu’elle avait reçu de lui. Son fils, Pierre Friderici, avec la complicité du journaliste Jean Steinauer, raconte la vie ordinaire d’un homme qui ne l’était pas et soulève le capot des poids lourds. Voici des aventures et des personnages hauts en couleurs, des secrets de famille et des luttes de pouvoir.»

Le «cruel fiasco» du Moyen-Orient

À la page 36, Pierre Friderici, qui écrit que «tous les Friderici ne se ressemblent pas», distingue les «lignes de conflit qui aboutiront à la scission de l’entreprise». Pour y voir plus clair, il publie l’arbre généalogique des Friderici. On y voit  qu’Alfred Friderici (1917-1996) est issu de l’union de Charles-Félix Friderici (889-1958) et d’Élise Julie Bussy (1889-1921) alors que son demi-frère Paul Friderici (1923-2018) est issu de l’union de ce m^me Charles-Félix Friderici et d’Alice Isaline Bussy (1902-1978). Après un premier mariage en 1914, Charles-Félix Friderici s’était en effet remarié en 1923 avec la sœur de sa première épouse, décédée en 1921.
Quant aux «luttes de pouvoir» évoquées plus haut, Pierre Friderici écrit à la page 58 que «les transports au Moyen-Orient se soldèrent par un cruel fiasco.» Il est vrai que l’entreprise n’avait pas de conseil d’administration, «l’oncle Paulet professant qu’il n’avait rien à faire à ce niveau d’un type ne possédant pas de permis poids lourd…» déplore Pierre Friderici à la page 62.


LAURENT MISSBAUER,
Camion, octobre 2019

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Passionnant, ce récit écrit à quatre mains par Pierre Friderici pour les souvenirs et par Jean Steinauer pour la forme!
Le premier appartient à une dynastie de transporteurs et le second est journaliste. Pierre est le fils du Grand Fred, personnage truculent et haut en couleurs, travailleur acharné, se dépensant sans compter pour les siens et les amis.
Il partagera avec son frère Paul l’une des plus grosses entreprises suisses de transport.
Alfred Friderici est né en 1917 «alors que la guerre hurlait encore». Il est mort en 1996. La Côte est son biotope avec Morges comme point d’attache. Sous sa direction, ni publicité ni relations publiques. La bouche à oreille lui amène les clients. Penché sur ses cartes routières, en salopettes et cravate, il déclare: «Quels beaux voyages j’ai faits dans mon bureau.»
«Dans le temps, si le transporteur ne pouvait pas compter sur sa femme pour le secrétariat et les comptes, il ne tenait pas.» Et les femmes ne font pas de la figuration dans la famille Friderici! Paul est le responsable technique, Alfred le chef de la partie commerciale. Paul court les salons et commande des camions. «Il était comme un gamin dans un magasin de jouets.»
Dès les débuts, les transports s’effectuaient avec les chevaux. En 1998, il ont été «liquidés». Il y en avait encore quarante-huit. Dans les années 60, l’entreprise est florissante.
Elle assure des déménagements, des transports de chantiers. C’est le début des camions-grues et des transports spéciaux comme le vin et le moût à partir de Bordeaux en camions-citernes.
Elle effectue des travaux pour la poste et les CFF. L’entreprise tente le Moyen-Orient. Les pertes sont énormes.
Le darbysme a-t-il été le ferment de la dissension entre Alfred et Paul? Il a été un déclencheur, mais des erreurs stratégiques, un retournement conjoncturel d’envergure mondiale ont mené à l’éclatement de l’entreprise.
En 1977, Alfred jette l’éponge, «catastrophé d’en arriver là après de longues et fertiles années passées avec mon frère à créer l’empire Friderici SA.» La métamorphose du grand Fred en grand-papa gâteau rend le personnage encore plus attachant.
La saga Friderici se savoure comme un roman. Un arbre généalogique permet au lecteur de s’y retrouver dans le méandre de cette famille qui a modelé le paysage économique du canton.


ÉLIANE JUNOD,
L'Omnibus, octobre 2019

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«J’ai voulu écrire la biographie de mon père afin de lui rendre justice d'abord, parce qu'il a fini sa vie sans avoir pu la conclure comme il le méritait; et afin de transmettre à mon tour ce qu'il m'a donné: un art de vivre, une éthique du métier», écrit Pierre Friderici dans le prologue.
Ce récit est plus qu'une biographie, l'hommage d'un fils à son père, pour lequel il éprouve de la fierté. Pour ce faire, ayant du temps, mais pas d'expérience, ni d'argent à mettre, il a demandé de l'aide à Jean Steinauer, journaliste, historien et ami de longue date.
Comme on peut le voir sur la photo de couverture (à gauche), son père, Alfred Friderici, est un patron (dans le domaine du transport routier) comme on n'en fait plus: sa tenue de travail est une salopette bleue, «qu’il porte entrouverte sur une chemise et une cravate».
Alfred (1917-1996) est le responsable commercial et son frère Paul (1923-2018) le responsable technique de l'entreprise familiale, que tous deux, autodidactes, ont repris à la mort de leur père, Charles-Félix, en 1958, sans connaissances particulières en management.
Cela ne va pas les empêcher de la développer formidablement, localement et à l'international, et de la diversifier jusqu'au début des années 1970, en dépit des réglementations et des protectionnismes, jusqu'à ce que le département Moyen-Orient lui soit fatal.
Ce qui caractérise «Le Grand Fred», surnom qui lui a été donné par ses amis, c'est son enracinement local à Morges, où, sur plusieurs générations, tous les Friderici, ou presque, ont trouvé femme. Son fils Pierre parle du «biotope originel morgien» de la Maison Friderici...
Ce qui caractérise le Grand Fred également, c'est qu'il prend depuis longtemps «une irrémédiable distance avec la secte» darbyste, qui a marqué de son empreinte sa famille avec le mariage de son père avec les deux soeurs Bussy qui en sont adeptes.
Cette secte sera un facteur «déclencheur» de la chute de la Maison Friderici: «Mais pour venir à bout de la plus grande structure de transport routier du pays, il faudra des erreurs stratégiques et pas moins qu'un retournement conjoncturel d'ampleur internationale…»
Du Grand Fred, qu'a-t-on envie de retenir? Ce portrait que dresse de lui son fils:
«Alfred n'a jamais été un homme d'argent. Il est mû par le goût d'entreprendre, pas celui d'accumuler. Il applique beaucoup de rigueur au contrôle des dépenses et des encaissements, mais ne montre nulle âpreté au gain. Ce bon vivant ne crache ni dans un bon vin ni sur une fine table, mais il a dans son quotidien des goûts simples et ne croit pas à la sincérité des signes extérieurs de richesse.»

Blog de FRANCIS RICHARD

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Traversée par l’autoroute depuis près de soixante ans, la ville de Morges l’a été plus longtemps encore par les éclats de voix et les éclats de rire d’Alfred Friderici. Directeur avec son frère Paul de la plus grande structure de transport routier en Suisse, le Grand Fred, qui se présentait toujours comme chauffeur, se dépensa sans compter pour les siens, pour ses amis, son métier et son entreprise. Seule celle-ci, qui lui échappa finalement, ne lui rendit pas ce qu’elle avait reçu de lui. Son fils Pierre, avec la complicité du journaliste Jean Steinauer, raconte la vie ordinaire d’un homme qui ne l’était pas, et soulève le capot des poids lourds. Voici des aventures picaresques, des personnages hauts en couleurs, des secrets de famille et des luttes de pouvoir. Chabrol aurait adoré.


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