MICHEL BÜHLER

RETOUR À CORMONT

Roman
2018. 224 pages. Prix: CHF 30.00
ISBN 978-2-88241-429-8


Biographie

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À 62 ans, Eustache Joubert est arrivé à la moitié de son âge, autrement dit c'est maintenant «un jeune retraité». Un vieux du village de Cormont, un facétieux, à qui, jeune homme, il avait demandé son âge lui avait dit: «Je vais vers mes huitante ans. J'ai fait la moitié…»
Pendant quarante ans, Eustache a été fonctionnaire à l'État de Vaud, au Service des statistiques. En raison de la crise, à 22 ans donc, il avait quitté Cormont, autrefois «patrie mondiale du coucou,» pour saisir l'opportunité d’«entrer dans l'administration cantonale.»
Parce que son loyer, à Lausanne, va doubler – l'immeuble dans lequel il habite va être rénové -–que l'air de la montagne ne peut que lui faire du bien et qu'il a vu une petite annonce y signalant «un charmant deux pièces au loyer raisonnable,» il fait son Retour à Cormont,
Il n'a pas le coeur de se séparer de ses livres, des romans policiers dans lesquels il a trouvé «le piment et le parfum d'aventure qui manquaient à [sa] petite vie.» Ce n'était pas une passion pour les énigmes mais une aimable distraction pour homme pondéré.
Son retour au village de son enfance commence fort. En se baladant du côté des Caves, «une suite de surplombs, d'abris sous roches, qui se succèdent par vagues sur une centaine de mètres,» il fait une découverte qui le fige sur place et lui fait battre le coeur:
«À trois pas, sur un rocher, des ossements auxquels sont encore attachés des lambeaux de chair et de vêtements, un crâne aux orbites vides, au rictus effrayant.»
Il dévale la pente. Au chalet de Grand-Mont, où se trouve un café, il annonce la nouvelle et appelle la maréchaussée, son prénom, Eustache, apportant «avec lui son lot de bonne humeur…» Quelle peut être l'identité du défunt ? Il n'en a pas la moindre idée.
Au Café Industriel, un habitué a sa petite idée: c'est un pensionnaire du Centre de requérants d'asile (ça «ferait toujours un étranger de moins, non?»). Au Malibu, un autre penche pour un cassos, un cas social («un qui disparaîtrait, on ne s'en apercevrait pas…»).
Eustache est outré par ces idées reçues, mais, comme il a «l’esprit de l’escalier», il lui faut des heures pour aligner les arguments pour descendre celles-ci... Des idées reçues, il en a lui aussi puisqu'il considère l’«homo sapiens» comme «une odieuse espèce animale»…
Cet ancien fonctionnaire garde ainsi une haute idée de l'État. Qui permet à l'homme, cet «animal grégraire», de tirer avantage des communautés qu'il a organisées : «il est donc normal qu'il paie pour les routes, le système éducatif, la sécurité que lui garantit la police…»
Eustache pousse le bouchon quand il fustige l’«arrogance des privatiseurs de toutes sortes» et pense de son ancienne cheffe, adepte du New Public Management», qu'elle est «obligatoirement une tête de pont de ceux qui, comme Ronald Reagan, affirmaient:
L'État n'est pas la solution à nos problèmes; l'État est le problème.»
Mais il a aussi du bon sens: il sait d'expérience que ce qui est «nouveau» n'est pas forcément «meilleur» et qu'il convient de faire la distinction. Ce bon sens le met à distance des propos forts de café... du commerce qui se tiennent dans les bistros de Cormont…
Car l'action se passe la plupart du temps dans les bistros du village. Et Michel Bühler, certainement fin observateur de ces lieux, permet au lecteur de s'y retrouver, par la magie du verbe, comme s'il y était. La phrase qui conclut le roman est de cet acabit :
«— Des fois, il faudrait écouter les gens qui se taisent!»


Blog
de FRANCIS RICHARD

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Chronique d’un village plus vrai que nature

Michel Bühler tel qu’en lui-même. Que ce soit pour ses chansons, ses romans ou ses pièces de théâtre, il ne prend jamais la plume pour ne rien dire. Dans Retour à Cormont, l’histoire de ce jeune retraité, revenu dans le village de sa jeunesse, lui permet de traiter des sujets qui lui sont chers. De dénoncer le racisme ordinaire, l’étroitesse d’esprit, l’esprit de clocher, les méfaits du néolibéralisme, mais aussi de rappeler les beautés de la nature et de dessiner de savoureuses scènes de bistrot. Ancien employé du Service des statistiques, Eustache Joubert revient à Cormont, village imaginaire du Jura vaudois, qui a des airs de Sainte-Croix, où vit Michel Bühler. Il fait connaissance avec les gens du lieu, se retrouve entre des militants anti-immigrés de l’UPN, des marginaux rastas, un journaliste localier, un ancien professeur de l’École polytechnique, les serveuses de bistrot ou encore Marek, l’homme à tout faire polonais de sa voisine. En ajoutant la découverte d’un cadavre, Michel Bühler réussit une chronique villageoise truculente, qui n’évite pas toujours la caricature ni la facilité. Avec, en arrière-fond, l’infatigable défense de ses valeurs humanistes, malgré le risque de découragement, à l’image du journaliste qui se désole: «J’ai longtemps entretenu l’espoir qu’on pouvait éduquer les cons. Hélas…

ÉRIC BULLIARD, La Gruyère

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Michel Bühler prend la plume en «montreur de choses», pas en «donneur de leçons»

Dans Retour à Cormont, le chanteur et auteur imagine un fonctionnaire qui revient dans son village natal. L’occasion d’évoquer le racisme, la précarité sociale ou… les éoliennes

De temps à autre, Michel Bühler prend la plume pour écrire non pas des chansons, mais des livres. Dans Retour à Cormont, son quatrième roman paru chez Bernard Campiche, il a créé le joliment nommé Eustache (une trouvaille que le héros doit à son père, pour le différencier des autres Joubert du village), un fonctionnaire vaudois à la retraite qui rentre passer ses vieux jours là où il est né. L’occasion pour Michel Bühler de faire de ce microcosme villageois le théâtre de préoccupations qui lui tiennent à cœur.
La commune que retrouve Eustache n’a plus grand-chose à voir avec ce que le narrateur a connu quarante ans auparavant. Planté à 1000 mètres sur le balcon du Jura, elle ne s’est jamais relevée de sa destitution de leader mondial dans la fabrication de coucous, au profit des Chinois. Cormont et ses rares bistrots, où le nouveau venu a le choix entre partager un verre avec les «Corneilles» pure souche aux propos volontiers xénophobes, ou les cassos qui affluent car les loyers sont plus bas qu’en plaine. Dans le village se trouve aussi un centre de réfugiés, tandis qu’un projet de parc d’éoliennes divise la population.
Modifiez quelques détails, on y reconnaît Sainte-Croix, où l’auteur habite quand il n’est pas à Paris. Début mai, il a prit publiquement position contre les éoliennes prévues entre le Chasseron et le Creux-du-Van, dans une pétition réunissant des signataires de divers bords politiques. Ses combats personnels se retrouvent ainsi dans son roman.
Si toute ressemblance de sa fiction avec la réalité n’est pas fortuite, l’auteur vise néanmoins un propos plus universel. «J’ai pris soin de changer les noms des lieux et la dimension de la commune, car je ne veux pas mettre en cause qui que ce soit. Mes personnages sont plutôt des archétypes.»
À Sainte-Croix, il le dit d’ailleurs, grâce à un comité bénévole, la cohabitation avec le centre d’accueil des migrants se passe bien. Alors que, dans le roman, ce sont eux qu’on pointe du doigt lorsque le narrateur découvre un cadavre lors d’une balade en montagne. Michel Bühler donnerait-il dans le roman policier? Pas vraiment. Le macchabée permet plutôt aux villageois friands de raccourcis de cataloguer Joubert comme celui qui a découvert le corps. Une carte de visite plus intrigante que celle d’ancien employé du service cantonal des statistiques mis sur le banc de touche par une nouvelle cheffe arriviste, qui revient sur sa terre natale par manque de choix et de moyens.
L’enquête que déclenche sa macabre découverte ne fait qu’accompagner le récit, comme un fil complémentaire tissé pour étoffer la complexité du réel. Michel Bühler a d’ailleurs été surpris de découvrir ce cadavre dans son histoire. «Un matin, il était là, et je ne pouvais pas faire autrement que de le garder. Je n’ai trouvé que très tard qui il était.» Bien plus que dans les chansons, où il faut aller à l’essentiel, dans le roman il se laisse porter. «Quand on est en “état d’écriture”, il y a des idées qui vous viennent que vous n’auriez pas dans la vie ordinaire.»

Truculentes scènes de bistrot

Ce qui s’est imposé d’emblée, en revanche, c’est l’envie de faire «un portrait du monde d’aujourd’hui, de notre pays à travers le personnage d’Eustache.» À 73 ans, Michel Bühler le dit sans détour: «Je pense que le monde est tellement affligeant que j’ai essayé de traiter le sujet avec un peu d’humour. Je souriais en écrivant, en espérant que le lecteur sourirait aussi.» Et c’est effectivement souvent le cas dans ce récit bien mené. Notamment lors de truculentes scènes de bistrot, où la Fouine interpelle Fusible, tandis que Dodu la ramène aussi.
Ou quand Eustache peste silencieusement contre les idées à courte vue des piliers de bar, sans arriver à trouver la réplique qui tue. Alors il consigne les reparties percutantes qui affluent ensuite, espérant que l’occasion de s’en servir se représentera. «Il souffre de l’esprit d’escalier. En ce sens, c’est un peu mon portrait, j’en suis atteint aussi.» Son héros lui ressemble également, car il préfère observer plutôt que de faire de grands discours. «Je n’ai jamais donné de leçons, je suis plutôt un montreur de choses.»
Sans parvenir à échapper, parfois, à une certaine visée didactique. Quand on le lui fait remarquer, le chanteur et écrivain rit et cite Jean Ferrat. «Il a dit un jour: “Je ne chante pas pour passer le temps.” Pour moi, c’est la même chose, si l’on parle aux gens, ce n’est pas pour ne rien dire.


CAROLINE RIEDER
, 24 Heures

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Mystère et politique

Le village de Cormont ne figure sur aucune carte mais paraîtra très réel à qui abordera Retour à Cormont de Michel Bühler. Dans son quatrième roman, l’écrivain et chanteur romand, connu de nos lecteurs pour ses chroniques dans Le Courrier, met en scène Eustache Joubert, qui regagne son petit village après avoir travaillé des années en ville. Retour à la quiétude? Pas vraiment. En se promenant, Joubert tombe par hasard sur un cadavre depuis longtemps décomposé et réduit à l’état de squelette.
Le roman ne se résume toutefois pas à une intrigue policière et donne la parole, outre à Joubert, à toute une galerie de personnages. Autant d’occasions pour l’écrivain d’aborder divers enjeux sociaux et politiques suisses. Réfugiés, écologie, emploi, etc. font monter le ton durant les apéros chez les Corneilles, sobriquet des habitants de Cormont. Sans compter que l’af faire du squelette au pied du précipice alimente hypothèses et spéculations sur l’identité du défunt. Joubert, lassé de rester sans réagir aux propos populistes qui surgissent dans le patelin, finira par protester et refuser les idées trop vite ficelées.
Une scène de ce roman apparaît emblématique: l’un des protagonistes lit un article de journal de façon biaisée, influençant ainsi la perception d’un fait divers. Joubert, lui, lit à voix haute l’article entier, dévoilant ce que son antagoniste avait évité de formuler. Humour, ironie, indignation, empathie composent ainsi dans Retour à Cormont une fiction engagée, de lecture aisée, en résonance avec les enjeux du présent.


MARC-OLIVIER PARLATANO
, Le Courrier

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Retour en forme de profession de foi

Michel Bühler revient à l’écriture avec un roman qui emmène le lecteur dans le dédale de ses promenades... et de ses convictions

La formule consacrée figurant dans le générique des films, «Toute ressemblance avec des personnes…» aurait pu figurer dans une postface de Retour à Cormont, le roman que vient de publier Michel Bühler chez Bernard Campiche. Mais cela aurait prêté à sourire.
En effet, l’auteur revêt l’habit d’un fidèle fonctionnaire vaudois qui, l’heure de la retraite venue, retrouve sa terre d’origine, Cormont, un village jurassien qui ressemble à s’y méprendre à Sainte-Croix. L’intrigue, nouée autour de la découverte d’un cadavre dans la Cave à l’Ours – cette grotte existe, mais elle porte un autre nom –, sert de prétexte à une véritable balade ethnotouristique sur le Balcon du Jura.

À la découverte…

Le lecteur aura sans doute du plaisir a mettre des noms sur les lieux-dits, que l’auteur aime arpenter, mais aussi sur des personnages, pour ne pas dire des «tronches», décrits avec plus ou moins de sympathie selon la sensibilité de l’auteur.
Le destin de cette bourgade encore marquée par la nostalgie d’un passé industriel glorieux transparaît également dans ce roman, écrit avec le talent et la sensibilité d’un homme qui aime son pays et ses gens. Même si certains lui sont tout simplement insupportables.

Convictions réaffirmées

Car le lecteur découvrira assez rapidement que ce roman donne aussi l’occasion à son auteur d’enfoncer le clou de ses convictions. Ceux qui suivent le chroniqueur dans Résistance, publication du POP vaudois, n’en seront pas étonnés. Pour d’autres, ce sera la découverte de l’homme politique vêtu de rose sur les hauteurs mais qui, à l’occasion, passe l’habit rouge dans les contrées plus lointaines.
Cet aspect-là est sans doute celui qui nous interroge le plus. Car il est loin d’être anodin. Fervent défenseur du droit d’asile, Michel Bühler en vient à caricaturer les sympathisants d’une UPN qui ressemble à s’y méprendre à l’UDC.
Et puis, s’il ne verse pas dans le pathos, l’auteur se mue en défenseur des personnes assistées, les «cassos», qui dans l’idéal préféreraient travailler. Ils n’est pas certain que le recours aux clichés soit la meilleure arme pour les combattre, dans une communauté où cette problématique a pris par moment une dimension fortement émotionnelle.
Au-delà de cet aspect de confrontation des idées, parfois exacerbées par un fait divers, ce livre témoigne d’un bout du chemin de vie de l’auteur dans un pays qu’il connaît particulièrement bien. C’est aussi un beau témoignage des valeurs qui l’animent, et auxquelles il reste fidèlement arrimé. Quant aux dénouement de l’intrigue, on vous le laisse découvrir.


ISIDORE RAPOSO
, La Région Nord vaudois

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Bühler tel qu’en lui-même

Ce n’est pas parce qu’il a remisé sa guitare que Michel Bühler a choisi de se taire. La preuve par ce nouveau bouquin, un roman cette fois-ci, tout juste paru aux Éditions Bernard Campiche et avec lequel il emmène le lecteur dans l’un de ces villages jadis prospères et aujourd’hui comme coupés du monde. Fonctionnaire à la Ville, où il a fait toute sa carrière, Joubert décide de «remonter» sur les crêtes de son enfance. Personnage discret, timide et un brin méfiant, il y deviendra un personnage incontournable le jour où, à l’occasion d’une balade sur le Grand-Mont, il découvrira le cadavre d’«un individu de sexe masculin mesurant environ un mètre septante-cinq, vêtu d’une chemise à carreaux rouges et bleus», dira le rapport de police.
Du coup, et comme l’enquête piétine, chacun y va de sa petite idée. Un habitant de la région qui aurait fait une mauvaise chute? Un étranger qui se serait égaré? Un de ces réfugiés que l’on parque pas loin d’ici, dans une ancienne usine? L’occasion est ainsi toute trouvée pour Bühler de tirer une suite de portraits à la fois tendres et acides de ces gens que l’on dit «de village» et qui, à les entendre, savent tout des choses de notre monde. L’auteur lui-même en profite pour revenir aux thèmes qui lui sont chers: la perte des vrais métiers, donc des emplois, la désertification des régions isolées, la peur de l’étranger, les tromperies des puissants.
Guitare ou pas, Michel Bühler reste le même. Et c’est très bien ainsi.


ROGER JAUNIN
, Vigousse

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Ce roman, très attendu nous raconte l’histoire du retour d’Eustache Joubert dans son village natal du Jura, Cormont, après avoir travaillé près de quarante ans dans la capitale… Un côté «polar» puisque le héros du livre découvre, en se promenant sur les crêtes jurassiennnes, un cadavre non-identifié. Ce livre est surtout l'occasion d’évoquer des thèmes comme les éoliennes, l’UDC, les «cas sociaux», les anglicismes. Ce livre se lit aisément et plaira, à n'en pas douter, à beaucoup de lecteurs…


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Extraits (Acrobat 170 Ko)