ETIENNE BARILIER

QUI A TUE MARY ROGERS?

Roman
2026. 184 pages. Prix: CHF 29.00
ISBN 978-2-88241-569-1


Biographie

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Le 28 juillet 1841, le corps d’une jeune femme est retrouvé dans le fleuve Hudson, à la hauteur de Lower Manhattan, à New York. Battue, à moitié ligotée, elle porte encore enfoncé dans ses chairs le morceau de tissu qui a servi à l’étouffer. On l’identifie rapidement: il s’agit de Mary Rogers, vingt ans, portée disparue depuis trois jours. À New York, Mary Rogers n’est pas n’importe qui. Surnommée « La Belle Cigarière », véritable figure new-yorkaise, elle faisait tourner les têtes et sa beauté renversante attirait les hommes comme des mouches dans le luxueux magasin de tabac sur Broadway où elle officiait comme vendeuse. Au point que sa famille la retire de la boutique pour la mettre à la tâche dans une pension de Nassau Street, calmant apparemment le harcèlement dont elle est victime.
Qui a tué Mary Rogers? Toutes les hypothèses sont imaginées. Est-ce l’acte de dépit de l’un ou l’autre des trois hommes qui logent dans la pension où elle sert les repas, tombés amoureux au point de la demander chacun en mariage? Est-ce l’acte d’un groupe de voyous qui hantent les rives de l’Hudson et sèment violence et terreur dans un New York gangréné par les gangs? D’un pervers criminel? Pourquoi Mary a-t-elle indiqué qu’elle partait visiter une tante alors qu’il n’en était rien? Serait-ce un avortement qui a mal tourné? Contemporain de l’affaire, alors critique, dramaturge et écrivain, lui-même client de la fameuse boutique de cigares, Edgar Poe – selon qui « la mort d’une belle femme est incontestablement le plus poétique sujet du monde » – s’empare de l’affaire et écrit Le Mystère de Marie Roget, transposant l’affaire à Paris tout en prétendant révéler l’entier du mystère – un livre considéré comme le premier « true crime » de l’histoire de la littérature. L’affaire fait la une des journaux de longues semaines, puis de longs mois. Mais la mort de Mary Rogers reste inexpliquée. Elle l’est encore de nos jours.
Une gourmandise pour tout écrivain! Etienne Barilier n’est certes pas estampillé auteur de roman policier, mais tout au long de sa riche carrière d’écrivain et d’essayiste, il n’a eu de cesse de tourner autour de ce qui fait le cœur de l’affaire Mary Rogers: l’obsession pour la beauté et sa possession à tout prix, la fascination pour la mort et sa représentation dans l’art, les sombres mystères des passions humaines et les ressorts intimes de l’inspiration artistique. Barilier avoue deux objectifs avec ce livre: révéler ce que Poe savait vraiment sur le meurtre mais sans l’écrire dans son roman, et réhabiliter la victime, Mary Rogers, à laquelle personne ne s’est réellement intéressé. Qui était-elle vraiment ?
«Qui a tué Mary Rogers?» est un véritable bijou, tout à la fois roman policier impeccable et passionnant, et enquête littéraire confrontant Edgar Poe à ses propres démons amoureux. Barilier reprend l’affaire dès le début, retourne les faits dans tous les sens, explore la fascination durable et émue qu’elle a engendré. Cette élégante mise en abîme littéraire livre un true crime digne de Truman Capote tout en y intégrant le récit fondateur du true crime d’Edgar Poe, le tout écrit à l’os, avec précision et fluidité mais non sans une émotion affleurant à chaque page lorsqu’il s’agit d’esquisser le destin tragique de la jeune victime.
Et quel plaisir de plonger dans le New York des années 1840, bouillonnant et contrasté, que l’écrivain nous rend avec une aisance et un réalisme épatant! Sa plume nous promène du fameux City Hall, déjà en activité, au terrible quartier de Five Points, celui des bordels et des gangs, en passant par la rue Nassau, celle de la pension de famille où travaille Mary, celle aussi des journaux et gazettes qui prospèrent et se multiplient, friandes jusqu’à l’indigestion de faits divers et de rumeurs, traversant enfin le fleuve Hudson en ferry pour se retrouver à Hoboken, alors bucolique et vaste parc verdoyant avec auberges et fausse grotte romantique où familles, sportifs et couples se donnent rendez-vous les fins de semaines et soirées. Hoboken où, dans un buisson touffu, une jeune femme est certainement morte étranglée un jour caniculaire de juillet 1841.

iSABELLE FALCONNIER,  L'Agenda

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Le 25 juillet 1841, Mary Rogers, qui porte le patronyme de son père adoptif, vingt et un ans, est assassinée à New York dans de bien ténébreuses circonstances: «Jamais le crime ne fut élucidé.»
Peu après les faits, Edgar Poe publia en feuilleton une nouvelle, «Le Mystère de Marie Roget»1. Il y «transposait la scène à Paris et francisait les noms des protagonistes:
Son intention avouée, et d'une rare audace, était de résoudre ainsi, non plus le problème fabriqué d'un crime fictif, comme dans la Rue Morgue, mais l'authentique énigme d'un vrai crime.»
Sur ses traces, Étienne Barilier, non moins audacieux, essaie à son tour de résoudre cette énigme, parce que ce que dit Edgar Poe de l'affaire ne le convainc pas.
Comme il est difficile d'avoir des certitudes, le livre, basé sur des conjectures, se présente sous la forme d'un roman, dont les sources figurent en fin de volume.
Ce qui est singulier dans cette histoire est que la victime a été conçue hors mariage, dans un milieu puritain, et que «l’on fit passer [sa] grand-mère pour [sa] mère»…
Sa vraie mère est morte à trente ans, en 1830: Il est possible qu'on l'ait éloignée de sa fille dès la naissance de celle-ci et que cette dernière ait été en mal d'affection.
Trois ans après le décès de son mari, en 1837, Phoebe Rogers quitte Lyme, cité du Connecticut, pour s'installer, avec Mary, à New York, où vit une de ses soeurs.
À l'époque, New York est une ville dangereuse, a fortiori pour la belle jeune fille qu'est devenue Mary qui commence d'y travailler comme cigarière chez Anderson:
«Étrange travail pour une jeune fille, et la seule de son sexe derrière le vaste comptoir en U, que de présenter des cigares à des messieurs…»
Quoi qu'il en soit, elle ne passe pas inaperçue de la gent masculine si bien que la presse locale fait des portraits d'elle, qui insistent sur sa beauté et son «dark smile».
Mary disparaît une première fois le 4 octobre 1838. Les journaux s'en font l'écho. Mais, peu après, elle réapparaît, sans que personne ne sache où elle est allée.
Mary ne revient qu'un temps chez Anderson. Un de ses demi-frères, fortune faite, acquiert une pension de famille où elle travaillera «à toutes tâches ménagères».
Les pensionnaires seront les premiers soupçonnés du meurtre de Mary, dont le corps a été découvert par des promeneurs, alors qu'il dérivait sur l'Hudson River.
La scène de crime est découverte un peu plus tard, par hasard, par des jeunes gens. Les vêtements de Mary sont retrouvés dans un fourré situé un mile en amont.
Étienne Barilier fait l'examen critique des thèses retenues, dans l'ordre chronologique, et des présomptions de culpabilité, sans qu'il soit possible de trancher.
In fine, il est convaincu qu'Edgar Poe n'a pas tout dit dans sa nouvelle et qu'ayant fréquenté lui-même la boutique Anderson, il connaissait «de visu» le meurtrier.
Mais il ne pouvait fournir ni son nom ni son adresse ni même sa taille ou sa couleur de cheveux. Il s'en voulait surtout de ne pas avoir prévenu Mary du danger...

1 - C'est la première des Nouvelles grotesques et sérieuses, que traduisit Charles Baudelaire.
 
Blog de
fFRANCIS RICHARD

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Ce nouveau roman est assez particulier, avec une forte connotation «policière». Il se fonde sur une histoire vraie, un meurtre mystérieux survenu à New York en 1841, celui de la jeune Mary Rogers, surnommée «La Belle Cigarière». Ce meurtre est resté inexpliqué et Edgar Poe s’est fait fort, dans sa nouvelle intitulée « Le Mystère de Marie Roget » (traduite en français par Charles Baudelaire), de le résoudre (en déplaçant la scène à Paris, dans une sorte d’histoire-miroir qui reprend exactement les données du drame new-yorkais).
Malgré quelques intuitions intéressantes, Poe n’a pas trouvé la solution, tout en clamant qu’il avait tout compris. Mais à vrai dire, l’affaire n’a jamais été résolue par personne, malgré de nombreuses tentatives. Cette tragédie reste d’ailleurs présente dans la mémoire new-yorkaise, et le dernier livre qui lui ait été consacré date de 2006.
L’auteur a entrepris de raconter ce drame, en partant de la donnée, ou de la fabulation suivante : Poe, en réalité, n’a pas échoué, mais il a gardé le silence sur la vérité qu’il savait. L’auteur se risque alors à proposer, pour cette ­affaire, une solution possible, voire probable, à laquelle pourtant personne n’a pensé avant lui… Tout le roman est là pour faire émerger peu à peu cette solution, montrer à quel point elle est plausible, expliquer pourquoi Poe l’aurait sue mais gardée pour lui…


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