FRÉDÉRIC LAMOTH

LE CHEMIN DES LIMBES

Roman
2021. 144 pages. Prix: CHF 27.00.
ISBN 978-2-88241-469-4


Biographie

Le chemin des Limbes de Frédéric Lamoth    
    
Un petit livre bien construit sur un événement somme toute banal autrefois, mais ô combien traumatisant. Réaliste, bien documenté, il suscite l'empathie sans juger des manquements et des lâchetés des notables et des institutions religieuses de l'époque.

En plus, l'auteur soigne le style sans chercher d'effets exagérés. Bref, un livre touchant qui mérite le respect.

ERIMO
, Babelio, 4 avril 2022

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À travers les brumes et les silences

L’histoire commence en 1960 quand Gilles, un jeune prêtre, débute dans l’enseignement au Collège Saint-Michel. En marchant dans les rues de Fribourg, il surprend sans le vouloir un jeune couple, dont le garçon est un de ses élèves. Peu de temps après, cet adolescent «d’allure revêche», qui écrit de la poésie, met fin à ses jours. Gilles restera marqué par ce drame, tout comme Céline, la petite copine du défunt.
Avec la finesse qu’il développe de roman en roman depuis bientôt vingt ans (La Mort digne, son premier livre, est sorti en 2003, Frédéric Lamoth parvient à un bel équilibre entre l’habileté du récit – coup de théâtre compris – et l’arrière-fond historique, d’une évidente force émotionnelle. Sans trop dévoiler de l’intrigue, disons qu’en avançant sur Le Chemin des Limbes, le lecteur se retrouvera confronté à une tache peu glorieuse de l’histoire fribourgeoise, l’époque des enfants placés et du sinistre institut Marini. L’écrivain vaudois, qui aime é fouiller le passé de la Suisse, avance avec tact dans les brumes des secrets et des non-dits, des silences imposés ou volontaires.

ÉRIC BULLIARD
, La Gruyère, 14 avril 2022

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Le Chemin des Limbes, Frédéric Lamoth

Fribourg, 1960. Gilles, un jeune prêtre, enseigne au collège Saint-Michel et se retrouve impliqué dans le drame de deux adolescents, dont Didier, un de ses plus brillants élèves. Ce dernier se suicide. Gilles comprend rapidement que ce drame est lié au fait que Céline, sa petite amie est tombée enceinte et qu'elle n'était pas décidé à avorter – contre l'avis du jeune homme. Pour lui, ce n'est pas si grave et, de toute manière, il n'y a pas d'autre solution. Que peut faire une jeune fille à cette époque dans un des cantons les plus catholiques de Suisse? Et comment annoncer la nouvelle à ses parents, dont son père, médecin est très catholique? Pour Gilles, c'est clair, il faut étouffer l'affaire, Céline doit mettre au monde l'enfant dans une institution qui se chargera de lui trouver une famille, puis recommencer sa vie. Et s'il le faut, il l’aidera.
«Avorter… L'écho de ce mot la poursuivait quand ils se sont séparés au bout du chemin, n'ayant plus rien à se dire, n'ayant guère envie de prolonger ce partage de la solitude qui s'était substituée à leur complicité. Elle aurait voulu se laisser convaincre par la voix du fantôme qui marchait encore à ses côtés. Son discours, qui lui avait paru si dur au premier abord, finissait par l'apaiser. On disait que ce n'était pas si dangereux. Beaucoup de filles étaient passées par là sans que personne ne le sut jamais. Les faiseuses d'anges vivaient dans les hameaux en dehors de la ville. On prenait un autobus à l'aube, au lieu de se rendre à l'école. C'était une vague angoisse qui se dissipait avec la venue du jour. Une sensation étrange, pas même une douleur. Un peu d'eau mêlée de sang. Une fuite, celle d'un mauvais rêve qu'on chasse au matin, il suffisait de fermer les yeux. Céline avait entendu parler de celles qui avaient perdu la vie. Son père avait raconté une fois qu'une de ces malheureuses avait succombé à une hémorragie, il n'avait rien pu faire pour la sauver. Cette histoire ne l'effrayait même plus. Au contraire, la perspective de la mort lui procurait un certain soulagement. Autant partir avec cet enfant qui n'aurait jamais vu le jour, plutôt que de vivre avec la marque de cet arrachement.
Elle essayait de se faire à cette idée, mais repoussait malgré tout son échéance. Les jours, les semaines passaient sans qu'elle parvînt à se décider à franchir le pas. Elle scrutait son ventre le matin dans la salle de bains sans déceler la moindre enflure. La nausée avait fini par disparaître. Cependant, Didier se montrait de plus en plus pressant. La peur le rattrapait à mesure que l'issue de ce drame se précisait. Il craignait la réaction de son père, alors qu'il s'était évertué jusque-là à le défier en allant à l'encontre du modèle de la famille bourgeoise. Il ne songeait plus à fuguer, ne parlait plus d'emmener Céline à l'autre bout du monde. Cette peur lucide commençait à avoir raison de lui, le faisait déjà ressembler à son propre père quand il envisageait leur avenir.» (Pages 54-55.)
De Frédéric Lamoth, j'avais beaucoup aimé Le Cristal de nos nuits, un excellent recueil de nouvelles. Ce nouveau texte m'a confirmé la très bonne impression que j'avais eu de son écriture, de son style. Ici, tout est en nuances, en non-dits. Le récit est en partie narré par Marie-Ange, la fille qu'aura plus tard Céline. J'ai beaucoup aimé; je vous le recommande.

Blog 
Le Nez dans les étoiles, 2022

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Quand le tabou de l’avortement pèse sur les destins

Le Vaudois Frédéric Lamoth explore les conséquences d’une grossesse non désirée sur toute une famille en terres fribourgeoises dans les années 60.

Années 60. Immédiatement, on pense libération des mœurs. Or dans la très catholique Fribourg, il ne fait pas bon attendre un enfant hors mariage, entre avortement à haut risque, entre opprobre général si l’on garde l’enfant ou accouchement clandestin, avec un bébé dont les jeunes mères ne sauront plus rien.
Alors, lorsqu’un jeune prêtre, enseignant au Collège Saint-Michel, se retrouve à aider une adolescente enceinte des œuvres d’un élève de 18 ans, il prend la décision qui lui paraît la plus en accord avec sa conscience, soutenu par le père de la jeune fille, médecin anti-avortement et fervent croyant. Ce court roman explore les conséquences d’un tel choix, et les zones d’ombre d’une réalité peu évoquée.
Après avoir évoqué la Riviera en temps de guerre dans le mémoires fictives Le Cristal de nos nuits, l’auteur et médecin Frédéric Lamoth exhume une page de l’histoire fribourgeoise, levant le voile sur le destin de ces enfants nés hors mariage.
Le roman s’attache à chaque à un personnage différent. Outre Gilles le prêtre et Célinel a jeune mère, il y a aussi Marie-Ange et Didier, dont on découvre petit à petit comment ils sont liés à ce drame. L’auteur montre, sans juger mais sans complaisance non plus, le poids décisif d’une unique décision sur plusieurs vies. Car le passé pèse sur les destins, directement ou indirectement. Tout comme la culpabilité, conduisant à des secrets gardés, presque jusqu’à la tombe.

Pays de légendes

L’auteur ancre ce drame poignant qu’on lit d’une traite dans une terre où la dernière femme a été brûlée pour sorcellerie au siècle des Lumières, et où le poids des culpabilités diverses se mesure aux légendes qui courent encore, comme celle de cette âme en peine gémissant la nuit, jusqu’à ce qu’on plante une croix sur sa tombe. Du poids des actes à celui de la morale catholique, un chemin que le récit parcourt en ménageant suspense et empathie pour les protagonistes.

CAROLINE RIEDER
, 24 Heures, 9 mars 2022

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Le Chemin des Limbes

Avec une subtilité empreinte de poésie et d’angoisse, Frédéric Lamoth se coule dans les confessions de trois personnages qui, aux yeux de la bonne société fribourgeoise des années 1960-1970, forment une famille.  Les univers auxquels Gilles, Céline et Marie-Ange appartiennent sont pourtant totalement séparés; seuls les spectres de deux disparus semblent être leur point commun… Une famille dans les limbes, entre rédemption et damnation, incapable de trouver son chemin, ni la paix: dans ce récit bref et poignant, même l’amour semble incapable de susciter l’espoir.

Marie-Claire Suisse,
mars 2022

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«— Messieurs, c'est un jour de deuil. Notre camarade Didier Torrens nous a quittés. Nous n'aurons pas de cours aujourd'hui. Tous les élèves et enseignants du collège se réuniront à neuf heures à la chapelle pour un temps de recueillement.»
Gilles, jeune prêtre de 28 ans, enseigne le latin au collège Saint-Michel de Fribourg. Didier est l'un de ses élèves, brillant, qui a su traduire une citation de Saint-Augustin, sans l’identifier:
«Dilige, et quod vis fac.»
«Aime, et fais ce que tu veux.»
Quelque temps auparavant, involontairement, Gilles a troublé l'intimité d'un garçon et d'une fille, près de la fontaine de Notre-Dame du Rosaire, sur la place du Marché-aux-Poissons.
Ce garçon, c'était Didier. Cette fille, c'était Céline. Il ne sait pas encore à quel point cette rencontre fortuite et gênante va changer sa vie. Mais il le saura bien assez tôt, malgré qu'il en ait.
Si Didier s'en est allé, c'est qu'il a mis fin à ses jours, ce que l'Église condamne sans que quiconque, même un prêtre, puisse juger un tel acte, qui est, dans la plupart des cas, désespéré.
Alors, Gilles, qui n'a pas eu le courage de rendre visite aux parents de Didier, un jour, se rend au cimetière pour se recueillir sur sa tombe et c'est là qu'il aperçoit Céline devant sa sépulture.
Elle lui apprend qu'elle est enceinte. Didier voulait qu'elle avorte. Elle n'était pas décidée. Pour un prêtre tel que Gilles, elle doit mettre l'enfant au monde, ne pas le garder, pour sa réputation.
En cette année 1960, dans un canton catholique, c'est la meilleure solution pour une fille-mère que d'abandonner anonymement son enfant à une institution et de commencer une autre vie.
C'est cette autre vie que reconstitue la narratrice de Frédéric Lamoth, qui ne se hâte pas de révéler son identité, non plus que les liens que Gilles entretiendra avec Céline après ce choix.
Un tel choix, dicté par les convenances, encore de mise dans un monde où la chrétienté n'en est pas à sa fin, sera pour Céline, sinon chemin de croix ou purgatoire, Le Chemin des Limbes.

Blog de FRANCIS RICHARD

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Dans le brouillard des secrets qui pèsent sur les âmes

Avec le roman Le Chemin des Limbes, l'écrivain Frédéric Lamoth fait pénétrer son lecteur dans un univers empli de brouillards. Les brumes de la Broye fribourgeoise, connues des habitants du cru, viennent en effet résonner avec un brouillard de pensants secrets, nés dans un canton de Fribourg encore marqué par le catholicisme et le règne des conservateurs, dont l'histoire récente n'a pas encore percé toutes les zones d’ombre.
Tout commence au collège Saint-Michel, lycée de garçons de la ville de Fribourg, encore tenu par les curés dans les années 1960. En première partie, le lecteur suit ici le personnage de Gilles, jeune prêtre et enseignant remplaçant, se retrouve confronté à une affaire de suicide et, coup sur coup, de maternité hors mariage. Autant de péchés, autant de scandales en perspective, surtout qu'on est chez les notables. Alors, abandonner l'enfant? Avorter?
S'installe dès lors l'ambiance pesante du secret et des non-dits, des consciences lourdes et embrumées, que l'auteur restitue avec justesse en choisissant de raréfier les dialogues, rendus de plus concis au possible, au profit de paragraphes compacts. Tout au plus respire-t-on au fil des chapitres courts du roman.
Dès lors, l'auteur suit les deux personnages féminins du roman: Céline, qu'on trouve en fin de formation professionnelle dans un garage de Lausanne. Bien dans la mentalité de l'époque: on comprend d'emblée qu'elle aura été éloignée pour étouffer les rumeurs. Car c'est elle qui a donné la vie dans des conditions que la (bonne) société fribourgeoise d'alors réprouve. Comment vivre la suite de sa vie? L'auteur trace d'elle un beau portrait un peu mélancolique, déprimé, marqué trop tôt. Et c'est avec le personnage de Marie-Ange que l'écrivain boucle la boucle, une génération et une petite enquête plus tard.
En évoquant les enfants placés ou retirés à leurs parents pour des raisons diverses, considérées comme légitimes jusque tard dans le vingtième siècle, et prenant pour le coup l'exemple de l'institut Marini, orphelinat sis à Montet (Broye), l'auteur s'inscrit avec Le Chemin des Limbes dans une histoire qui refait surface depuis quelques années après avoir été longtemps celée. Et par le roman, il en retrace les contours, perçant avec succès le brouillard des années et des silences.

Blog de DANIEL FATTORE, 24 janvier 2022

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Sauver la morale, pour le bien de la mère et de l’enfant

Ancré en terres fribourgeoises, Le Chemin des Limbes, de Frédéric Lamoth, rappelle à quel point le tabou et l’interdit de l’avortement pouvaient peser sur les destinées
La morale catholique, telle qu’elle était prêchée en pays fribourgeois dans les années 1960, joue un rôle central dans le roman de Frédéric Lamoth
Comment traiter le malheur, sauver les apparences et si possible arranger un peu les destins tout en respectant la morale catholique? Frédéric Lamoth raconte avec force et sobriété une histoire qui constitue une réponse probablement assez courante encore dans les années 1960, voire au-delà, en pays fribourgeois, et sans doute ailleurs, lorsqu’une adolescente se trouvait enceinte. Oui, que faire, quand de surcroît le père n’a lui-même que 18 ans et n’est aucunement en mesure d’assumer une paternité

Avorter, diraient le réalisme et la sagesse. C’est d’ailleurs ce que dit le jeune Didier à sa copine Céline: «Il faut avorter. Ce n’est pas si grave. Il n’y a pas d’autre solution.» Mais ce n’est pas si simple pour elle, le réalisme de son copain, un peu poète, ressemble à ses yeux à de l’égoïsme, à de la lâcheté même. Et puis, comment s’y prendre pour annoncer la grossesse à son père médecin, catholique et engagé dans le mouvement anti-avortement?
Gilles, un jeune prêtre, va jouer un rôle essentiel dans cette histoire qui finira aussi par bouleverser sa vie. Remplaçant au Collège Saint-Michel à Fribourg, engagé, bienveillant, il se heurte pourtant à la défiance de ses étudiants, surtout avec Didier, plus affranchi que les autres, préfigurant peut-être la contestation soixante-huitarde, et pour lequel il éprouve de la sympathie. Le personnage de Gilles est l’une des forces du roman. À 28 ans, dix ans de plus à peine que ses étudiants, il n’est dans le fond pas très éloigné de leurs questionnements malgré sa foi et sa vocation, à vrai dire chancelantes.
Incapable de réagir, de se débattre, de parler de sa situation, Céline chavire dans l’inertie. Acculé, Didier ne trouve d’issue que dans la mort. Rien ou presque ne sera dit sur le suicide du jeune homme. C’est le personnage de Gilles qui va sceller la suite du récit.

La pire issue

Alors que le jeune prêtre se rend sur la tombe de l’adolescent, peu après le drame, il y croise Céline. Portant secrètement l’enfant de Didier, livrée à elle-même, désemparée, elle saisit l’occasion de se confier. Touché par sa détresse, Gilles la réconforte. Mais lorsqu’elle lui écrit pour lui annoncer qu’elle s’est enfin résignée à avorter, le prêtre enfourche sa moto pour éviter pareille issue, le pire à ses yeux. Il intervient résolument pour alléger le fardeau de la jeune fille sans renier sa foi. Il ira lui-même informer les parents de la situation et, d’entente avec le père, décidera de la meilleure manière d’«amortir la chute, étouffer le scandale».
Céline n’aura finalement qu’à accoucher clandestinement, puis elle sera débarrassée de cet enfant dont elle ne saura jamais rien. «Tout va bien, lui dit-on… l’enfant est en sécurité… nous nous sommes occupés de tout…» La morale est sauve et la vie préservée. Il existe des institutions pour cela, ce n’est pas pour rien que «le canton était peuplé de ces orphelins qui finissaient comme valets de ferme». Et comme dit Gilles: «Je n’ai cessé de prier pour que la Providence soit clémente et lui accorde une vie meilleure. Dieu a voulu lui donner la vie. Il faut Lui faire confiance».
La question du destin de cet enfant abandonné à la providence et aux bons soins des institutions catholiques va bien sûr hanter la vie de Céline, et non seulement de Céline, mais encore de la fille qu’elle aura quelques années plus tard. Nous n’en dirons pas plus, afin de ne pas déflorer l’issue narrative de ce roman subtilement construit. C’est cette fille, Marie-Ange, qui tient le rôle de narratrice. Le récit de Frédéric Lamoth a l’élégance de ne pas s’égarer dans des jugements tardifs, ni de considérer le passé avec les lunettes d’aujourd’hui. La narratrice elle-même, qui tombe de haut, s’abstient de juger. «Céline n’avait personne vers qui se tourner. Il voulait lui apporter un peu de réconfort, lui redonner confiance dans la vie et foi en Dieu».

JEAN-BERNARD VUILLIÈME
, Le Temps, 22 janvier 2022

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Le chemin à l'envers

Le Chemin des Limbes, septième ouvrage que Frédéric Lamoth, raconte une histoire tragique, tristement banale et pourtant universelle

«Il y a des matins qui viennent sans nous réveiller tout à fait et des rêves qu'on n'oublie pas.» Ainsi commence Le Chemin des limbes, septième ouvrage que Frédéric Lamoth, médecin et écrivain, publie chez Bernard Campiche. En une phrase, la première, tout est dit: le style gracieux d'un auteur qui sait se faire aussi élégant que classique et le goût de la mémoire, teintée d'une mélancolie aux accents flous comme le sont les souvenirs, qu'il cultive dans ses romans et nouvelles.
Nous sommes ici dans les années 1960, à Fribourg. Les jeunes filles qui trop tôt succombent aux avances des garçons doivent en porter seules les conséquences, l'opprobre familiale, le désarroi qui mène au drame, l'arrachement d'un nouveau-né dont on ne leur révèlera même pas le sexe.
L'histoire se fait entêtante et tragique, tristement banale et pourtant universelle. Mais près de Céline évolue un autre personnage soumis à ses propres dénis et questionnements: Gilles, prêtre d'une vingtaine d'années qui va, à la faveur d'un remplacement, se retrouver à enseigner le latin à des adolescents guère moins âgés que lui.
Le destin liera ces deux solitudes de manière inextricable, d'une façon peut-être alambiquée qui n'ôte pourtant rien à l'empathie ressentie au fil de ce court roman.
Le Chemin des Limbes se remonte à l'envers, mêle un certain suspense, l'envie d’une fin heureuse qu'on pressent impossible, et l'exploration des culpabilités humaines, troubles et inconciliables avec le désir, forcément vain, de réparer. Ce roman des failles ouvre une brèche où se dessine la triste réalité de ces enfants perdus, devenus aujourd’hui de vieilles personnes inconsolables.

AMANDINE GLÉVAREC
, Le Courrier, 13 janvier 2022

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Arpenteur du paysage et de la mémoire suisses, le romancier remonte aux heures sombres du XXe siècle fribourgeois, celui des faiseuses d’anges et des enfants placés

La brume enveloppe la campagne fribourgeoise, spectrale, troublée de remords, de vérités tues. Limbes incertains, à la lisière de la mort et de la vie, que Frédéric Lamoth arpente parmi les fantômes, remontant aux années 1960 pour en exprimer toute la pesanteur morale dans un drame familial perclus de silence.
L'écrivain et médecin vaudois aime à interroger en ses histoires le revers de l'histoire. À l'instar de son précédent ouvrage, mémoires fictives qui cristallisaient la mauvaise conscience de la Suisse pendant le Troisième Reich, il varie ici aussi les focalisations et les temporalités pour suggérer une réalité sociale dont les douleurs muettes n'ont pas fini de hanter le présent. Mais ce Chemin des limbes, d'une écriture sobre bien qu’évocatrice, tient moins du roman historique que du tableau d'époque, documenté bien que pudiquement voilé du brouillard de la fiction. Où la relation qui se noue entre un enseignant au Collège Saint-Michel et une adolescente enceinte prend pour décor notre pays ancien, peuplé de faiseuses d'anges et d’enfants maltraités sous la férule complice de l'Église. La fiction, pour mener la conscience collective en son chemin de croix

Thierry Raboud – Qu'est-ce qui vous a incité à explorer les heures sombres de l'histoire fribourgeoise?
Frédéric Lamoth –Dans la lignée de mon précédent roman qui traitait de la Seconde Guerre mondiale vue de Suisse, j'ai voulu prolonger ce regard romanesque sur les périodes troubles de notre histoire. Ancrée dans les paysages helvétiques, mon écriture s'attache volontiers à des sujets difficiles, ceux que l'on cherche à enfouir dans les mémoires. Et cette histoire fribourgeoise, bien qu'éclairée par le rapport de la commission d'enquête sur l'Institut Marini, demeure une zone d'ombre dans laquelle on avance à tâtons, d'autant que la génération qui pourrait en témoigner est en train de s'éteindre.

Thierry Raboud – En toile de fond, il y a effectivement l'Institut Marini de Montet (Broye), dont une enquête mandatée en 2015 par Mgr Morerod a mis en évidence les maltraitances sur les pensionnaires. Face aux témoignages, quelle est la légitimité de la fiction?
Frédéric Lamoth
– Il se trouve que cette commission d'enquête, citée à la fin de mon roman, a eu grand peine à trouver des témoins qui avaient encore la force et l'envie de parler tant d'années après les faits. L'écriture peut alors offrir une forme de témoignage de substitution, même si elle reste suggestive, s'abstenant ici de décrire dans le détail ce que ces enfants avaient vécu à Marini. J'ai plutôt cherché à transcrire la difficulté à briser le silence, cette forme de honte collective que l'on finit par endosser comme une fatalité.

Thierry Raboud – Pourquoi avoir choisi de placer votre fiction dans la seconde moitié du siècle, alors que cet institut n'était déjà plus sous la responsabilité de l'Évêché?
Frédéric Lamoth
– La période 1929-1955 est mieux documentée grâce au rapport d'enquête, et on ne sait pas grand-chose des années qui ont suivi, lorsque Marini est passé entre les mains de diverses congrégations religieuses. On sait seulement que les salvatoriens qui ont repris l'institut au début des années 1960 tenaient auparavant une maison de correction à Drognens, ce qui laisse imaginer quelles devaient être les conditions d'accueil... Je trouvais intéressant de me confronter à ce silence historique, tout en me gardant bien de formuler la moindre accusation dans le roman, où tout se joue dans le non-dit, entre les lignes.
L'écriture romanesque est-elle alors une manière de transmettre cette histoire lacunaire et menacée par l'oubli?
Les rapports, comme celui de la Commission Bergier ou celui sur Marini, proposent certes un travail historique systématique pour explorer ces zones d'ombre, que les témoignages contribuent également à éclairer. Mais cela ne lève pas tous les voiles. L'écriture romanesque permet effectivement, si elle se garde de toute position morale et parvient à susciter l'émotion en rendant ses personnages intimes au lecteur, de transmettre cette histoire aux générations qui ne l'ont pas vécue.

THIERRY RABOUD, La Liberté, 15 janvier 2022

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Frédéric Lamoth publie son septième livre, intitulé Le Chemin des Limbes. Les limbes… Cet entre-deux où séjournent ceux qui ne sont pas encore ou plus sur terre, titre qui s'explique assez vite dans le livre, parce qu'on y parle d'un enfant non-désiré, d'un ado désespéré et d'un prêtre défroqué, mais je n'en dirai pas plus sur l'intrigue si ce n'est qu'elle se situe dans les années 60 et dans le canton de Fribourg. L'auteur aborde dans ce roman les thèmes qui lui sont chers: l'identité, la quête de sens, la fragilité d'une mère, les non-dits et le souci des convenances, tout ça avec une vraie empathie pour ses personnages, empathie qui n'enlève rien à sa lucidité sur les dérives de notre société et celles, notamment, de l'Église. L'écriture est fluide, simple, avec ce sens de l'observation aigu, qui vient peut-être de la formation de médecin de l'auteur.

GENEVIÈVE BRIDEL
, RTS, La Première, «Six-Neuf», 1er janvier 2022

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Fribourg 1960… L’été approche, quand un jeune prêtre, enseignant au collège Saint-Michel, se trouve impliqué dans le drame de deux adolescents. C'est le début d'un long secret qui hante les dessous d'une famille apparemment sans histoires... Ce Chemin des limbes nous emmène dans le pays des faiseuses d'anges, des filles-mères et des enfants nés sans père. Une immersion dans les consciences où chacun cultive son repentir, un chemin de croix sous un ciel que le brouillard dispute à la lumière.


Vous pouvez nous commander directement cet ouvrage par courriel.


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