ÉRIC MASSEREY

LE SOMMEIL SÉFARADE

roman
80 pages. Prix: CHF 26,50
ISBN 2-88241-175-8, EAN 9782882411754

Prix Loterie romande 2007, décerné par l’Association Valaisanne des Écrivains


Biographie

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«Quand je suis sorti du camp, je ne me souvenais plus de rien», disait un vieil homme au micro, le 5 février 2005, à propos d’Auschwitz. Et je me suis demandé comment vivait un homme qui n’a plus de souvenirs. Est-on vraiment sorti de quelque part si notre existence, celle d’avant, où rentrer, a disparu? Quelle est cette «réalité absolument rationnelle» des autres, capable de vider un passé pourtant plein de nous à ras bord? Et laquelle pourra le rappeler?
Dans la mémoire vierge de cet homme, j’ai voulu inscrire des histoires qu’il aurait trouvé, après, sans autre rapport entre elles que l’époque de leur parution, pendant les années cinquante.
— Qu’elles lui tiennent lieu d’antan et de retour chez lui! dis-je.
Pourquoi certains grands romans et pas d’autres, pourquoi pas de plus discrets, de plus humbles peut-être et tout aussi vastes? Je ne sais pas, si ce n’est qu’ils continuent de compter pour moi, surtout le Quatuor. Les citations et les paraphrases, quelques rythmes et des intonations viennent ainsi de La Chute, de Mémoires d’Hadrien, de Pays de neige, et du Quatuor d’Alexandrie. Avec le bref écho de plus de livres qu’il n’est raisonnable de nommer. Et la lecture d’Anna Karénine, bien sûr.
J’ai puisé à de grands fleuves pour dire peu, en fin de compte, du Lager, de Salonique et de l’histoire des Séfarades. Je mentionnerai seulement Primo Levi et son humanité, Imre Kertész et son rapport à la réalité – absolument rationnelle ou non – et L’Histoire des juifs sépharades, d’Esther Benbassa et Aron Rodrigue (Seuil, 2002).


Les livres remplacent parfois les souvenirs…

Comment vivre, quand il faut impérativement oublier les camps nazis?


«Comment meurt un bibliophile? Avec ses secrets, ses mensonges, une faute non pardonnée et les variations volées de ses livres.» Ou encore: «au milieu des bribes désarssorties, noyées dans une réalité insaisissable, morceaux brisés du phare abattu d’Alexandrie». Le bibliophile Gaspar, lui, a depuis longtemps remplacé ses souvenirs par les livres. Parce qu'il faut impérativement oublier le «lager». Ce camp de la mort où il a séjourné. Où il a perdu les siens. Camus, Yourcenar ou Kawabata fournissent les personnages et les histoires. Anna Karénine rythme la vie. Le vieux Gaspar prend la route avec sa lectrice, Pélagie. Pour aller humer l’odeur de la mer. Puis mourir sur une île grecque. Au rythme du roman de Tolstoï… Après avoir «attendu toute ma vie que revienne une réalité sauvée du néant». Dans ce sommeil séfarade de ceux qui ne peuvent plus sommeiller, justement. Car: «combien d'hommes en cendres répandus sur la terre grise de l’abandon et sous le ciel sans Dieu, sans repos dans leur sommeil séfarade?»
Oui, parfois, par désespoir, les livres remplacent les souvenirs. Ils réécrivent la vie qui ne peut plus revenir du néant. Ils sont le seul réel supportable. Ils permettent, par le jeu des masques et des miroirs, de ressasser les scènes clefs d’une enfance, sans mourir de douleur. C’est toute cette gravité qu’Éric Masserey a glissée dans ce court roman époustouflant. Jeux de piste littéraires, mais surtout scansion magnifique d’une fin de vie glissant vers le tombeau comme on coulerait longtemps entre deux eaux. Ce n’est plus le regard qui compte alors, mais une perception en demi-teinte de ce qui reste d’une vie. Quelques livres, parfois…

JACQUES STERCHI, La Liberté

Dans ce petit roman très dense et d’une écriture subtile, nous assistons aux remémorations de Gaspar, vieux juif séfarade en fin de vie, et de son ami malade, Constantin, où il est notamment question d’une femme que les deux hommes ont aimée. Par ailleurs, nous apprenons que la première relation amoureuse de Gaspar a été interrompue par un choc brutal préludant à sa déportation. Marqué par le leitmotiv de la lecture (surtout d’Anna Karénine), le roman évoque l’intranquillité de la «nuit séfarade».

KARINE FANKHAUSER, Librairie Payot-Lausanne, «Mon choix», 24 Heures


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Entre deux livres

Tiraillé entre le dernier Jean-François Sonnay et Le Sommeil séfarade d’Éric Masserey, c’est à ce dernier ouvrage que Rolf Kesselring consacre finalement son article...

Le sommeil séfarade, ou «une histoire de mémoire effacée par trop de chagrin» publiée chez Bernard Campiche.
Le rêve de l’éditeur a toujours été de comprendre pourquoi un livre attire des lecteurs et pas un autre. C’est un grand éditeur parisien qui me disait, naguère: «On peut connaître les ingrédients du succès d’un livre, les mettre tous ensemble volontairement et, pourtant, rien ne dit que l’ouvrage en question connaîtra un succès.»
Là, dans cet ouvrage que vient de publier un certain Éric Masserey chez Bernard Campiche, c’est le titre qui a attiré mon œil de lecteur constamment à l’affût: Le Sommeil séfarade.
 
Pour un titre
 
Étrange et mystérieuse petite locution pas anodine du tout! Ma curiosité était attisée. Il fallait que je sache ce qui se cachait sous cette couverture jaune verdâtre et passée, cet intitulé énigmatique. Et puis il y avait, ce personnage peint, diffus et à la limite du grotesque...
Mais, bien que le gardant près de moi, à portée de main, je ne pouvais lâcher le dernier ouvrage de Jean-François Sonnay (Yvan, le bazooka, les dingues et moi) que l’éditeur d’Orbe m’avait fait parvenir dans le même colis.
Là aussi, le titre m’avait séduit d’entrée au premier coup d’œil. Pensez: «Yvan, la bazooka, les dingues et moi»! De quoi m’alerter en quelques mots explosifs. Et puis, à l’ouverture du cartonnage entourant ces ouvrages, j’étais pressé et gourmand. Sans attendre, j’avais picoré au hasard dans ce style inhabituel chez les auteurs romands. C’était dru et fluctuant, râpeux et soyeux tout à la fois, en un mot surprenant. Il fallait que j’en sache plus.
 
Double lecture, double jeu?

D’habitude, je déteste ça: lire deux ouvrages en même temps, passant de l’un à l’autre sans cesse, papillonnant comme un insecte indécis et folâtre, perdant le fil de l’un pour nouer avec celui de l’autre. J’avais la sensation de les tromper tous les deux, de me mentir, de mener double jeu, d’être finalement traître à tous les trois, les auteurs et moi, le lecteur. Pas ma nature, pas mon genre.
En plus, et comme j’étais encore en plein déménagement/aménagement de mon nouvel antre jurassien. Pas encore vraiment parti de France, pas tout à fait arrivé en Suisse! Perdu au beau milieu de montagnes de cartons remplis de livres, angoissé parmi ces meubles dispersés, ces ustensiles et ces dossiers introuvables, je me sentais émigré au milieu de mes propres repères enchevêtrés.
La trame de ma vie devenait trouble et, comme pour parfaire, ce désordre ambiant, mon esprit semblait pulvérisé, réduit en miettes éparses. J’avais du mal à me concentrer, à lire, à entrer dans ces ouvrages.

Une affaire de mémoire
 
Dans l’ouvrage d’Éric Masserey, le titre aussi me fascinait. «Le sommeil séfarade ». Il fallait que j’en sache plus, je devais comprendre. Les Séfarades? Je me souvenais d’un après-midi passé, à Gérone en Catalogne, dans la maison d’Isaac el Cec (Isaac l’Aveugle), rabbin célèbre dans tout le Sud de l’Europe, il y a quelques siècles.
Je me souvenais, aussi, du destin tragique des Séfarades. «Le sang des Juifs coulait jusqu’à l’entaille faite dans les bornes cavalières dans les ruelles de la vieille cité. Un massacre horrible!» Une shoah avant la lettre.
Le sommeil séfarade, une histoire de mémoire. Une histoire de mémoire effacée par trop de chagrin, trop de douleur. Un vieil homme qui a connu cette horreur, amoureux d’une héroïne de roman russe. Un homme sur le seuil de sa vie et qui ne se rappelle que de cette littérature qui l’avait tant passionné. Et là, la mémoire totalement vierge. Pour ne plus souffrir.

De Tolstoï à Borges

Dans cette histoire, il y a le narrateur, le Docteur Rodrigue et ses amis Gaspar Camerarius et Constantin Levine. Ces patronymes me rappellent quelque chose. Il s’agit encore et toujours de littérature, bien sûr. Univers familier. Mêmes lectures, mêmes passions.
L’atmosphère de ce petit roman est troublante. J’ai lâché tout le reste. Il faut que le termine. Je veux savoir, je veux entendre, comprendre. Séduit, je me laisse aller. Il faut que je termine ma lecture, mais, au fond, je n’en pas envie.
Des titres d’ouvrage reviennent sans cesse dans les propos du narrateur, dans les conversations entre les protagonistes. Litanie lancinante. Et puis Pélagie intervient: «...Quand vous dites ‘amour’, on dirait quelque chose de différent.»
Diabolique petit livre. Je le referme. Ma mémoire vacille. «Le feu qui consuma Gaspar deux nuit plus tard attira tout le village et toutes sortes de cris.» Les mots dansent dans ma tête. J’ai envie de recommencer, de reprendre la lecture de ce petit roman au début... Éric Masserey... Il faudra que je me souvienne.
Quant à l’ouvrage de Jean-François Sonnay, Yvan, le bazooka, les dingues et moi, j’y reviendrai. Promis.

ROLF KESSELRING, Swissinfo


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C’est ici, dans Le Sommeil séfarade, une intense et très belle allée, qui est à vrai dire le livre d’une bibliothèque à lui tout seul. Puisqu’il fait entendre, et vivre, des personnages eux-mêmes venus d’autres livres, des personnages qui aussi mettent à l’œuvre de leur vie les livres qu’ils ont lus.
Ainsi dans les brefs chapitres de ce court roman que signe Éric Masserey, on verra d’abord Constantin Levine dans ses dernières heures et dans l’alentour de ses livres, comme une mémoire disséminée, et perdue, dans la pénombre de l’hiver où la vie le quitte.
Puis c’est son ami Gaspar Camerarius que l’on suit, avec celle qu’il a choisie pour lectrice, Pélagie, dans le meilleur de la bibliothèque, c’est-à-dire dans ces livres où s’incarne la vie, où elle résonne d’immédiate mémoire…
Pélagie qui aussi emmène Gaspar Camerarius, dans l’«antique Citroën» jusqu’aux rues d’Amsterdam, pour retourner jusqu’à ce tournant qui fut celui de l’amour et de la mort, cet instant qui cingla, l’officier qui dit: «Jetzt ist es zu spät», et qui tire.
De quels temps sommes-nous décidément, que l’on tient dans l’enchantement violent des pages où nous passons.

JEAN-DOMINIQUE HUMBERT, Coopération


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Une vie avec Anna

Anna Karénine, amour et miroir d’une vie de libraire. Voici, perdant son vieux compagnon, un homme étrange, privé du cœur douloureux de sa propre vie – plus précisément: de son passage au camp, Auschwitz gommé, que reste-t-il ensuite? Des bribes d’avant, mais l’après ne peut se construire sur la béante absence centrale. Alors, les livres! «Qu’ils lui tiennent lieu d’antan et de retour chez lui», explique l’auteur.
En très peu de pages, Masserey, subtil et parcimonieux, installe et dévoile partiellement le mystère de Gaspar, juif séfarade, grand lettré presque aveugle – vertiges du passé, mystère de sa vie, approche du mystère de la mort, rencontre avec Pélagie la lectrice qui accompagne et révèle.
Un grand talent d’écriture; une langue maniée avec un sens aigu de l’allusif et du jeu du voilé/dévoilé; concision et percussion, dialogues brefs et récits-monologues, ce Sommeil est aussi méditation littéraire, jeu entre le mirage de l’engloutissement dans le roman de Tolstoï et les arabesques des références au Durrel du Quatuor et à bien d’autres auteurs. Avec, soulignant l’omniprésent thème noir des camps, la figure de Primo Levi, le rescapé/condamné.

JACQUES POGET, 24 Heures


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Le Sommeil séfarade, par Eric Masserey

J’ai fini le livre d'Éric Masserey. Court mais dense. Et complexe. Le vieil et aveugle Gaspar Camerarius (le nom vous dit quelque chose?) engage la jeune Pélagie pour qu'elle lui fasse la lecture d'Anna Karénine. Une relation d'amitié ou d'amour se noue peu à peu entre le vieil homme mourant et la toute jeune fille de dix-neuf ou vingt ans. Ensemble ils partent pour Salonique où Gaspar veut retrouver une senteur de mer venue de son enfance, puis pour Kasos, où Pélagie est née, dont elle veut lui donner les odeurs. Kasos où meurt finalement Gaspar. 
Derrière cette histoire simple, les fondements sont subtils et ambitieux. Le texte s'interroge sur le rôle de la littérature. Un questionnement qui passe ici par l'expérience des limites.  
Gaspar a toujours vécu dans les livres. D'une famille séfarade exilée d'Espagne en 1492, qui s'est finalement installée à Salonique, dans la librairie, avant de quitter l'endroit quand Gaspar a sept ans. Puis vient la guerre et, pour Gaspar, le Lager dont il réchappe. Mais il ne se souvient plus de rien quand il en sort. Il est recueilli par Constantin Levine, dont le récit de la mort ouvre le livre, Constantin qui tient une Librairie-Buchhandlung-Bookshop et lui enjoint, pour travail initial, de coller la première édition russe et reliée d'Anna Karénine, qui avait paru en feuilleton dans Le Messager. Depuis, ce roman et quelques grands autres (Le Quatuor d'Alexandrie, Pays de neige, La Chute, Mémoires d'Hadrien...) peuplent la mémoire de Gaspar, lui servent de passé et de présent. Il y a un autre niveau encore, les relations entre Gaspar, Komako, sa femme japonaise, et Constantin dont elle devient la maîtresse, à cause sans doute de l'impuissance de Gaspar suite à l'assassinat par un officier allemand de la femme vénale à qui il venait de faire l'amour pour la première fois de sa vie. Une relation triangulaire sur fond d'Anna Karénine, qui interroge le roman et se mêle à lui. Et puis également, suggérée, esquissée, l'histoire des juifs séfarades.
Complexe, donc, on le voit, Le Sommeil séfarade. Un concentré de littéraire. Un texte évocateur et intéressant, habité de citations et d'échos. Un roman qui ne conclut pas, qui ouvre des voies en nombre. Et donne notamment envie de relire Anna Karénine (858 pages dans l'édition de la Pléiade).

Blog d’ALAIN BAGNOUD


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Puissance d’évocation et d’imagination

Éric Masserey, d’origine valaisanne, est médecin de profession et travaille dans le canton de Vaud. Il propose, avec Le Sommeil séfarade, son deuxième ouvrage aux Éditions Bernard Campiche. Son premier livre, Une si belle ignorance (généalogies), est paru en 2002 aux Éditions d’Autre Part et a reçu un bel accueil de la part du public et de la critique qui a apprécié son écriture dépouillée, la poésie de son récit, une poésie qui jaillit du quotidien, des objets, de la présence physique du monde…
Le second ouvrage d’Éric Masserey se plaît dans une sobriété et une précision remarquables à dire la joie, l’incertitude, la solitude, l’attente par l’intermédiaire du Dr Rodrigue, de ses amis Gaspar Camerarius et Constantin Levine, qui portent les noms que Tolstoï et Borges avaient créés pour Anna Karénine et Le Regret d’Héraclite. Un roman qui parle de bibliothèques, de grands auteurs, du temps, de l’oubli, des histoires de l’Histoire.
La littérature et la réalité se croisent, s’entremêlent, se faufilent entre parole et silence pour tisser un récit qui exige concentration et disponibilité. Le rêve et l’imagination, l’être et le paraître peut-être, ou ces personnages de romans qui servent de jalons, de repères, ou d’espaces infinis où l’on peut se dissoudre: «L’amour d’Anna, tout d’abord, m’a sauvé, puis Komako a recouvert ma honte, ma haine et le vide. Hadrien m’a servi de père, Iouri de frère, Darley de camarade. Joseph Valet, de maître. Zeno de conscience, et ainsi de suite…» L’écrivain multiplie les niveaux de narration, de conscience, finalement de réalité; les temps s’interpénètrent, nous sommes entrés en littérature.

JEAN-MARC THEYTAZ, Le Nouvelliste


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Le Sommeil séfarade, par Eric Masserey

JPerdre à la fois tout souvenir et la force d’aimer, c’est peut-être une façon de survivre pour Gaspar à la sortie du Lager (Auschwitz). Il n’existera dès lors qu’avec les héroïnes de ses livres, seules à pouvoir occuper sa mémoire vide. La mort y est partout présente, celle de Constant, son ami d’enfance, de Komako, sa femme qui aima Constant. Quand il n’y vit plus, il engagea une toute jeune fille pour lui faire la lecture et l’emmener sur les traces de ce passé qu’il a voulu oublier, de la femme qui lui a fait découvrir l’amour, une juive qu’un officier allemand a abattue.


JULIETTE DAVID, Suisse Magazine


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Extraits (Acrobat, 88 Ko)

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