FRÉDÉRIC LAMOTH

SUR FOND BLANC

Roman
2013. 144 pages. Prix: CHF 30.–
ISBN 978-2-88241-336-9


Biographie

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Manifestations, rencontres et signatures
Index des auteurs


C’est le quatrième roman que l’écrivain publie chez Bernard Campiche après La Mort digne, Les Sirènes de Budapest et Orion. Né à Vevey en 1975, Frédéric Lamoth s’enrichit de deux cultures: celle, hongroise de son père et celle, cuisse, de sa mère. Après avoir fréquenté le Gymnase cantonal de la Cité, il entre à l’université de Lausanne et en ressort médecin. Une profession qu’il partage avec celle d’écrivain.
L’histoire est une esquisse plutôt qu’une toile panachée de couleurs avec sa dominante de blanc et de gris. Car les couleurs cachent l’essentiel. Légère et grave à la fois en est la trame. Dans une rue de Lausanne, le narrateur découvre une galerie d’art de photographies. Son regard est magnétisé par la dernière: deux visages de femmes endormies côte à côte sur fond blanc. Dans un café, il observe deux femmes immergées dans une conversation animée. C’est alors qu’il ébauche une histoire. Il nomme ses héroïnes Diane, la femme qui vient de la nuite et Claire pour celle qui attent dans la lumière «déesses d’un rythme primitif et oublié qui partagent le même sanctuaire.»
Claire et Diane ne se sont pas revues depuis vingt ans, depuis l’époque où elles suivaient une formation dans l’hôtellerie dans un pensionnat à Leysin. Elles ont toute la nuit pour évoquer cette tranche de vie avec des mariages qui ne les comblèrent, ni l’une ni l’autre. Mais surtout c’est Lorenzo, le bel aristocrate italien, leucémique et mort à la fine fleur de l’âge qui ravive les souvenirs. Elles avaient tout juste vingt ans.
L’histoire se déroule en Suisse, dans des lieux très précis. Mais elle touche à l’universalité. La langue est épurée. Le roman se lit d’une traite. Et s’achève sur cette photo prise par Jürgen, étonné par le tableau qui s’offre à ses yeux. «Le sommeil semblait transformer la réalité en rêve.» Et si la réalité n’était, après tout, qu’un rêve éveillé?

ÉLIANE HINDI
, L'Omnibus

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Diane au clair de lune…

Le quatrième roman de Frédéric Lamoth donne une sensation de noir et blanc dans laquelle on plonge sans s’ennuyer.
«Je suis arrivé devant le dernier tableau de l’exposition. Deux visages de femme sur un fond blanc, un drap plissé. Les yeux fermés, côte à côte sur le même plan. Deux femmes qui dormaient dans le même lit et dont le sommeil semblait transformer la réalité en rêve.»

Sur fond blanc
Un jour de février, le narrateur, anonyme, professeur d’histoire médiévale à l’université, entre dans une galerie d’art où il découvre des photographies. L’une d’entre elles attire son attention, l’interpelle. Il s’agit de deux femmes assoupies côte à côte, sur un fond blanc. Figées, il émane d’elles à la fois mystère et atemporalité. À la fin de sa journée, le narrateur se réfugie dans un café pour palier à la solitude qui l’attend. Il observe alors deux femmes qui semblent se retrouver après des années et qui font écho à ces deux figures endormies. Il les nomme Diane et Claire.
Tout comme l’impression provoquée par la photographie, rêve et réalité commencent à se mélanger. Le narrateur s’efface pour laisser place à Diane et Claire, les deux princesses endormies. Celles-ci revivent le passé comme dans un songe et dont on ne sait pas très bien s’il est réel ou le fruit de l’imagination de ce narrateur qui disparaît après le premier chapitre. La boucle est bientôt bouclée, puisque c’est l’histoire de la photographie qui nous est racontée et qu’on retrouve dans les derniers chapitres.
Avec, en arrière-plan, les figures de Merlin et de la fée Viviane – Nimuë en gaélique – représentants d’un amour impossible, on assiste à une longue conversation entre les deux femmes qui ne se sont pas vues depuis vingt ans et qui se remémorent leurs souvenirs dans le pensionnat de l’école hôtelière qu’elles ont fréquentée. Ensemble, elles assemblent les pièces du puzzle pour redonner vie, une dernière fois, au passé. Les premières fois, la rencontre avec un jeune homme malade, les relations étranges qui se tissent, les pensionnaires de l’école qui vont et qui viennent, les chemins qui se croisent et qui se séparent…
Sensations, impressions, réflexions… La nuit passe au fil des pages. On se laisse emporter sans le réaliser par l’écriture aux reflets poétiques de Frédéric Lamoth. Une écriture fine, qui suggère et dévoile avec délicatesse, quand bien même le souvenir peut être parfois crû. Le lecteur avance dans l’histoire sans savoir chaque fois qui des deux femmes parle, qui des deux femmes réfléchit. Le flou de la narration vient répondre à ce flou qui entoure par moments les images de la mémoire.
Une histoire d’amour, d’amitié, d’ambiguïté, de liens invisibles qui viennent façonner les destins. L’auteur aborde une flopée de thèmes sans que rien ne paraisse artificiel.

JS
, www.auxfilmsdespages.ch

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Première rencontre, une exposition de photos d’une glaciale pureté, toutes en blanc et noir, paysages de neige et, dans un lit blanc, deux femmes qui dorment.
L’histoire est faite d’un improbable mélange de souvenir et d’histoire actuelle, les deux femmes de la photo se retrouvant au bout de vingt ans, à la fois pour raconter ce qu’elles ont tu autrefois alors qu’elles étaient toutes deux à Leysin, à l’École hôtelière, et ce qu’elles sont devenues.
Le passé reprend vie jusqu’à la fin où le blanc de la neige viendra «restituer cette forme de pureté et de simplicité qui ramène à l’essentiel».

JULIETTE DAVID
, Suisse magazine

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Fond blanc de la page pour l’écrivain, du papier sensible pour le photographe, des draps froissés, des paysages de neige… Il y a de tout cela dans le récit en kaléidoscope de ce qui pourrait n’être que les retrouvailles de deux camarades de pensionnat se voyant vingt ans après et qui, par l’alchimie très littéraire, se fond et recompose en tant d’autres images. Découpages et reliefs en camaïeu, à l’ombre de Rilke.

Marie-Claire Suisse

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Tendre est la neige

Dans Sur fond blanc, le quatrième roman de Frédéric Lamoth, les belles au bois dormant sont restées endormies. Le narrateur viendra les réveiller en rêvant leur passé

C’est une histoire de princesses devenues grandes, celle de deux femmes endormies qui attendent peut-être – ou peut-être plus – le prince charmant. Il est possible que le narrateur soit ce prince providentiel. Il est celui, en tout cas, qui, par la force de son récit, réveille l’histoire en sommeil des deux femmes.
Il les voit d’abord en photo, au fond d’une discrète galerie d’art lausannoise où s’exposent des paysages enneigés. Le ton est donné: tout le roman sera blanc, comme ces images, comme les fantômes du passé. Puis le réel surgit. Voici Diane et Claire, attablées dans un café, non loin de là. «J’ai cru voir encore ces deux visages de femmes qui conjuguaient leurs rêves en fermant les yeux sur le passé, l’histoire, le temps des illusions et toute forme de nostalgie qui nous aurait précédés. En fermant les yeux sur moi.»
C’est l’histoire de leur jeunesse, celle de deux étudiantes en hôtellerie dans un internat au-dessus de Montreux, qui se déroule ensuite. On y rencontre un jeune homme pâle, tuberculeux, séduisant; il y a un mariage distant, un hôtel, des soirées bizarres, des nuits blanches. Tout un monde qui se déplie peu à peu, nostalgique, suspendu, inachevé. Le lecteur avance dans un paysage littéraire qui évoque un peu Patrick Modiano ou Marguerite Duras, à qui Frédéric Lamoth semble rendre hommage.
Entrelaçant de multiples thèmes, les contes, le mythe de Merlin, l’ambiguïté des rapports entre hommes et femmes, la photographie, le destin particulier de chacun, la jeunesse perdue, Frédéric Lamoth – dont Sur fond blanc est le quatrième roman après La Mort digne, Les Sirènes de Budapest et Orion (tous chez Bernard Campiche) – tisse un récit qui recouvre Lausanne et la Riviera vaudoise d’un fin glacis romanesque…

ÉLÉONORE SULSER, Le Temps

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La photographie, et le cinéma, puis la télévision ont commencé par ce que l’on appelait le noir et blanc, avant de bénéficier du spectre entier des couleurs.
Aujourd’hui on revient volontiers aux nuances de gris sur fond blanc.
Ce retour aux sources n’est pas anodin. À la réflexion, il ne s’agit pas de nostalgie. Il semble plutôt qu’on veuille revenir au dessin et à l’esquisse plutôt qu’au tableau saturé de couleurs.
Car les couleurs cachent l’essentiel; elles dissimulent les lignes; elles tuent l’imagination, tandis que les lignes la favorisent, grâce à leur pureté, aux creux qu’elles créent, que l’esprit comble.
En passant dans une rue de Lausanne, le narrateur découvre dans une galerie d’art des photographies de paysages hivernaux, de maisons, de toits couverts de neige.
Alors que rien ne le précise dans le texte, pourquoi imaginé-je que ces photographies ne puissent être qu’en noir et blanc?
Sous chacune de ces photographies, un bristol en donne un court descriptif, daté, localisé.
Le narrateur arrive devant la dernière d’entre elles:
«Deux visages sur un fond blanc, un drap plissé. Les yeux fermés, côte à côte sur le même plan. Deux femmes qui dormaient dans le même lit et dont le sommeil semblait transformer la réalité en rêve.»
Ces deux femmes portent leurs vêtements de jour. Sur la tempe gauche de l’une d’elles, une marque, comme une ancienne cicatrice. On ne sait si elles sont mortes ou si elles dorment...
Alors le narrateur, qui écrit un livre sur le mythe de Merlin, et ses liens avec la fée Nimuë, et qui observe, un peu plus tard, la rencontre de deux femmes dans un café lausannois, ébauche, en les voyant, une histoire qui se terminerait par la photographie de «ces deux femmes assoupies qui semblent attendre le prince charmant».
Il leur donne deux noms qui traduisent leur complicité et leur divergence, Diane pour celle qui vient de la nuit, Claire pour celle qui attend dans la lumière. Il imagine qu’elles se revoient vingt ans après s’être perdues de vue au sortir de l’école hôtelière. Du café lausannois elles se rendent chez Diane, où se trouve un tableau préraphaélite de Merlin et Nimuë... Elles se racontent et se souviennent.
Le père de Diane était juriste, sa mère femme au foyer. Du temps de leurs études, Diane dessinait, mais elle a rangé ses crayons. Elle est le modèle de Jürgen, le photographe des deux femmes assoupies, et vit avec lui. Elle se rend une semaine par an en Asie où elle retrouve Paul, son mari. C’est elle qui a une cicatrice à la tempe.
Les parents de Claire tenaient un restaurant sur les hauts de Montreux, mais elle ne voulait pas prendre leur suite. Elle travaille maintenant dans un centre de congrès à Évian. Elle sortait avec Franck. Maintenant elle est avec Conrad, un informaticien. Ils habitent Génolier.
Elles se souviennent notamment de Lorenzo, un jeune homme, beau et chauve, rencontré sur un quai de gare. Il avait une leucémie. Il est mort depuis quelque vingt ans. Lorenzo possédait dans sa chambre d’hôtel une photo d’une inconnue, au dos de laquelle il y avait une inscription en italien:
«Amore...Nave senza nocchiere sul mare calmo della sera...» (Amour...Navire sans timonier sur la mer calme du soir...)
Destiné à la prêtrise, Lorenzo avait renoncé à sa vocation. Ses expériences sexuelles avaient été désastreuses. Il s’était révélé impuissant, son désir se volatilisant à chaque fois qu’il s’agissait de passer à l’acte.
Lorenzo, Diane et Claire forment un temps un trio improbable. Ils jouent respectivement les rôles du patient, de l’infirmière et de la lectrice:
«La maladie, le corps, l’esprit, trois formes, trois expressions d’une même substance, avec des visages bien distincts.»
Diane et Claire se confient à son sujet ce qu’elles ne se sont pas dit à l’époque. Elles n’ont pas été bien loin avec lui, ni l’une ni l’autre, en raison de son impuissance, alors qu’elles croyaient chacune le contraire...
Le narrateur raconte enfin comment Diane s’est fait sa cicatrice, comment elle et Claire se sont retrouvées dans le même lit et comment Jürgen les a prises en photo dans cette situation.
Le livre se termine dans l’attente de la neige:
«Elle viendrait. Peut-être déjà ce soir ou pendant la nuit. Elle précéderait l’aube, avec le silence et le gel, elle se condenserait comme les dernières visions d’un rêve, elle effacerait toute trace.»
Et l’on se dit que sur le fond blanc des pages qu’il a écrites, Frédéric Lamoth laisse une trace onirique qui, elle, ne s’effacera pas...

Blog de FRANCIS RICHARD

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Deux femmes, Claire et Diane, ont fait leur formation dans l’hôtellerie dans un pensionnat à la montagne et elles se revoient plus de vingt ans après… Unions, vie quotidienne, elles évoquent leur chemin de vie et leurs impressions personnelles du passé.


Un extrait du roman:

C’était le vendredi avant Noël. Elles avaient quitté ensemble l’école après le cérémonial austère qui avait lieu chaque année dans le réfectoire. Le directeur leur souhaitait de joyeuses fêtes et l’on échangeait un bon contre un cadeau au choix, toujours les mêmes choses, une boîte de chocolat ou un pot-pourri de tisanes. Il y avait aussi une carte de vœux offerte par un ­service d’aumônerie. Elles ont pris le train. Elle a accompagné Diane jusqu’à Lausanne. Elle voulait acheter les cadeaux pour sa famille. Elles ont fait les boutiques, les magasins, par cet après-midi de décembre, froid, sans neige. Elles se sont arrêtées dans un tea-room. Elle se souvient de ce café de style viennois avec ses confiseries  en vitrine, ses parois à moulures et ses miroirs. Il lui inspire encore aujourd’hui sa plus grande nostalgie de Noël. Quand elles sont sorties, les guirlandes dans les rues étaient allumées. Elles sont remontées vers la place de la Palud. Elle a demandé à Diane de l’attendre un instant et est entrée dans une boutique pour lui acheter cette paire de gants. À son retour, Diane était assise à l’intérieur de la fontaine qui était vide. Des enfants jouaient autour d’elle. Elle a ouvert aussitôt le paquet et a enfilé les gants. Ses mains se sont animées comme par magie sous cette peau neuve. Des mains aux doigts écartés, sans rides, sans lignes, muettes.


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