JEAN-FRANÇOIS SONNAY

IL N'Y AURA PAS BEAUCOUP DE HONTE

Récits et nouvelles
2018. 240 pages. Prix: CHF 32.–
ISBN 978-2-88241-439-7


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Au plus près de l’humain, ici comme là-bas

Comment qualifier ces dix-huit textes brefs? Il n’y aura pas beaucoup de honte (excellent titre) réunit des nouvelles, des contes, des fables, des récits… Jean-François Sonnay se balade entre les genres avec aisance, mêle ses souvenirs de voyage (il a beaucoup travaillé dans l’humanitaire) à des réflexions teintées d’humour subtil. Souvent, ce Vaudois qui a choisi Paris comme port d’attache se fonde sur la réalité, un fait divers, une chose vue, une histoire entendue avant de tirer le fil et de suivre son imagination.
Qu’il se penche sur une vieille légende caucasienne, qu’il raconte ses exploits de fumeur de pipe dans un aéroport de brousse ou qu’il s’interroge sur le temps nécessaire à la reconstruction, après incendie, du siège du Parlement vaudois, Jean-François Sonnay reste toujours au plus proche de l’humain. Sans tomber dans la lourdeur moraliste, ses textes résonnent à chaque fois d’une leçon de vie. Ils démontrent surtout à quel point, de Lausanne à Kaboul, des États-Unis au Koweït et dans tous ces lieux non définis, la vie en société répond aux mêmes fondements. Avec, en particulier, les notions essentielles de respect et de dignité, y compris dans La cour des petits, la plus cruelle et la plus émouvante de ces nouvelles.

ÉRIC BULLIARD
, La Gruyère, 10 janvier 2019

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«Je te dis moi que la réprobation ne durera que le temps d'une ondée, quelques jours au plus, et qu'il n'y aura pas beaucoup de honte.
Le recueil de Jean-François Sonnay et un de ses textes tirent leur titre de ce bout de phrase: Il n'y aura pas beaucoup de honte, dans le cas d'une infidélité involontaire.
Cet extrait donne le ton. Celui d'un moraliste qui, confronté à la réalité, sait bien que les grands principes auxquels les hommes prétendent obéir sont vite oubliés dans la vraie vie.
Dans «La cour des petits», il revient sur la honte mais dans un cas différent, celui de la lâcheté, et fait cette remarque: «Il n'y a pas de honte dans le troupeau. C'est une responsabilité que seules portent les personnes…»
Le premier récit, «De bonne guerre», est dans cette lignée d'écriture, puisque l'auteur y recense les noms de combattants et de batailles donnés à des lieux de la capitale française:
«Le fait est qu'à Paris on chemine sous le vocable de nombreux généraux et de nombreuses victoires, mais que les victimes de la guerre sont infiniment plus discrètes…»
Dans «La guerre dite antidrogue», il ironise: «Dans toute guerre, il y a une part de morale et la guerre, comme la morale, requiert des choix. Les hommes civilisés sont heureusement dotés d'un cerveau pour analyser, réfléchir et se déterminer.»
L'auteur qui a été «engagé à plusieurs reprises dans l'action humanitaire» ne se fait guère d'illusion sur les individus de l'espèce humaine:
«Qui n'ont pas leurs pareils pour exterminer les espèces qu'ils jugent inutiles ou nuisibles et qui se pincent le museau en face de leurs semblables dits mal léchés…» («Geste du coucou geai»)
Il compare l'homme aux autres animaux dans «Conte de la ménagerie» (dont la morale est qu'expérience faite, il apparaît «de moins en moins convenable, politiquement parlant, de déterminer quel animal serait le plus formidable sur terre):»
«Quant au plus dangereux, toutes catégories confondues, l'homme n'a pas encore trouvé son maître.»
Il ne se fait pas plus d'illusion sur ce qu'ils racontent sur eux-mêmes, ou leurs aïeuls, après coup. Il écrit ainsi dans «La fausse légende des ours de Berne»:
«Volontiers manipulée par des gouvernements en mal de légitimité, l'histoire, la grande comme la petite, se mêle souvent à la légende quand elle ne s'y réduit pas.»
L'exigence morale qu'il apprécie toutefois dans l'histoire d’«Alma»  n'est pas qu'elle condamne «le vice pour promouvoir la vertu comme certaines polices religieuses,» mais qu'elle met en cause «les préjugés qui ne font voir que bien et mal là où précisément la raison se perd…»
Il ne faut pas croire qu'il soit pour autant dépourvu d'humour. Il en administre heureusement la preuve dans «Fanfaronnade» où, à deux reprises, il semble que de fumer la pipe lui ait permis d'avoir une influence sur la circulation aérienne... Cependant il ne se risqua jamais à ce petit jeu une troisième fois:
«Les miracles sont trop précieux pour être transformés en trucs ou en calculs de probabilité.»
Il y a deux textes qui parlent de l'anonymat. Dans l'un, «Conte de l'homme piano», un prodige qui joue de cet instrument ne présente plus d'intérêt à partir du moment où est découvert son vrai nom et ce qu'il est:
«Le rêve était brisé, ce n'était donc qu'un mauvais rêve, et on se dépêcha de passer à autre chose.»
A contrario, c'est l'anonymat, dans «Légende de l’affiche», laquelle représente les yeux exorbités d'un enfant affamé, misérable, qui indispose: «Être humain, c'est être reconnu, avoir un nom, être respecté. On n'achète pas l'humanité, pas plus qu'on ne rachète l’inhumanité.»
Dans l'ensemble de ces textes, l'auteur est donc, d'expérience, critique à l'égard des hommes, voire désabusé. Même si on comprend qu'il le soit, on n'est pas obligé de l'être comme lui, ni autant que lui, mais, pour ce faire, il faut toujours vouloir rechercher et trouver en eux ce qui peut être digne…

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de FRANCIS RICHARD

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Choses vues, ouï-dire, morceaux d’histoire, fables ou trouvailles scientifiques, ces dix-huit récits parlent de la vie en société et du respect d’autrui, sans négliger le sauvetage des apparences qui les accommode si souvent. On les espère utiles aux citoyens, à tout le monde en somme, car il est souvent question de morale et de calculs, mais aussi de l’étrange réconfort qu’y apporte l’absence de vergogne. Inspirés par une vieille légende du Caucase, qui donne son titre au recueil, ces récits font se croiser des gens de guerre, des chiens de rue, des flibustiers, des petits oiseaux, un président des États-Unis, des victimes d’honneur, des animaux qu’on dit sauvages et des hommes qu’on pense ne pas l’être.

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