YVES ROSSET

LES EXTERNALITÉS NÉGATIVES

Chronique
2017. 256 pages. Prix: CHF 33.–
ISBN 978-2-88241-419-9


Biographie

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Iout l’extérieur de soi

Yves Rosset s’interroge: est-on écrivain avec seulement trois livres à son actif? Des questions, cet auteur vaudois de 51 ans, établi à Berlin, s’en pose à chaque ligne de cette saisissante chronique du temps qui passe. Avec une puissance évocatrice hors du commun, Rosset livre un combat sans relâche à tout ce qui, d’ordinaire, laisse sans voix: le sentiment de vieillir, la maladie, la mort d’une tante. Avec une attention extraordinaire aux composants organiques, chimiques, matériels, psychologiques de ce qui forme notre décor quotidien, le narrateur détisse une trame narrative qui finit par scintiller dans sa cruelle nudité. Et pourtant, quelle douceur, quel amour pour ce bas monde où, pour la troisième fois, Rosset nous apparaît comme un grand écrivain!

NICOLAS VERDAN
, Terre & Nature, 27 avril 2017

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Un extrait du livre

Il y avait des petits pains de Rolle, saupoudrés de sucre et d’un peu de cannelle, les gâteaux ont vite disparu, le saucisson en croûte dans sa pâte épaisse comme de tresse jaune aussi. Ton juge a parlé et constaté que vous deux, dont la tâche était de jauger les êtres humains, arriviez souvent au même résultat. Il était devenu entretemps un haut fonctionnaire du canton et qu’il ait pris du temps pour venir avait impressionné mon frère. Quand tout avait été rangé, nous étions retournés vers la tombe et mon frère avait expliqué à son fils le phénomène du foisonnement de la terre, remuée, creusée, dont le volume augmente, puis qui se tassera à nouveau. La pasteure avait utilisé l’image de l’être comme un arbre, qui subit, tout comme lui, les aléas du temps et des ­saisons, qui a, tout comme lui, des racines et peut porter des fruits. J’y repense en lisant le début de la Chanson de l’oranger sec de Federico Garcia Lorca : « Bûcheron. / Viens abattre mon ombre / et délivre-moi du supplice / de me voir sans oranges. » Chères sœurs, chers frères. Je regardais les toiles d’araignée sous le plafond. Plus tard, des gens égarés viendraient à la grande salle et demanderaient si c’était là la rencontre du groupe des Weight Watchers. Des gens me souriaient, mais je ne les connaissais pas, content quand même qu’ils soient venus pour toi.


Noël, sans qui je n’aurais pas eu le courage de finir ce texte, m’avait dit qu’y domine le point d’interrogation. En effet, quelle distance y a-t-il entre Fukushima et aujourd’hui? Quels mots entre nous et celles et ceux que nous aimons et qui nous ont quittés ? Quel chemin entre l’irréversible et l’encore possible? Quel bruit fait un glacier qui fond? Quel nouvel espéranto inventer pour partager les enjeux démographiques à l’échelle planétaire? Quel miroir tendu à l’Homo sapiens par l’estimation selon laquelle il n’y aura peut-être plus de singes d’ici vingt-cinq à cinquante ans? Quelle rencontre fera de demain une journée particulière ? Et pour combien de temps la vieille dame aperçue tout à l’heure au kiosque de la Berliner Ostbahnhof a-t-elle fait provision de sensations en achetant pour 17.50 euros de magazines consacrés aux people et autres fugitives célébrités de notre petit bout de monde?

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