FRANÇOIS CONOD

ÉTOILE DE PAPIER

2018. 104 pages. Prix: CHF 25.00
ISBN 978-2-88241-431-1


Biographie

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Témoignage posthume d’un internement forcé

Après un recueil de nouvelles et trois romans marquants au tournant des années 1990, François Conod a cessé d’écrire. Ou du moins de publier. Brillant chroniqueur, romancier inventif, il a poursuivi une vie de traducteur et d’enseignant dans un gymnase lausannois. Quelques mois après sa disparition, à 72 ans, l’éditeur Bernard Campiche publie ce poignant Étoile de papier. «Ceci est une œuvre, ce n’est ni un témoignage ni un roman. C’est les deux», écrit François Conod à la dernière page. Ce témoignage, c’est celui d’un homme «amené (de force)» dans un hôpital psychiatrique. «D’après ce que j’ai pu comprendre: essentiellement pour “alcoolisme”», note-t-il d’entrée. Il est «l’un des moins âgés» de la section psychogériatrie et se retrouve entouré de malades atteints de démence sénile, Alzheimer, schizophrénie, Parkinson… François Conod raconte ses journées d’hôpital, «longues, très longues, trop longues», imagine le destin d’un patient somalien qu’il appelle «le Zombie», se souvient de ses années de jeunesse, de Mai 68 et de sa découverte de l’alcool. Avec un sens aigu de l’observation, une intelligence acérée et un humour qui rend le récit d’autant plus émouvant, il signe un bref texte inclassable, à la fois délicieux et douloureux.


ÉRIC BULLIARD
, La Gruyère

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«Le présent livre n'est qu'une oeuvre littéraire qui contient notamment des théories. En cela, ce n'est pas un roman, pas un essai non plus. Zut alors, on aime bien les étiquettes.»
Qu'importe l'étiquette pourvu qu'on ait l'oeuvre... C'est ce que le lecteur est tenté de dire un fois le livre refermé. Parce qu'il s'agit bien là d'une oeuvre littéraire qui relève à la fois du roman et du témoignage, qui dit donc «faussement la vérité», mais la dit...  
Le premier chapitre donne tout de suite le ton: par son titre d'abord, «Dans un nid de coucous», qui évoque le film de Milos Forman, par son propos ensuite, l'internement forcé en HP de l'auteur, «essentiellement pour “alcoolisme”», par l'ambiance enfin.
Le narrateur est «logé en section de psychogériatrie, est sans doute l'un des moins âgés» des patients (ceux qui souffrent). Au sujet des vieux et des malades mentaux, il pose la question, expérience faite: «est-il judicieux de les mettre ensemble?»
Avant d'en arriver là, il observe et raconte son séjour en HP, qui aura passé «lentement, très lentement, trop lentement.» Comme c'est observé et raconté avec beaucoup d'humour, noir, le lecteur ne sait pas trop s'il peut en rire ou s'il doit s'en affliger.
Comme l'auteur est lettré, les ombres d'écrivains qui buvaient beaucoup ou qui se sont suicidés (parfois les deux) se présentent à son esprit et, comme l'imagination se nomme aussi parfois «la folle du logis,» à leur exemple, il se met à son tour à inventer.
Il imagine ainsi le périple de l'un des patients, qu'il a surnommé le Zombie, depuis la Somalie jusqu'à la Suisse romande, et c'est sans soute la partie la plus romanesque de ce livre sans étiquette. Sinon, il raconte des anecdotes et des choses vues.
Parmi les choses entendues, il y a ce qu'il appelle «le petit lexique infirmier-malade» où les demandes du personnel aux malades sont des ordres qui signifient le contraire de ce qu'elles disent; lui, pour s'en sortir, dira ce qu'on lui aura dit de dire.
En fin il confesse, humour toujours: «Je me suis amusé comme un fou à écrire ce livre, seul un fou ne s'en rendrait pas compte.» Le lecteur sera alors tenté de boire à la mémoire de celui qui, de mai 68, n'avait gardé que «le goût du vin et de la parlotte»…
Tandis que son Zombie a suivi son étoile pour s'exiler, parce qu'il voulait être libre, même si ce n'était qu'une Étoile de papier, François Conod aura suivi la sienne pour retrouver ses livres et ses meubles, et il aura eu raison, «fût-elle de papier», elle aussi.


Blog
de FRANCIS RICHARD

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Un testament poignant (François Conod)

On avait perdu la trace de François Conod, brillant auteur d'une dizaine de romans et de recueil de nouvelles (dont Janus aux quatre fronts, Prix des Auditeurs de la RTS 1992) et excellent traducteur de l'auteur alémanique Walter Vogt (six livres parus chez Bernard Campiche). Bien sûr, il y eut, en 2016, ce Petit Maltraité d'Histoire des religions (Slatkine), illustré par Mix et Remix. Mais Conod s'était fait oublier de la vie littéraire…
Il ressuscite aujourd'hui, grâce à son ami Bernard Campiche, qui publie un livre à la fois coup de poing et testament, Étoile de papier. Ce récit bref et poignant raconte les quelques mois que l'auteur a passés dans un asile psychogériatrique de Lausanne. Interné contre sa volonté (pour des raisons aussi floues que nombreuses: alcoolisme, dépression, obsession du suicide), Conod va tenir une sorte de journal de bord de cette expérience douloureuse. Il raconte le quotidien de l'institution, les repas, les promenades, l'infantilisation des patients, la poigne de fer ou la gentillesse des infirmières, les visites de plus en plus rares, sur un ton à la fois grave et amusé. Il brosse le portrait de ses camarades de chambre, d'un réfugié africain qui ne parle à personne et qui sera bientôt renvoyé en Somalie, les horaires militaires de l'institution. Conod adresse également une critique acerbe aux milieux médicaux (psychiatres, géropsychiatres, etc.) qui ne prennent jamais le temps d'écouter leurs patients ou édictent des règlements absurdes. Cette charge sonne d'autant plus douloureusement que Conod, interné contre son gré, n'a qu'un désir : rentrer au plus vite chez lui. Pour cela, il lui faudra ruser, mentir, rentrer dans le jeu des soignants.
Ce cri de colère aux allures de testament laisse dans la bouche un goût de cendres: François Conod est décédé le 18 décembre 2017 à Lausanne, sans que l'on sache pourquoi, ni comment, à l'âge de 72 ans.


Blog
de JEAN-MICHEL OLIVIER

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François Conod: un rire derrière les murs de l’hôpital

Les premières lignes racontent comment l’auteur a été interné de force dans un hôpital psychiatrique pour y soigner son alcoolisme. Elles sont saisissantes. On est empoigné, emporté jusqu’au point final de ce livre posthume: François Conod est décédé le 18 décembre 2017, à Lausanne.
Il avait publié quelques livres (roman et nouvelles) entre la fin des années 1980 et le début de la décennie suivante. Puis François Conod avait jeté l’éponge, enseignant jusqu’à l’âge de la retraite, poursuivant la traduction des livres de Walter Vogt pour l’éditeur Bernard Campiche, buvant bien plus que de raison. Il disait qu’un verre dans le nez lui adoucissait la vie: «C’est tout simplement se tromper d’antidépresseur. Cette erreur justifie-t-elle un internement?»
Dans sa cage psychogériatrique, François Conod pbserve et décrit. L’atmosphère médicamenteuse. Les patients séniles. Les caprices des uns, l’énigmatique folie des autres. Les journées vides ou simplement remplies par l’attente des repas. Ou encore la bande-son du régime hospitalier: roulettes des chariots, voix chevrotantes, lamentations… C’est écrit à la pointe sèche, sans apitoiements, ni sur les autres, ni sur soi-même. Étoile de papier est un livre d’une vivacité singulière, porté par un humour narquois qui contient et surmonte la souffrance. François Conod le répand sur cette vie asilaire et mortifère. Son sarcasme, c’est le vif qui se rebiffe.
Parmi les passages les plus drôles, ce «petit lexique infirmier malade» qui traduit la langue paradoxale et infitilisante du personnel soignant: si l’on vous dit «d’accord» signifie «on ne vous demande pas votre avis»… Il y a aussi le goût de la fiction qui revient quand François Conod se met à imaginer la vie d’un patient africain. Et des souvenirs de lectures qui remontent à la surface du temps immobile. Comme cette phrase de Malcolm Lowry: «Si notre civilisation devait dessoûler deux jours de suite, elle mourrait de remords le troisième.»


MICHEL AUDÉTAT
, Le Matin Dimanche

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Récit posthume de François Conod, Étoile de papier évoque l’«internement» administratif de l’auteur dans un hôpital psychiatrique, et les démarches entreprises pour en sortir. Avec beaucoup d’humour, l’auteur dresse le portrait des «pensionnaires» de l’hôpital, et sa situation d’«intellectuel» au milieu de tout ce monde…

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