JEAN-EUPHÈLE MILCÉ

Un archipel dans mon bain

Roman
160 pages. Prix: CHF 28.–
ISBN 2-88241-174-X, EAN 9782882411747


Biographie

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Dans Un archipel dans mon bain, Jean-Euphèle Milcé lie, à travers les vies de Marie Raymonde et d’Evita, la Suisse (Genève) et le monde insulaire (Ouessant et Haïti).
Une recherche des origines et de cette île, Haïti, le pays mal et tant aimé.
Si L’Alphabet des nuits a touché ses lecteurs par un portrait sombre et désespéré d’Haïti, Un archipel dans mon bain renoue avec l’espoir. Celui d’une femme qui a cherché ses racines, trouvé l’amour à Genève et décidé de rejoindre le pays originel, dont elle n’a aucun souvenir. Là-bas, elle recevra l’enfant que la vie ne lui a jamais donné.

Métissage littéraire aux saveurs exotiques

Choc des cultures
L’écrivain suisse originaire d’Haïti signe un magnifique roman sur l’exil.

Jean-Euphèle Milcé, né en Haïti, vit depuis l’an 2000 dans le canton de Fribourg où il est bibliothécaire. Avec Rafik Ben Salah, il est l’un des auteurs romands les plus originaux du point de vue de la langue, une langue métisse mâtinée de saveurs très personnelles, aux métaphores très inattendues et colorées (fruit d’une élaboration et non d’un exotisme importé). Déjà, dans L’Alphabet des nuits, qui l’avait fait connaître (Prix Georges-Nicole 2004), Jean-Euphèle Milcé créait un personnage aux antipodes de sa propre biographie (son héros était blanc, juif et homosexuel). Cette fois, il a choisi comme héroïne une femme, Marie-Raymonde, Française originaire d’outremer qui immigre en Suisse où elle devient une escort-girl de luxe puis la muse d’un peintre célèbre. Après la mort de son mari protecteur, cette femme de nulle part, la quarantaine épanouie, se reconstruit une identité. Elle quitte Genève et retourne vivre dans l’île de ses ancêtres, où elle fait pourtant figure d’étrangère. Elle y adoptera un enfant et intègre sa famille – changement radical très touchant, que Milcé sait rendre crédible.
Dans les premiers chapitres, le lecteur découvre progressivement que Marie-Raymonde est descendante de colons blancs haïtiens. Ce n’est pas la moindre des subtilités de ce roman, qui s’essaie par ailleurs à une construction narrative complexe: double narration, changement d’identité de Marie-Raymonde qui devient Évita. Comme une greffe hétérogène, les derniers chapitres ressemblent au début d’un roman historique, faisant remonter le lecteur loin dans le passé d’Haïti, introduisant de nouveaux personnages (l’abbé Biha, Jean le Breton). Ce passionnant jeu de construction, un brin artificiel oblige parfois le lecteur à de grands écarts, rend même parfois Un archipel dans mon bain difficile d’accès. Cependant les personnages ont des voix si fortes qu’elles permettent au lecteur de suivre le fil rouge. L’écrivain continue son exploration de l’humain, avec pudeur, sans grands élans pathétiques, évitant tout message social ou politique, bien qu’il porte un regard désillusionné sur la Genève internationale. Cette pudeur le distingue de nombreux livres évoquant le choc des cultures. La couverture du livre pourrait à tort enfermer Milcé dans le cliché de l’exotisme, alors qu’Un archipel dans mon bain parle de l’Humanité avant tout, qu’elle soit d’Haïti, de Suisse ou d’ailleurs, jouant avec une langue au lyrisme sans cesse réinventé.

JULIEN BURRI, 24 Heures

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L’exil et le royaume

Né en Haïti, en 1969, Jean-Euphèle Milcé se présente volontiers comme un ex-îlé. Après des études de linguistique, il a enseigné, dans son pays, la littérature d’expression créole et dirigé la principale bibliothèque d’Haïti. Père et mari dans une famille à moitié haïtienne et à moitié fribourgeoise, il s’est établi en Suisse en 2000. Son premier livre, L’Alphabet des nuits, fut un coup de maître, puisqu’il remporta, il y a deux ans le Prix Georges-Nicole.
Aujourd’hui, Jean-Euphèle Milcé nous donne un autre roman de l’exil et de la nostalgie, au titre étonnant: Un archipel dans mon bain. Deux parties dans ce roman qui relie, une fois encore, l’Europe et Haïti. Ou plutôt le monde insulaire (Ouessant et Haïti) et la Suisse. Liés profondément – obscurément, à la manière d’un archipel – sous la surface de la mer.
Alors que le premier livre de Milcé traçait un portrait sombre de l’île maudite et adorée (en proie à la violence, à l’injustice, à la misère), Un archipel dans mon bain revient de manière détournée sur le pays originel, à travers les destins croisés de deux femmes, Marie-Raymonde et Evita, qui chacune quitte leur île pour s’inventer une autre vie.
Quand la première arrive à Genève, elle est bien sûr désorientée: «La solitude, c’est ce que l’État nous a laissé. De nos jours, on ose à peine adresser la parole aux gens. Sur cinq personnes croisées dans les rues de Genève, la première ne parle pas français et s’en fout. La deuxième t’offre de la saloperie à fumer. La troisième te demande de sauver la planète. La quatrième te pique ton porte-monnaie et la cinquième exige tes papiers et vérifie si tu n’es pas indigent. C’est ça, la Genève internationale!  On mange avec des baguettes, on danse la salsa et on boit de la vodka. Quand on s’accroche à son pinard du terroir, il faut qu’on nous le fasse servir par une Bretonne.»
Tout l’art de Milcé tient en ces quelques lignes: l’humour, d’abord, souvent désenchanté (c’est-à-dire lucide), la question du lien social et de l’«étrangeté» ensuite (qu’est-ce qu’un étranger? Qu’est-ce qui relie, en profondeur, obscurément, les hommes entre eux?) et la question centrale, enfin, de la langue. On pourrait même aller plus loin en posant la langue (française, en l’occurrence) comme langue étrangère. On retrouve en effet dans l’écriture de Milcé l’influence du créole – ce français métissé d’expressions haïtiennes et antillaises.
Roman brillant, mais de construction peut-être un peu trop complexe, Un archipel dans mon bain est d’une grande force d’inspiration, et d’une écriture souvent somptueuse. En écrivant, Milcé travaille les fibres de sa propre chair, à vif pourrait-on dire, quand on sait ce que l’île d’Haïti a enduré de souffrances et de cruauté, au cours des années de colonisation, et depuis sa sanglante indépendance. Nul doute qu’il reviendra encore sur le fil de la langue qui le relie à son île natale.

JEAN-MICHEL OLIVIER, Scènes magazine

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