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SIMONE OPPLIGER

SIMONE OPPLIGER PHOTOGRAPHE

Avec environ 120 photographies de l'auteur
Un «beau livre» au format 25 x 30 cm
Textes d'Édith Bianchi; de Michel Contat; de Myriam Grobet Mettan; de Jacques Pilet.
Entretien avec Charles-Henri Favrod.
2010. 168 pages. Prix: CHF 80.–
ISBN 978-2-88241-282-9


Biographie

Vous pouvez nous commander directement cet ouvrage par courriel.


Préface. Par Édith Bianchi.
Le temps. Par Jacques Pilet. Simone Oppliger a tenté de saisir en images le temps qui passe. De Quand nous étions horlogers aux derniers travaux en vue d’un livre qui devait s’intituler Un siècle, une vallée, une famille. Vieilles photos de famille, de Renan, de Saint-Imier, du «Jura-république», de vieux, de jeunes, d’objets anciens.
Amérique latine. Par Jacques Pilet. Simone Oppliger, à l’adolescence, rêvait du Mexique. Plus tard, elle le photographia. Elle parcourut aussi le Brésil, le Pérou, le Guatemala, Panama, Cuba, les Antilles). Reportages.
Guerres. Par Jacques Pilet. Deux reportages, l’un en Guinée Bissau (guerre de libération contre le Portugal), l’autre au Vietnam deux ans avant la fin du conflit. Reportages.
Exils. Par Jacques Pilet. Simone Oppliger rencontra de nombreux requérants d’asile, noua avec certains d’entre eux des amitiés durables. Elle sut leur parler, les photographier, établir une connivence. Rappel du «Cœur et la terre», trajectoire de la famille de Leila.
Les planches. Par Jacques Pilet. Simone Oppliger fut la photographe du Théâtre de Carouge pendant une dizaine d’années. Elle suivit aussi plusieurs tournages de films. Elle aimait saisir le jeu des comédiens.
Racines. Par Jacques Pilet. Simone Oppliger ne cessa de cultiver ses racines, soignant ses amitiés d’enfance, accompagnant les membres de sa famille jusqu’à la mort. Images: paysages, personnages (de son amie Catinette au vieux travaillant au jardin), Jacqueline sur son toit de Londres, etc… Portraits de S. jeune (glamour), portraits ultérieurs.
Les corps. Par Jacques Pilet. Simone Oppliger photographia la naissance (sages-femmes), la mort (sa mère), les ventres ronds (Fanny enceinte), les corps enfantins, les corps mystérieux (travesti), les corps sur le sable.
Voyages intérieurs. Dans les dernières années, Simone Oppliger se tourna vers une photographie plus méditative. La recherche du soleil avant la nuit.
Images. objets, jardins, maisons, essais de couleurs, bords de mer, lumières de lac, l’hôpital.


Expositions prévues, fin 2010, au Théâtre de Carouge (GE) et à la Galerie Focale, à Nyon. Soirée prévue au Musée de l’Élysée, Lausanne.

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Simone Oppliger
Images de racines et d’exils

Du blanc de l’hiver au blanc de l’absence, de la neige jurassienne qu’un train traverse au blanc des mouettes qui cinglent vers le large, au blanc de l’écume qui ourle le Léman, jusqu’à la page blanche où les survivants consignent leurs souvenirs et tracent des mots d’amour, ce beau livre évoque par le texte et l’image le parcours de Simone Oppliger, photographe.
Structuré en huit chapitres (Le temps, Amérique latine, Guerres, Exils, Les planches, Racines, Les corps, Voyages intérieurs), l’ouvrage s’articule autour d’un double mouvement: l’aspiration à l’évasion et la nécessité des racines.
Née à Renan, près de Saint-Imier, Simone Oppliger a tôt éprouvé le besoin de fuir ce coin de terre où l’hiver s’attarde. Au cours de sa carrière, elle a tiré le portrait de ceux qui n’ont jamais quitté leur coin de terre comme celui des migrants jetés sur les routes de l’exil. «Elle ne cessa de se demander: pourquoi sont-ils donc partis? La pauvreté, la guerre, bien sûr. Mais aussi, souvent, la fuite d’un milieu étouffant, le rêve d’un ailleurs prometteur», se souvient Jacques Pilet, son compagnon, qui rédige le texte introductif de chacun des chapitres. «Elle est profondément d’ici, même si elle milite pour manifester l’ailleurs et l’exil», estime Charles-Henri Favrod en postface. Fille d’horloger, Simone Oppliger conserve un lien profond avec la terre des origines et ses habitants taiseux. Ses photos témoignent des travaux des champs, de rituels immémoriaux: des mains aussi noueuses que les racines de gentianes qu’elles arrachent, la bouchoyade, la forêt pétrifiée par le givre... «Chez moi, au Jura, la terre est si sérieuse», écrit-elle. En 1980, elle publie Quand nous étions horlogers, un livre magistral qui documente les mutations douloureuses du monde horloger, les usines qui ferment, le savoir-faire qui disparaît. Ce témoignage photographique s’impose spontanément comme un «classique sur la civilisation jurassienne».

Figures de l’absence

Aux antipodes des longs hivers que rythme le tic-tac des horloges, Simone Oppliger part se frotter au soleil de l’Amérique latine. Elle photographie aussi la guerre, au Vietnam et en Guinée- Bissau. En Suisse, elle rencontre nombre d’exilés, photographie les spectacles du Théâtre de Carouge. Et puis, tandis que la maladie rétrécit l’horizon, la photographe se concentre sur des objets, cailloux, bois flottants, outils... Deux chaises vides, face au large ou dans une salle d’attente à l’hôpital, qui préfigurent l’absence.
Le temps a rattrapé la fille de l’horloger. Simone Oppliger s’éteint au printemps 2006, à 59 ans, des suites d’une longue maladie. «Saisir l’intensité du présent. Simone Oppliger s’y employa sans cesse mais avec une application particulière lorsqu’elle vit approcher la fin du voyage. Le temps parut alors passer si vite. Et dans les dernières heures, on lisait dans son regard comme un étonnement: déjà?» se souvient Jacques Pilet.

ANTOINE DUPLAN, L’Hebdo

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Simone Oppliger, grand angle
Les Éditions Bernard Campiche rendent un bel hommage à la photographe décédée en 2006. Plus de 120 images et des textes de son compagnon, Jacques Pilet.

Magnifique ouvrage que ce Simone Oppliger photographe publié par Bernard Campiche. Magnifique parce qu’il magnifie fort justement le travail de la photographe née à Renan, Jura, décédée d’un cancer en 2006 à Cully. Son angle de vue était un grand angle. Charles-Henri Favrod précise: «Toujours la sympathie et une effusion contrôlée.» La rencontre. L’autre. Favrod encore: «Et toujours sans autre prétention que le témoignage, sa foi en l’homme en dépit des mécomptes du monde qui va son train infernal.»

L’essentiel: l’humain, toujours, dans ses photographies

Ce train, Simone Oppliger le prend dans son Jura natal, cette terre «si sérieuse». Là-haut, à Renan, «rien ne vient en abondance, ni les fruits ni la parole, encore moins les visiteurs. Mais quand les choses se font rares, elles deviennent précieuses. Ici, rien ne distrait de l’essentiel». Alors bien sûr Simone Oppliger s’en ira de par le monde. Mais de ce Jura essentiel restera toujours une trace sensible dans ses photographies: pointer l’essentiel. L’humain toujours. Et puis la maladie venue, une attention aux choses qui s’intensifie. Jacques Pilet, qui fut son compagnon: «Le regard de la photographe tente de restituer la présence physique des repères quotidiens. Chaises, murs, plantes, cailloux.»

Le temps, la guerre, les gens

Les textes de Jacques Pilet jalonnent intelligemment l’ouvrage, sans inutile pathos, tout d’admiration et de pudique témoignage. Simone Oppliger a commencé par saisir en images le temps qui passe. Depuis Quand nous étions horlogers au livre qui n’a pas pu se terminer et qui devait s’intituler Un siècle, une vallée, une famille. Et puis c’est ce grand angle sur le monde. L’Amérique latine si désirée et passionnément photographiée, humainement. Toujours le regard, toujours l’individu. La guerre aussi, en Guinée-Bissau lors de la libération du Portugal et le Vietnam deux ans avant la fin du conflit. L’exil quand Simone Oppliger va à la rencontre des requérants d’asile en Suisse. Des images magnifiques parce que profondément humaines, entre rire et regard noyé. Photographe de théâtre, des corps à la recherche méditative intérieure. Jacques Pilet: «Simone Oppliger aimait les mots. Ceux des autres remplissaient sa vie. Mais elle était économe des siens: par pudeur et par perfectionnisme. Elle recherchait aussi la sobriété des images.» Bien belle définition de l’art de Simone Oppliger.

L’enquête empathique

En 1986, la photographe se fait aussi écrivaine pour L’Amour mortel, que réédite Bernard Campiche. G., l’amie d’enfance, vient d’être assassinée par son amant, en Valais. «Ce livre n’est pas celui que je voulais faire. Mon premier projet était joyeux, impertinent. Je devais remonter avec G. les chemins de la vie jusqu’à notre enfance», notait-elle dans sa préface. Mais comme l’écrit Michel Contat, «Simone Oppliger savait ce qu’était la mort, elle la regardait droit dans les yeux». Grand angle.

JACQUES STERCHI, La Liberté et Le Courrier

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Simone Oppliger photographe

Il n’est jamais trop tard pour se souvenir de la belle personne et photographe talentueuse qu’était Simone Oppliger, née près de Saint-Imier, décédée au printemps 2006, à cinquante-neuf ans. Ce très beau livre en fait, en mots et en images, le démonstration éclatante.

ISABELLE FALCONNIER, Le Coup de cœur de L'Hebdo, Les plus beaux livres des Fêtes. Sélection Payot L'Hebdo

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Simone Oppliger, le regard empathique.

Un livre et une exposition rendent hommage au travail de la photographe jurassienne, en perpétuel mouvement entre le vallon de Saint-Imier et le vaste monde.

Sur la photo de l’affiche, c’est son regard qui accroche le nôtre. Et puis sa moue. Un air à la fois tendre et décidé. Simone Oppliger, sûrement, regardait ses sujets avec bienveillance et ils le lui rendaient, eux qui semblaient se donner à elle, offrir pleinement  leur réalité à son objectif. Une exposition – à la Galerie Focale à Nyon – et un livre – édité chez Bernard Campiche – célèbrent la photographe décédée il y a quatre ans: Simone Oppliger photographe.
L’exposition présente une quinzaine de clichés noir-blanc, soit la quasi-totalité des tirages de Simone Oppliger possédés par le Musée de l’Élysée, partie infime et hétéroclite du travail réalisé en quarante ans de photographie. Soldat portugais pris à l’heure de l’indépendance de la Guinée-Bissau, orphelin du Vietnam, mannequins du Locle ou requérants d’asile africains. L’humain est bien là. «Une grande sincérité émane de ces images. Simone impliquait cela car elle s’intéressait vraiment aux autres», note Régine Aldara, de l’Association Focale. Une autre salle montre des réalisations plus personnelles, plus petites et en couleurs, souvenirs de vacances. «Ces clichés étaient destinés à rester dans les albums de famille mais nous avons décidé de les montrer car ils correspondent aussi à Simone. Elle avait toujours un appareil avec elle. Pour elle, la photo était un moyen d’approcher les gens mais aussi de garder la trace de moments heureux», souligne le photographe Luc Chessex, qui a sélectionné les œuvres.
Le livre, lui, est découpé en huit chapitres égrainant les thèmes chers à la photographe, de son Jura natal à ses voyages en Amérique latine en passant par le théâtre ou l’exil. Des regards, énormément, des sourires souvent, quelques paysages désolés, deux ou trois objets. Une photographie documentaire, graphique mais également émouvante. Traversée par le thème de l’enracinement.
Née dans le vallon de Saint-Imier en 1947, pays laborieux où l’hiver s’aggripe plus que de raison, Simone Oppliger a très tôt éprouvé le besoin d’aller se frotter au monde. Mais toujours elle revenait à sa terre de Renan. En 1980, elle publie Quand nous étions horlogers, livre témoignage sur le déclin de l’horlogerie locale. Deux autres ouvrages suivront: L’Amour mortel en 1986, déclaration à l’amie d’enfance assassinée (réédité) et Le Cœur et la Terre, en 1994, consacré aux migrants. Un dernier travail était en cours, sur les racines. «Simone Oppliger aimait les mots. Ceux des autres remplissaient sa vie. Mais elle était économe des siens: par pudeur et par perfectionnisme. Elle recherchait aussi la sobriété des images», écrit Jacques Pilet, compagnon de toujours, dans les commentaires qui jalonnent Simone Oppliger photographe.
Sous-estimé selon Luc Chessex, le travail de la Jurassienne continue cependant de convaincre. Anna-Patricia Kahn, galeriste munichoise, est venue jusqu’à Nyon pour voir les clichés de l’artiste, dont elle avait entendu parler par un ami commun. Elle a décidé de monter une exposition prochainement en Allemagne: «J’ai été touchée par l’humanité qui émane de ces photographies. Simone Oppliger était bien plus qu’une photoreporter, elle faisait de la poésie du réel.»

CAROLINE STEVAN, Le Temps

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Simone Oppliger

Dans un monde saturé d’images tape-à-l’œil, entachées de recherche formelle maniérée ou d’un esthétisme vainement léché, l’œuvre de Simone Oppliger (1947-2006) tranche par son humanisme sobre, calme et empathique. Le poids des mots et encore moins le choc des photos n’étaient pas du goût de la Jurassienne.
Née à Renan, dans le vallon de Saint-Imier, cette fille d’horloger n’aimait pas les clichés, leur préférant la vie simple, évidente, banale, criante, qu’elle aimait capter dans des instantanés dans lesquels, longtemps après, on sent toujours la vérité du moment saisi. Simone Oppliger était née dans un pays de labeur, d’humbles et de taiseux. Ce terreau singulier lui a enjoint de préférer la réalité aux apparences: elle n’a ainsi pas eu à éviter le piège d’une voie facile.
Ce beau livre, nourri des textes brefs et parlants de son mari Jacques Pilet, d’Édith Bianchi, de Michel Contat, de Myriam Grobet Mettan et d’un entretien avec Charles-Henri Favrod, permet de se souvenir de son travail remarquable. En huit chapitres et autant de thèmes qui ont retenu l’œil et le cœur de la photographe, on ressent l’authenticité aimante de son regard. Une tension en rien nerveuse l’anime de bout en bout: reliée à sa terre natale, Simone Oppliger est attirée par l’ailleurs dans un double questionnement où la nécessité de l’ancrage répond à l’appel du large.
Adolescente, elle rêvait de Mexique; adulte, elle connaîtra la pauvreté et les immensités de l’Amérique latine, les guerres civiles interminables des républiques centraméricaines. Les soubresauts de la guerre froide (Vietnam, fin de l’empire portugais) la retiendront comme la thématique des réfugiés en Suisse – la photographe, humaniste indépendante, était concernée par la vocation humanitaire de son pays.
Et puis il y a bien entendu sa terre natale. Longueur des hivers jurassiens, paysages de montagne, ouvriers et horlogers incarnés. Et ses proches. On perçoit alors avec acuité sa sensibilité profonde, une veine libertaire fatiguée aussi. La force du regard empathique de Simone Oppliger résidait dans un mélange de pudeur non contenue et d’application naturelle. Elle était certainement marquée par un activisme familial – le travail bien fait accompli dans la quiétude et la conscience – qui, au fil de sa vie, l’a libérée en lui ouvrant des horizons aussi bien intérieurs qu’interpersonnels. Pour tout cela, son œuvre mérite beaucoup plus d’attention de notre part.

THIBAUT KAESER,
L’Écho illustré

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Simone Oppliger et le silence

Dans la collection des beaux livres campImages, Bernard Campiche Éditeur vient de publier une superbe monographie de la photographe de Renan Simone Oppliger, disparue voici quatre ans. Un opus empreint de retenue, comme pour ne pas briser la qualité du silence.

Elle avait cinquante-neuf ans quand elle est décédée au printemps 2006. Simone Oppliger s’en est allée presque surprise malgré son combat contre la maladie. Un nouveau paysage s’offrait-il à elle? Elle aura pris le temps de photographier la nudité du cimetière de son enfance à Renan. On peut lire cette image telle une carte génétique, une référence à la vie s’inscrivant dans cette région qui n’en finit pas de mourir et de renaître.
«Chez moi, dans le Jura, la terre est si sérieuse, peut-on lire de sa plume. Rien ne vient en abondance, ni les fruits ni la parole, encore moins les visiteurs. Ici, rien ne distrait de l’essentiel. Les lignes sont droites et leur dessin évident. La terre, le ciel. Peut-être sommes-nous ainsi plus proches de sentiments essentiels, de l’idée de la vie et de la mort. Une note de musique s’entend mieux entre deux silences.»
Le quatrième volume de campImages s’ouvre délicatement. La tonalité noir-blanc domine. C’est celle d’une très grande pudeur. Jacques Pilet, compagnon de l’artiste, raconte le parcours visuel avec les mots qui sonnent juste.

YVES-ANDRÉ DONZÉ, L’Impartial

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Simone Oppliger entre deux silences.

Dans la collection des beaux livres campImages, Bernard Campiche Éditeur vient de publier une superbe monographie de la photographe de Renan Simone Oppliger, disparue voici quatre ans. Un opus empreint de retenue, comme pour ne pas briser la qualité du silence.

Elle avait cinquante-neuf ans quand elle est décédée au printemps 2006. Simone Oppliger s’en est allée presque surprise malgré son combat contre la maladie. Un nouveau paysage s’offrait-il à elle? Elle aura pris le temps de photographier la nudité du cimetière de son enfance à Renan. On peut lire cette image telle une carte génétique, une référence à la vie s’inscrivant dans cette immuable région qui n’en finit pas de mourir et de renaître.
«Chez moi, dans le Jura, la terre est si sérieuse, peut-on lire de sa plume. Rien ne vient en abondance, ni les fruits ni la parole, encore moins les visiteurs. {…} Ici, rien ne distrait de l’essentiel. Les lignes sont droites et leur dessin évident. La terre, le ciel. Peut-être sommes-nous ainsi plus proches de sentiments essentiels, de l’idée de la vie et de la mort. Une note de musique s’entend mieux entre deux silences.»
Le quatrième volume de campImages s’ouvre délicatement. La tonalité noir-blanc domine. C’est celle d’une très grande pudeur. Jacques Pilet, compagnon de l’artiste, raconte le parcours visuel avec les mots qui sonnent juste. Il fait le tour d’une œuvre de 1970 à l’an 2000, d’une vie, de voyages intérieurs, de grands reportages exempts de voyeurisme. Il accompagne les photos d’un murmure délicat, d’une caresse de celle qui rejette tout intellectualisme et qui «s’en tient à l’instantané vécu». Il passe en revue l’Amérique latine de Simone. Ses images de guerre ne sont jamais spectaculaires. Elle capte des sourires d’enfant au-delà de l’horreur. De l’humanité au-delà de l’humain. En Guinée-Bissau, elle campe l’attitude conquérante d’un officier qui, jambe en avant, s’adresse au colonisé affranchi. Projetée elle-même hors de son Jura, Simone Oppliger saisit les no-man’s lands des exilés, leurs différences à parcourir la vie, ici comme ailleurs. Cela fait du bien dans le discours ambiant actuel qui déploie la haine alors que la photographe débusquait la vie et soulignait la dignité totale de l’être humain. Photographe attitrée du Théâtre de Carouge, Simone Oppliger extrait de la même façon des attitudes d’authenticité au sein même de l’illusion théâtrale. Et puis les corps et les objets, la naissance et la mort. La directrice scientifique éditoriale Édith Bianchi parle d’un don pour l’amitié et Charles-Henri Favrod analyse, dans une interview, le «message social… mais d’abord fraternel» de l’immense photographe.
«Spontanément citoyenne du monde, Simone se faisait une haute idée de son pays», insiste encore Michel Contat. Quant à son amie Myriam Grobet Mettan, elle fera comme Jacques Pilet, elle sentira cette présence comme un souffle entre les deux silences évoqués. Le grand projet sur les origines que caressait Simone Oppliger fonctionne aujourd’hui à travers la restitution de ses images: elles dénotent l’origine humaine du monde. Un livre à recevoir comme un viatique pour la nouvelle année.

YVES-ANDRÉ DONZÉ, Le Journal du Jura

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Entre racines et évasion

Décédée en 2006 à l’âge de cinquante-neuf ans, Simone Oppliger renaît au travers d’un recueil d’images qui retracent sa vie et son engagement public. Des hivers interminables dans son Jura natal aux séquelles de la guerre du Vietnam, de la vie monacale des horlogers de Saint-Imier au quotidien de requérants d’asile en Suisse, le cœur de la photographe a toujours balancé entre un impératif besoin d’évasion et une nécessité vitale de trouver ses propres racines.
Articulé en huit chapitres, ce livre posthume dévoile des images tout en intimité de Simone Oppliger, en couleurs pastel ou dans un noir et blanc parfois obsolète et teinté d’une nostalgie chaleureuse. En parallèle, plusieurs auteurs – dont son compagnon, le journaliste Jacques Pilet – signent des hommages remplis d’humanité, à l’image de la vision qu’avait la photographe de la réalité.

CHRISTOPHE DUTOIT, La Gruyère

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Simone Oppliger en son bel album

Telle qu’elle apparaît sur la couverture, saisie à Cuba par son collègue et ami Luc Chessex, c’est la photographe jurassienne Simone Oppliger (1947-2006) dans sa vérité. Celle que ses proches ont connue et aimée. Le regard grave mais critique. Et une esquisse de sourire exprimant la relativité de toute chose et le refus des faux-semblants.

Quatre ans après son décès, l’éditeur Bernard Campiche a pris l’initiative de consacrer un beau livre à cette artiste née à Renan, à cette fille d’un ouvrier horloger et d’une couturière qui, établie depuis longtemps dans le canton de Vaud, était restée attachée à son vallon, aux gens et aux paysages de sa haute terre industrielle et à ceux de tout le Jura.
Un choix émouvant de photographies de Simone Oppliger est ici présenté dans un fort bel album. Qu’il s’agisse de reportages très au loin – Amérique latine en mouvement, Vietnam en guerre, Afrique en ébullition –, plus tard de requérants d’asile en Suisse ou de comédiens, mais aussi des diverses facettes de notre Jura, y compris en ses années de braise, ces images procèdent toujours d’un instinct sûr de la rencontre.
La photographie ne dérobe presque jamais un visage ou un corps. Elle l’invite dans son objectif pour dialoguer. Le journaliste Jacques Pilet, qui fut son compagnon de vie, précise cette démarche dans des pages justes, pudiques, évitant le pathos qu’elle aurait détesté.
Ainsi apparaît ce que Simone Oppliger a apporté de meilleur à la photographie: le partage, l’empathie, le goût et la patience de comprendre les autres, attitude qui dessine un continent de fraternité. Et c’est le même regard qu’elle porte sur les objets inanimés et les paysages.
Le petit train qui, tel un trait noir, file dans le brouillard et sur la neige du haut vallon de Saint-Imier, c’est encore elle, qui nous dit adieu.

HADDOCK, VINCENT PHILIPPE, Le Jura libre

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Une femme, un regard

Le Jura et le reste du monde.
Décédée en 2006, Simone Oppliger a laissé une œuvre photographique immense. Un superbe album lui rend hommage.

Quatrième livraison de la collection campImages après celles consacrées à Jacques-Étienne Bovard, Anne Cuneo et Michel Bühler, ce nouvel album parcourt l’œuvre de Simone Oppliger, photographe et écrivaine jurassienne. Née à Renan en 1947 et décédée à Cully au printemps 2006.
Profondément attachée à son village d’origine, pays de taiseux, d’hommes et de femmes durs à la tâche, Simone Oppliger s’est employée à y capturer aussi bien les visages que les lourdes façades des maisons, les gestes ancestraux que les paysages de neige. Elle a aussi parcouru l’Amérique latine, le Vietnam, la Guinée-Bissau – deux pays alors en guerre –, côtoyé quelques-uns de ces migrants que la faim, la guerre ou les deux à la fois ont amenés en Suisse dans les années quatre-vingt-dix. Plus tard, quand la maladie l’a laissée sans force, elle a photographié des objets, chaises vides dans une salle d’attente, cailloux et feuillages rougis par l’automne.
Jacques Pilet, qui fut son compagnon, signe les textes de présentation des huit chapitres de l’ouvrage. Il dit qu’elle savait «saisir l’intensité du présent». Qu’elle «s’y employa sans cesse, mais avec une application particulière lorsqu’elle vit approcher la fin du voyage. Le temps paru alors passer si vite. Et, dans les dernières heures, on lisait dans son regard comme un étonnement: déjà?»

ROGER JAUNIN, Vigousse

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Simone Oppliger mettait son œil à l’écoute des autres

Décédée à Cully en 2006, à cinquante-neuf ans, Simone Oppliger a laissé derrière elle des images qui témoignent de sa grande sensibilité et de son immense empathie envers les humbles.
Par le texte et l’image, un livre rend hommage à la carrière et à la personnalité de cette Jurassienne d’origine, qui passa l’essentiel de sa vie dans le canton de Vaud. Tout commence et tout finit à Renan, village de huit cents âmes caché dans un repli du Jura bernois. Fille d’un horloger et d’une couturière, Simone Oppliger dit y avoir passé une enfance heureuse. Rien d’étonnant à ce que le premier des huit chapitres de Simone Oppliger photographe s’ouvre sur des photos de sa région natale, entre paysages enneigés, bouchoyade à la ferme et horlogers, «microsse» planté sur le front. L’adolescente craint l’enfermement, dans le vallon, à l’usine, dans des rites immuables. «À quatorze ans, Simone rêvait du Mexique, raconte son mari, le journaliste Jacques Pilet. Elle trouva même là-bas une correspondante avec qui elle lia une étrange amitié.»
La clé des champs, ce sera la photo. Un apprentissage et quelques petits boulots plus tard, Simone Oppliger découvre à Lausanne le milieu de la presse, développe et tire les photos des autres au laboratoire des quotidiens 24 Heures et La Tribune de Lausanne. De longues heures dans le noir qui seront suivies par les premiers reportages, dont le Jura en ébullition.
Dès 1970, elle s’envole. Pérou, Brésil, Mexique, Salvador, Haïti sont des chocs. «Comment approcher sans gêne une famille d’Indios dont les gamins pataugent pieds nus dans une boue de pluie et de neige?» se demande rétrospectivement Jacques Pilet, avec qui elle partage ses reportages. Pourtant, Simone Oppliger déclenche, immortalisant les gamins serrant leurs chiots sur la poitrine. Une image emblématique du travail de la Vaudoise d’adoption: elle ne vole rien, maintient une certaine distance physique, mais laisse percer son empathie pour les pauvres, les anonymes. Pareil au Vietnam, où le hasard et la curiosité la conduisent en 1972, et qui occupe également un chapitre du livre.
En 1980, elle revient à Renan. La crise horlogère est passée par là. Pour son premier livre, Quand nous étions horlogers, Simone Oppliger photographie les usines vides, interroge les anciens, toujours avec le même respect. «C’est très attachant comme région, expliquait-elle en 1981 devant une caméra de la Télévision suisse romande. Il y a une rudesse qui pousse à aller à l’essentiel, qui rend les choses assez dramatiques, fortes.»
Si elle a beaucoup croqué la terre de ses racines, la photographe a souvent tourné son objectif vers les déracinés. Ces migrants fuyant la guerre et la pauvreté et qui lui avaient donné la matière d’un autre beau livre, Le Cœur et la Terre, en 1994.
À la fin de sa vie, c’est à nouveau sa terre natale qui l’occupait. Un grand projet de raconter «Un siècle, une vallée, une famille», qu’elle n’a eu ni la force ni le temps de mener à bout. D’où l’intérêt de ce livre-ci et de ses images, témoignages du passage d’une humaniste, trop bref.

GILLES SIMOND,
24 Heures

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Simone Oppliger: l’œil et l’oreille

Peu de mots, point de mise en page fantasque, mais de la manière la plus intime qui soit, en passant d’une photographie à l’autre, c’est la belle personne de Simone Oppliger (1947-2006) qui est dévoilée dans cet ouvrage-hommage. Dans les photographies de cette jurassienne nomade, point de visée esthétique mais l’investissement total d’un sujet prégnant dans son travail: l’autre. Qu’il soit orphelin, horloger ou migrant, qu’il vienne de Guinée-Bissau, du Pérou ou de Renan, Simone Oppliger semble l’écouter avec les yeux. Un regard d’une lucidité déstabilisante, débarrassé d’un pathos trop attendu. Pour caractériser le travail de cette reporter, l’expression «prendre une photo» ne sied définitivement pas; «l’instant décisif» s’est évanoui au profit d’une photographie construite dans la durée, point d’orgue d’un échange avec tout humain.
Au détour des huit thématiques qui organisent l’ouvrage, défilent les trottoirs enneigés de La-Chaux-de-Fonds, les camps de réfugiés du Salvador, les chars du Vietnam ou encore une salle d’attente du Centre hospitalier universitaire vaudois. Cette dernière photographie appartient au corpus des «voyages intérieurs», image que Simone Oppliger souhaitait retenir à la fin de sa vie. Elle se concentre alors davantage sur les objets que sur les hommes, une manière de se retrouver peut-être enfin face à elle-même. Les quelques souvenirs évoqués par Jacques Pilet, journaliste et compagnon de Simone Oppliger, éclairent un travail empathique qui prit sa source sur les terres de Saint-Imier. Ses terres, la fille d’horloger ne les avait pas épargnées dans son premier livre, Quand nous étions horlogers (1980), mais avait su également en tirer le meilleur: «Quand on s’est mis à aimer des choses difficiles à aimer, on les aime encore plus.»

DIANE ANTILLE, Les Lettres & Les Arts

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