MICHEL BÜHLER

UN SI BEAU PRINTEMPS

2009. 224 pages. Prix: CHF 34.–
ISBN 978-2-88241-260-7, EAN 9782882412607

Cet ouvrage est disponible en édition numérique, au prix de CHF 24.00,
auprès de notre diffuseur suisse, l'OLF. ISBN 978-2-88241-353-6



Biographie

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Un extrait:

Que nous est-il arrivé ?

Je compare l’aujourd’hui avec ce que nous espérions – les gens de ma génération, ou une partie d’entre eux. Si l’on nous avait dit, quand nous avions votre âge: «Voilà ce que sera le monde, dans quarante ans», en décrivant ce début de millénaire tel qu’il est sous nos yeux, nous aurions éclaté de rire, nous aurions crié au fou! Avec les promesses que nous avions dans les mains, avec notre énergie, notre ardeur, nous allions évidemment bâtir une Terre fraternelle, débarrassée de la pauvreté et de la faim, une Terre d’hommes et de femmes égaux! Et nous ne courions pas après une lointaine utopie, non: le meilleur était en marche, il naissait sans heurts, sous nos pas. Il n’y avait qu’à continuer dans la direction indiquée par les mouvements sociaux d’avant et d’après guerre, il n’y avait qu’à approfondir le sillon que d’autres avaient ébauché avant nous!

Au lieu de cela, le spectacle de maintenant.

Une révolution a eu lieu. Pas celle que nous espérions.

Nous avons échoué, nous nous sommes fait baiser, profond.
Par qui? Comment?

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Le Printemps révolutionnaire de Michel Bühler

C’est un livre à ne pas mettre entre toutes les mains en ce début d’hivernage, de refroidissement de la pensée.
Michel Bühler nous convie à un petit itinéraire personnel à travers le regard de ces quelques enfants d’aujourd’hui, qui sont les nôtres. Itinéraire sur ces quarante ans de luttes où nous avons échoué à changer vite le monde comme on le rêvait.
Le capitalisme a provisoirement gagné une sacrée bonne première manche. Nous allons vivre la suite avec délectation. Et c’est juste à ce moment-là que Michel y va de son petit traité intitulé pour les intimes “De la nécessité de la Révolution”.
Et il ose reparler de communisme, d’utopie, de biens communs à partager, de combats et surtout d’amitiés fidèles.
Cela me rappelle le Michel de Paris, puisque c’est là-bas que je l’ai connu d’abord. Il venait chanter pour notre paroisse de la Mission populaire évangélique, où j’étais pasteur à Belleville. Au cœur de ce quartier populaire, il laissait échapper quelques notes de tendresse qui redonnait de l’espoir à lutter. Ces concerts offerts valaient de l’or à l’époque pour nos finances trouées.
Michel, tu as bien fait de l’écrire, ce bouquin. Car jamais nous ne serons des convaincus, mais des êtres qui cherchent à le devenir jour après jour.


Blog de JOSEF ZIZYADIS

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Après «Voisins» en octobre 2009 et «Les Trois Cloches» avec Sarcloret et Gaspard Glaus en juin 2008, Michel Bühler nous revient avec une série de concerts intitulés «Voyageur», créés en septembre 2009 au Théâtre de L’Échandole: il s’offre – il nous offre – un spectacle.

Un spectacle pour parcourir quarante ans d’un répertoire d’une remarquable cohérence. On y retrouvera une trentaine de chansons incontournables, des toutes premières aux plus récentes, ponctuées de textes: souvenirs, réflexions sur l’actualité et regards vers l’avenir. Michel Bühler demeure fidèle à ses engagements, à ses colères contre l’insupportable injustice. Curieux du monde, l’idéaliste rebelle continue à «rêver d’hommes frères» martelant sa confiance et son espoir en l’homme.

Quarante ans de carrière, quel regard portez-vous sur le chemin parcouru?

Ces quarante ans se sont déroulés très vite. C’est toujours le même bonheur de monter sur scène. Mon plaisir est intact.

Quels sont les artistes qui vous ont influencé au début de votre carrière, et maintenant?
Au départ Brel, Brassens et Ferré. En 1969, la rencontre avec le chanteur québécois Gilles Vigneault fut décisive, une forme de «cousinage»… Toujours actuelle sous forme de concert et de rencontre.

Quel est votre processus d’écriture? Vous êtes l’auteur d’une œuvre prolifique.
J’ai plusieurs cordes à mon arc, j’écris des chansons (plus de 250, dont 195 ont été enregistrées et figurent sur un livre édité par Bernard Campiche), trois romans, un récit et de nombreuses pièces de théâtre.
Lorsque je suis en train d’écrire, je tente de m’astreindre à le faire entre 9 heures et 17 heures.
L’inspiration… je suis parfois frappé par une idée, par une image, que je mets en forme lorsque je commence à écrire. Par exemple, la chanson Un matin d’automne a été écrite après un passage à la boulangerie du village lors d’une promenade dans les environs de L’Auberson…

Quels sont vos ports d’attache en Suisse et en France?
Principalement le village de L’Auberson. Je suis resté fidèle à la commune de Sainte-Croix toute ma vie, hormis une période de dix ans (1970-1980). Et, depuis longtemps, j’aime le quartier de Montparnasse, à Paris, où j’ai un pied-à-terre. Je m’y rends toujours régulièrement avec ma compagne.

Que vous reste-t-il de votre enfance?
Ce fut une enfance merveilleuse à Sainte-Croix, j’étais le cadet d’une famille composée de onze cousins: j’ai le souvenir de beaucoup de chants et de tendresse partagée.

Est-il à l’heure actuelle plus difficile d’organiser une tournée? Quelles sont les salles qui programment encore de la chanson à texte en Suisse romande?
Après la disparition des Faux Nez (1994), il reste L’Échandole à Yverdon et L’Esprit Frappeur à Lutry, et de petits lieux un peu partout. J’ai le sentiment que le fossé s’est creusé entre les grands artistes reconnus et les plus modestes. Au début de ma carrière il existait une catégorie médiane qui tend à disparaître: cette communauté pouvait vivre de la musique alors qu’à l’heure actuelle ce n’est plus possible.

Comment qualifier votre public? Est-ce le même depuis quarante ans?
Les quatre concerts récents au Théâtre de L’Échandole m’ont permis d’observer que les deux tiers des spectateurs sont les mêmes depuis trente ans, mais la relève (leurs enfants et petits-enfants) semble assurée. Un tiers du public était composé de jeunes, ce qui est de bon augure!

Quels sont aujourd’hui vos thèmes de prédilection?
Mes thèmes principaux sont l’amour, les chansons du pays et évidemment la politique: en étant spectateur du monde, je suis très souvent indigné par l’injustice qui y règne.

Avez-vous réussi à conserver votre aspect rebelle et engagé?
J’espère! Par exemple ce matin, j’ai passé ma matinée à contacter des réalisateurs (Fernand Melgar, Alain Tanner, Francis Reusser entre autres) et différentes personnalités pour apporter un soutien à Roman Polanski, sous la forme d’une pétition, adressée à Madame la Conseillère fédérale Evelyne Widmer-Schlumpf. Nous nous y déclarons indignés par l’incarcération de Roman Polanski, venu en Suisse pour y être honoré, et consternés par l’image désastreuse que cette arrestation donne de notre pays!

Quelle est votre vision de la Suisse et de son évolution actuelle?
La Suisse est mon pays, je suis solidaire avec ses gens. Un des aspects réjouissants fut l’éviction de Blocher et la perte de vitesse de l’UDC. Par contre, ce que je déplore, c’est cette tendance au néolibéralisme, les privatisations (celle de la Poste par exemple) que l’on poursuit aveuglément, et qui ont pour conséquence que les riches sont toujours plus riches et les pauvres plus pauvres.

Quelles seront vos prochaines actualités?
La sortie du livre Un si beau printemps à fin octobre 2009 chez Bernard Campiche Éditeur.

SARAH TURIN, Théâtre de Vidy-Lausanne, novembre-décembre 2009

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Michel Bühler: «En 69, on était sûr de changer le monde»

Michel Bühler revient sur quatre décennies d’une belle carrière musicale.

Michel Bühler est un chanteur engagé. Depuis quarante ans, sa plume et sa guitare, qui penchent à gauche, il les met au service de gens simples dont la vie ne l’est pas toujours. En relatant les troubles sociopolitiques.

Alors, quand il se souvient que c’est en 1969 qu’il a débarqué à Paris, on a presque envie de lui dire que, en bon Vaudois, il était quelques mois en retard sur Mai 68 et l’Histoire. Le poète de L’Auberson ne l’entend pas tout à fait de cette oreille. Parce que, au tournant des années 1970, la Ville Lumière était toujours en pleine effervescence. «On était sûrs qu’on allait changer le monde. Si on m’avait dit à ce moment-là où on en serait aujourd’hui, j’aurais ri. Ou plutôt pleuré… Maintenant, je cherche les pistes pour comprendre.» Son dernier livre, Un si beau printemps, s’en fait l’écho.

Merci Vigneault

Michel Bühler affiche donc quarante ans de carrière au compteur. Quelque deux cents chansons, souvent têtues, et l’homme tourne toujours. La verve du gaillard n’est d’ailleurs en rien altérée par le temps. Ceux qui ont vu ses passages à l’Échandole d’Yverdon et à Ivry-sur-Seine en attestent.
Cette longévité fait de «Bubu» un cas à part dans le monde de la chanson romande. Alors quand il parle de lui, avec pudeur mais conviction, on a envie d’écouter. «Je suis parti à Paris après avoir fait la connaissance de Gilles Vigneault.» Le Québécois croit en lui et le recrute dans sa maison de disques, L’Escargot. Mieux, il lui offre les planches de ses premières parties dans des lieux mythiques, Bobino ou l’Olympia.
A cette époque, le rideau tombe doucement sur les cabarets de la Rive gauche. Michel Bühler en fréquente un ou deux, mais c’est un autre circuit qui le fait sillonner la France pendant une douzaine d’années. Des années rythmées par l’enregistrement de trente-trois tours qui atterrissent dans les bacs des disquaires avec la régularité d’un métronome. «A l’époque, les artistes avaient l’opportunité de chanter dans les Maisons des jeunes et de la culture.»
Sur la route, le Sainte-Crix de L’Auberson côtoie une foultitude d’artistes. «François Béranger, des Algériens, des Bretons. On avait le sentiment de faire de la chanson qui raconte la vie des gens. Et parfois un peu de politique…» En lâchant plusieurs chansons helvétiquement siennes, Michel Bühler se fait remarquer. «Pour les Français, les Suisses étaient soit banquiers, soit horlogers. Le côté exotique ne m’a pas plus servi que desservi!» Il lui a même attiré certaines sympathies: «L’autre jour à Ivry, j’étais très étonné d’entendre des gens me dire qu’ils me suivaient depuis toutes ces années…»

Difficiles années 1980

De fait, les quinze ans passés en France résonnent comme le temps des copains et de l’aventure… «On a rigolé comme des fous. On n’était pas seulement comme des collègues, on était des amis. Et si L’Escargot a fait faillite, c’est parce qu’on a bu et qu’on a mangé», sourit-il sans renier une seule seconde le passé. Au début d’années 1980 qui s’annoncent difficiles, cette faillite vient tout bouleverser. Bizarrement, elle intervient au moment où la gauche prend le pouvoir. «On n’avait sans doute plus besoin de nous…», rigole-t-il.
La cassure est aggravée encore par le décès d’un père dont il était très proche. De retour à Sainte-Croix, il vit donc de l’intérieur la fermeture des anciennes usines Paillard et les mouvements ouvriers qui s’ensuivent. «J’ai eu envie qu’il y ait des traces, sous forme romancée, de certaines actions qui ont rendu à des ouvriers un peu de dignité.»
Alors, après avoir été auteur de spectacle – le succès fou du Retour du major Davel, à son retour de Paris, lui remet le pied à l’étrier –, Bühler devient écrivain et signe donc La Parole volée. Depuis, il mène de front ces trois carrières.
Actuellement, c’est la chanson. Le spectacle qu’il présentera à Vidy retrace sa longue carrière. Et celui de Beausobre, à Morges, sera particulier. «J’ai invité des amis à me rejoindre sur scène. Malheureusement, j’ai dû faire des choix: certains bons copains ne seront pas là. J’espère qu’ils comprendront…» Les planches de Beausobre verront donc défiler Anne Sylvestre, Gilbert Laffaille, Bel Hubert ou encore Thierry Romanens. «Il y aura aussi Nono Müller et Léon Francioli, qui ont été mes musiciens. J’aurais aimé accueillir Graeme Allwright et Gilles Vigneault.»
Une fête à la mesure de celle de la chanson romande, organisée il y a trente ans en hommage à Jean Villard-Gilles? «Quel souvenir magnifique! Trois mille à cinq mille personnes rassemblées sous un chapiteau à Vidy. C’était l’âge d’or de la chanson romande. Le public avait réservé une ovation à Gilles. Rien que d’y penser, j’en ai les larmes aux yeux.»

FREDERIC RAVUSSIN, 24 Heures

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Michel Bühler emballe Ivry

C’est entendu. La Venoge, malgré ses méandres, ne se jette pas dans la Seine. Mais le fleuve parisien aime bien ce petit frisson au parfum de sapin et de raisin que lui apporte l’accent vaudois. Jean Villard-Gilles, puis Michel Bühler ont tous deux chanté la terre nôtre et le vaste monde, la tendresse et la colère, l’humour et la révolte. Sainte-Croix, Saint-Saphorin, New York, Jérusalem, rien de ce qui est humain ne leur est étranger.
Et à Ivry-sur-Seine – dans la banlieue sud, à un jet de pavé de Paris – l’humain a une épaisseur particulière, formée par la lutte des ouvriers d’hier et le ressentiment des immigrés d’aujourd’hui. À l’avenue Maurice-Thorez, à la cité Youri-Gagarine répondent maintenant les pagodes et les boucheries hallal. C’est dans cette ville-témoin que Bühler a conquis les cœurs, samedi dernier, lors de son récital au Forum Léo-Ferré, lieu consacré aux anars et à la poésie chantée. Ovations et rappels multiples ont salué le chanteur de L’Auberson, qui a fait salle pleine. Alternant chansons anciennes et nouvelles, il a aussi bien évoqué la pinte de chez nous que le café arabe de Jérusalem-Est, le verre de blanc que le verre de thé. Et les épicéas du Jura se sont fondus dans le décor rouge d’un village africain.
Depuis quarante ans, Bühler creuse son chemin sans mettre des plumes d’autruche à ses textes. Assumant son sol natal, mais en évitant qu’il ne colle à ses semelles. Voyageur et passant, fidèle et attentif.

JEAN-NOËL CUÉNOD, 24 Heures

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Michel Bühler se considère comme un vieil ours. Il a gagné sa vie en chantant, traversé le Sahara et beaucoup voyagé, à titre humanitaire, journalistique ou privé: Chili, Nicaragua, bande de Gaza, Brésil, Géorgie, Haïti, Moscou, Pologne, Syrie etc. Il lui arrive d’écrire des livres. Dans Un si beau printemps, il nous dit combien il est agréable de posséder un appartement à Paris, une ferme dans le Jura et un chalet en Valais qu’il a retapé avec ses potes, combien il est agréable de vivre aux côtés d’une femme qui l’aime et qu’il aime. Bühler nous parle comme s’il était au coin d’un bon feu de cheminée. De quoi parle-t-il? De la révolution, de la colère qui l’habite. Il a lutté toute sa vie pour un monde meilleur, où chacun aurait accès aux biens de première nécessité, aux soins hospitaliers, au savoir, à la culture, au respect, à la considération.
Le livre qu’il nous donne aujourd’hui, il l’a écrit dans un moment de doute, de rancune et de nostalgie. Au lieu de lire Nietzsche ou L’Homme du ressentiment, il a relu les classiques du libéralisme (politique et économique), et il s’offusque de voir les rangs des démunis, des misérables, des rebuts de la société augmenter vertigineusement dans nos villes et nos banlieues. Ce coup de gueule est tempéré par l’âge et la venue d’un si beau printemps (temps de l’écriture). On s’oriente alors vers un hymne à la vie. Car Bühler est un homme généreux. Il aime viscéralement la vie, les copains, le partage, le vin blanc bien frais, le tartare et les grillades, les discussions, la musique. Il aime la jovialité et la couleur. Oui, la couleur. C’est pourquoi, écrivant ce livre aigre-doux, il s’adresse à des sortes de neveux dont la mère suisse avait épousé un Sénégalais. On entend alors la chanson de Diam’s: «Marine, pourquoi t’es si pâle, viens faire un tour chez nous, c’est coloré, c’est jovial».
Ces neveux se nomment Baptiste (né en 1983), Younouss (1985) et Alfaly. Ce sont des métis d’une sidérante beauté, d’un charme inénarrable. C’est pour eux que le camarade Bühler a eu envie d’écrire ce livre qui devrait les (nous) faire réfléchir.

ANTONIN MOERI, Blogres

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Le dernier livre de Michel Bühler

L’éditeur urbigène Bernard Campiche vient de sortir le dernier livre de Michel Bühler: Un si beau printemps, un texte qui fait en quelque sorte contrepoids avec le premier roman édité chez lui, La Parole volée, qui racontait les événements de 1985 à Sainte-Croix et avait connu un grand succès.
Dans ce dernier texte, l’artiste constate que les jeunes se montrent relativement indifférents aux injustices de la société actuelle et décide d’écrire pour leur expliquer l’évolution de la société et la nécessité de la révolte.
Écoutons-le.

«Que nous est-il arrivé?
Je compare l’aujourd’hui avec ce que nous espérions – les gens de ma génération, ou une partie d’entre eux. Si l’on nous avait dit, quand nous avions votre âge: «Voilà ce que sera le monde, dans quarante ans», en décrivant ce début de millénaire tel qu’il est sous nos yeux, nous aurions éclaté de rire, nous aurions crié au fou! Avec les promesses que nous avions dans les mains, avec notre énergie, notre ardeur, nous allions évidemment bâtir une Terre fraternelle, débarrassée de la pauvreté et de la faim, une Terre d’hommes et de femmes égaux! Et nous ne courions pas après une lointaine utopie, non: le meilleur était en marche, il naissait sans heurts, sous nos pas. Il n’y avait qu’à continuer dans la direction indiquée par les mouvements sociaux d’avant et d’après-guerre, il n’y avait qu’à approfondir le sillon que d’autres avaient ébauché avant nous !
Au lieu de cela, le spectacle de maintenant.
Une révolution a eu lieu. Pas celle que nous espérions.
Nous avons échoué, nous nous sommes fait baiser, profond.
Par qui? Comment?»

Michel Bühler entreprend alors de décrire les années soixante et septante où tout semblait encore permis, encore possible, pour plonger dans la société d’aujourd’hui marquée par la crise financière et son cortège d’effets néfastes sur la majorité de la population. C’est que les «golden boys», partisans d’un libéralisme absolu, sont passés par là et ont imposé leur vision du monde, avec le consentement passif des populations. Le résultat selon l’auteur? «On dirait que le système en place n’a pour ambition que de briser les gens, et de les rendre malheureux.»
Un constat que même la gauche n’a guère pu atténuer, et l’auteur n’est pas tendre avec elle: «S’il a pu faire peur un moment, s’il tente encore de rugir quelquefois, le socialisme n’est souvent plus qu’un vieux lion édenté dont les griffes sont tombées dans la poussière de la savane.»
En dépit de ce pessimisme, l’ouvrage, écrit dans un style clair et limpide, très agréable, mérite la lecture, ne serait-ce que pour prendre le recul nécessaire afin de juger de l’évolution récente de notre société et de se situer par rapport à elle.
À noter aussi la qualité de la couverture, tirée d’une aquarelle de Pierre Bichet, qui représente L’Auberson en hiver.

JEAN-CLAUDE PIGUET, Journal de Sainte-Croix

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Pendant que Michel sort un disque, Bühler publie un livre. Entre idéalisme et lucidité, militance et poésie.

Vibrant plaidoyer pour changer la vie


«Une révolution a eu lieu. Pas celle que nous espérions.» Dans son dernier livre, Un si beau printemps, Michel Bühler, l’un des chanteurs suisses les plus connus, raconte ses espoirs, ses colères, ses souvenirs, sous la forme d’un message adressé à ses neveux. Et à travers eux, aux jeunes en général: «Ils ont réussi à vous convaincre que la politique n’est pas faite pour vous», écrit Michel Bühler. À une manifestation contre les OGM, les organismes génétiquement modifiés, «il y avait bien peu de jeunes gens de votre âge, vous n’étiez pas là», note-t-il, interpellant ses neveux. Il ajoute: «Il faut admettre que nos années de défilés, de pétitions, n’ont pas réussi à nous mener vers un monde plus beau.»
Pas gai, le constat. Mais, au fil des pages, l’écrivain et chanteur engagé ne lâche pas prise. Son récit demeure riche en anecdotes, en échos multiples de sa vie, de ses rêves, de rencontres qui ont marqué son existence – Gilles Vigneault, François Béranger, chanteurs respectivement québécois et français, entre autres. Mais ce kaléidoscope de souvenirs ne se sépare pas de l’activisme, de la militance politique, à partir de la contre-culture des années 1960, en passant par les années 1970 et leur fièvre utopique. Qu’on en juge en lisant ce que Bühler rapporte d’une fête musicale qui a eu lieu au Québec le 13 août 1974; au-delà de la chronique, c’est à une renaissance, à un songe d’une nuit d’été devenu réel en direct que convie Michel Bühler. Et tout l’ouvrage est ainsi parsemé de moments de vérité, drôles ou émouvants, lueurs de feux d’artifice passés.

Cri d’alarme

Reste la fêlure dont parle l’artiste: «Nous avons échoué, nous nous sommes fait b… profond. Par qui? Comment?» Et Bühler de rappeler ce que les lecteurs du Courrier connaissent bien. Reagan, l’emballement du néolibéralisme, la rivalité de chacun et tous les uns contre les autres, la montée d’un sentiment d’impuissance, bref, toute une flopée de symptômes d’un monde qui se porte mal. Certaines informations d’Un si beau printemps ont beau avoir été lues ailleurs, l’artiste sait les présenter de la façon la plus crue, la plus à même de susciter l’effarement: démantèlements en tout genre, foire d’empoigne, cela évoque une implosion, pas tout à fait l’apocalypse, mais un ensauvagement béni par la secte néolibérale, comme l’écrit Bühler.
Un cri d’alarme qui s’insère bien dans le prétexte d’une lettre aux neveux à l’origine même de ce livre. Il s’agit pour leur oncle de les réveiller à l’aide d’une sonnerie stridente. Quel sentier d’espoir demeure, alors? «Ils nous ont décervelés», commente Bühler, mais «ce qui va rendre un changement radical inévitable, ce sont les questions environnementales». Pour lui, si on peut «confiner la famine dans les régions lointaines», nul ne pourra éloigner des pays riches les effets du climat déréglé, «ce qui nous forcera à changer de système». Accepter le capitalisme ou le rejeter pour bâtir un autre monde, «la ligne de démarcation est là», estime Michel Bühler, qui conclut: «Ce bouquin est-il vraiment nécessaire? N’êtes-vous pas déjà convaincus?»

Le Courrier

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Il est vraiment pourri le monde…

C’est un très beau livre agaçant que ce Un si beau printemps. Car il ne lâche rien, Michel Bühler. Il râle, il vitupère. On l’imagine la larme à l’œil. Puis le regard foudroyant les puissants qui pourrissent le monde, son monde. L’histoire se répète. Méfaits de la décolonisation, misère endémique en Haïti, cruauté au Chili, inhumanité économique de Mme Thatcher, guerre absurde en Irak. Dans la tradition pamphlétaire et lyrique de la rage rentrée, l’impavide chantre des lendemains qui chanteront un jour, de l’humanisme sans frontière et de la camaraderie s’aperçoit que tout est cuit. Le néolibéralisme, le consumérisme et l’égoïsme ont gagné. La solidarité semble vaincue.
Encore que Michel Bühler n’en démord pas: même dans l’aigreur du flagellant, il lui faut répéter, marteler la nécessité révolutionnaire. C’est toute l’utopie qu’il déploie dans Un si beau printemps. Le discours altermondialiste patine? La gauche est au centre? L’ordre du monde ricane, drapé dans son manteau d’«économie de marché»? Qu’importe. Michel Bühler prend la plume. Son style? De plus en plus élégant dans son égotisme. Nostalgique, avec panache. Irradié par la beauté du Jura – ses plus belles pages amoureuses. Moraliste en retard de moults combats, Bühler conserve cette sensibilité au temps qui passe en grinçant.
Le temps! La belle affaire. Rien n’y change. Il y a de l’immobilité et de la lourdeur dans l’air du temps. Michel Bühler écrit contre la tromperie contemporaine convenue: tout s’accélérerait, irait trop vite. Eh! bien non. Tout est figé, empêtré. Ce grand mensonge qui soutient que «l’économie obéit à des lois aussi éternelles et immuables que celles de la pesanteur, ou celles des mathématiques». Émouvant récit du poète gesticulant devant la folie blindée des hommes.

JACQUES STERCHI, La Liberté

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Bühler rate sa cible. À moins que…

Et si Un si beau printemps touchait plus juste qu’un traité sur la manière de changer le monde?

Foi d’insatiable gueulard, le bouquin, un essai, devait s’appeler «De la nécessité de (faire) la Révolution, expliquée à mes neveux». Non transformé! Plus poétiquement titrée Un si beau printemps, la dernière livraison de Michel Bühler a manqué la cible.
L’auteur le reconnaît, d’ailleurs qui dit que sitôt promesse faite, juré craché, il s’était bien vite senti dépassé par l’ampleur de la tâche. «Élaborer un livre clair, irréfutable? Il faudrait pour cela être historien, journaliste, philosophe… Trop technique, trop lourd pour moi», écrit-il.
Faute avouée – et forcément à moitié pardonnée –, le voilà donc parti sur le chemin de sa jeunesse, des années où, à Paris, du côté de la rue des Canettes, lui, Vigneault, Béranger et quelques autres « ne chantaient pas pour passer le temps », mais bel et bien pour «réveiller le monde». Et tout aussi sûrement le faire meilleur, rendre sa place, la première, à l’Humain. Quarante années et quelques rides plus tard, Bühler confesse que « nous avons échoué ». Baisés profond, ces rêveurs bien forcés, aujourd’hui, de reconnaître que le capitalisme, rebaptisé « libéralisme économique » a remporté la bataille. Victoire à la Pyrrhus certes, mais victoire quand même. D’où cette nécessité, cette urgence d’une nouvelle Révolution, «sans bain de sang», et – qui sait? – menée avec les armes de ce début de millénaire, par les (jeunes) gens de ce temps. À ses neveux, Bühler n’a d’autres conseils à donner que celui de «réfléchir, un peu, par vous-mêmes, d’invente !».
Cela peut paraître bien peu. Et si c’était tout?

ROGER JAUNIN, Vigousse

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Un  poète  à l’écoute des cris  du  monde

Créer un monde plus  solidaire: Michel  Bühler y croit encore.  Après plus de quarante  ans de carrière, le  chanteur de L’ Auberson  (VD) continue  d’exprimer ses idéaux  dans ses chansons et  ses livres. Il a sorti un CD et un récit.

Coopération. Michel Bühler, êtes-vous un homme heureux?
Michel Bühler. Oui. J’ai eu beaucoup de chance dans la vie. Depuis plus de quarante ans, je fais un métier que j’aime. Il y a tellement de gens qui vont travailler à reculons tous les matins. Je considère que je suis un privilégié, car j’ai rarement l’impression de travailler.

Vous avez plus de quarante ans de carrière, écrit près de 200 chansons et un âge où beaucoup aspirent à la retraite. Et vous, songez-vous à la retraite?
Eh bien, je vais arriver à l’AVS début mai… (Il accompagne ses propos d’un sourire farceur) Mais je continue d’écrire des chansons. Je vais sortir en tout cas encore un CD, c’est sûr. Cela dit, si je peux lever le pied, je le ferai. Je crois qu’il ne faut pas chercher à s’accrocher à tout prix. D’autant plus que ce métier est exigeant physiquement. Quand je verrai que je n’y arrive plus, j’arrêterai. Mais ce n’est pas pour l’année prochaine. Aussi longtemps que j’aurai du plaisir, je continuerai.

2009 a été une année prolifique: vous avez sorti un CD, «Voyageur», et un livre, «Un si beau printemps», où vous appelez ni plus ni moins à la révolution!
La question est de savoir si un artiste a le droit ou pas de s’impliquer dans la vie quotidienne, la vraie vie. Personnellement, je vis aujourd’hui et je veux dire comment je vois le monde. Si l’on nous avait dit, quand nous avions vingt ou vingt-cinq ans, comment serait le monde en 2010, nous aurions éclaté de rire. Notre génération avait tout en main pour réaliser un monde meilleur. On y croyait vraiment. Je n’ai pas le sentiment que le monde aille mieux aujourd’hui qu’il y a quarante ans…

«Mes armes sont mes chansons et les bouquins que j’écris»

Que s’est-il passé?
Une révolution a bel et bien eu lieu: celle de l’ultralibéralisme. C’est l’époque du chacun pour soi. Le mot solidarité est devenu ringard, tout le monde doit être en concurrence. Les tenants du libéralisme sont pour le «moins d’État»; moi, je prône le «plus d’État». C’est l’État qui me donne l’éducation, la santé, la sécurité, qui construit mes routes, pas le privé!

Mais l’État subit aussi la crise.
Ça fait des années qu’on nous parle de «crise». Une crise est quelque chose d’aigu et de passager. Quand ça dure, ça devient une «maladie». Ce système est malade et il faut le dire. Mais ne croyez pas que je passe mes journées à bougonner et à faire la gueule. J’écris, je profite de la vie, je vois des gens, je rigole…

Une révolution dans le monde d’aujourd’hui est-elle encore possible?
J’espère! Mais il faut s’entendre sur les mots. Pour beaucoup de gens, révolution est synonyme de massacres et de sang versé dans les rues. La révolution dont je parle consiste en un changement de mentalité. Un changement vers davantage de solidarité. Je suis d’un naturel optimiste et je crois que nous pouvons encore agir et changer les choses.

Et comment agissez-vous?
Mes armes, ce sont mes chansons et les bouquins que j’écris. Mais je crois qu’il est important de s’impliquer aussi dans la vie politique. Je fais partie, modestement, du Conseil communal de Sainte-Croix depuis environ vingt ans.

La chanson engagée semble moribonde de nos jours.
Dans la chanson francophone, il y a toujours des gens qui écrivent des chansons signifiantes, comme Allain Leprest et Yves Jamait. Le problème, c’est qu’on ne les entend jamais sur les ondes des principales radios. Il faut dire aussi que les chansons engagées font réfléchir les gens, ce qui peut être dangereux! Mieux vaut les laisser dormir. Et si les petits crèvent, on nous dira que c’est les lois de l’économie!

La radio vous boude, vous?
Mes chansons sont diffusées par Option Musique, que je tiens à remercier. Sinon, d’une manière générale, les chanteurs engagés ont de moins en moins de place. On nous bassine avec des chansons anglophones, sous prétexte de diversité culturelle, d’ouverture, alors qu’on n’entend jamais de chansons en arabe ou en chinois.

Revenons à votre livre: il résonne un peu comme l’expression d’une désillusion.
Par rapport à ma vie privée, non. Si désillusion il y a, c’est par rapport à notre rêve d’un monde meilleur. Je crois que nous ne sommes pas allés jusqu’au bout de nos idées. Nous ne les avons pas réalisées.

La gauche ne porte-t-elle pas une part de responsabilité dans cet échec?
Certainement. La gauche s’est laissé impressionner, embobiner par le discours ultralibéral. Et puis, il y a des égoïstes aussi dans ses rangs.

Pour vous, que signifie «être de gauche» aujourd’hui?
Placer l’homme avant l’argent.

Dans votre livre, vous citez à plusieurs reprises votre père. On sent qu’il vous a profondément marqué…
Oui, c’est le cas. Comme tous les adolescents, j’ai vécu une période de rejet du père. Mais au fur et à mesure que je grandissais, je me rapprochais de lui. Mon père était ébéniste. C’était un homme doux et pacifique. Quand je lui ai annoncé que je voulais faire une carrière dans la chanson, il a été ravi. Je crois que, quelque part, c’est aussi la vie dont il avait rêvé. Ma mère était beaucoup plus réticente.

Est-ce votre père qui vous a transmis les valeurs que vous défendez?
Lui et toute la famille. Nous étions très unis. Du côté de ma mère, quasiment tous mes oncles et cousins étaient ouvriers dans les usines de Sainte-Croix. Nous habitions dans une grande maison, au bas du village et j’ai passé mon enfance à entendre mes oncles et mes cousins «gueuler» contre les patrons et les contremaîtres.
À Paris, dans les années 1969-1970, j’ai appris qu’on appelait cela «la lutte des classes». Comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, nous faisions, en famille, de la lutte des classes sans le savoir.

Quelques mots sur votre mère...
Elle a survécu une vingtaine d’années à la mort de mon père. On est toujours très pudique avec ses parents. Je ne leur ai jamais dit «je t’aime». À la mort de mon père, je m’en suis voulu. Pour le dire à ma mère, j’ai composé une chanson, La Vieille Dame.
La dernière fois que je l’ai chantée devant elle, au Théâtre de Vidy, ma mère était assise au premier rang. Mais je n’ai pas pu aller jusqu’au bout, j’avais les larmes aux yeux et des sanglots étranglaient ma voix. La chanson passait de temps en temps à la radio. Ma mère en était très fière, c’était «sa» chanson.

Anne, votre compagne, tient aussi une grande place dans votre vie. Que dit-elle de vos chansons?
Elle est très critique. C’est terrible! (Rires)

Encore quelques mots
«Ma famille m’a donné le goût de la chanson»

• Le bonheur... «est chose légère» (Michel Bühler fait allusion à une chanson de Jean Villard Gilles interprétée lors d’un spectacle créé avec Sarcloret et Gaspard Glaus au piano, à l’Échandole d’Yverdon en 2007).

• La chanson. «C’est le «pppc», le plus petit produit culturel. On peut l’emporter partout dans sa tête, au-delà des frontières.»

• Jean Ferrat. «C’était comme un grand frère, quelqu’un dont on voudrait suivre le chemin. Pour moi, la plus belle chanson française est J’entends,j’entends, un poème d’Aragon chanté par Jean Ferrat.»

• La famille. «Elle est très importante dans la vie d’un être humain. C’est là qu’il se construit. C’est elle qui m’a donné le goût de la chanson. Chez nous, on chantait beaucoup dans les réunions de famille.»

• Les amis. «Ils tiennent une grande place dans ma vie. J’essaie d’être fidèle.»

• Paris. «C’est un peu ma ville. Elle l’est plus que Lausanne ou Genève. Avec Anne, ma compagne, nous avons un petit deux-pièces dans le quartier de Montparnasse, où je retrouve l’ambiance d’un village avec ses bistrots et ses échoppes.»

• La Suisse. «À l’étranger, je défends toujours mon pays. Son image repose souvent sur des clichés – marchands de montres, banquiers et j’en passe. Je suis heureux de me faire l’ambassadeur d’une autre Suisse. Le Conseil fédéral devrait m’octroyer une rente pour services rendus à la patrie.» (Rires)

JEAN PINESI, Coopération

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Un si beau printemps.

Une jolie couverture, avec une lithographie de Pierre Bichet, donne le ton de ce livre où Michel Bühler écrit, pour les enfants de ses amis, à la fois ses souvenirs et ses idées sur la société et la politique.
Il y raconte sa jeunesse à Paris où, entre bistros et balades, il prévoyait, avec ses copains, de faire un monde où il n’y aurait plus de pauvres ni de riches. Quarante ans ont passé et la société n’est pas ce qu’ils avaient voulu. Avec un manichéisme percutant, il attaque l’école de Chicago, le capitalisme et la consommation. «Nous sommes sur un navire géant qui se dirigeait droit vers la banquise. Après une légère avarie, les moteurs ayant été rafistolés, il a repris sa route. Et les officiers, toute réflexion faite, n’ont aucunement l’intention de modifier le cap.»
Entremêlées de réflexions désabusées, de belles descriptions des voyages en Afrique ou à Paris et de son Jura natal.

JULIETTE DAVID, Suisse Magazine

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