SYLVAINE MARGUIER

LES HOMMES S'APPELLENT MOHAMED

Roman
2012. 280 pages. Prix CHF 35–
ISBN 978-2-88241-314-7


Biographie

Gaudence Maréchal est né au milieu du XIXe siècle. Bâtard et orphelin, il est élevé par ses grands-parents en Franche-Comté. À vingt-trois ans, il part pour l’Algérie, terre promise où il suffit de se baisser pour devenir riche, dit-on. Il aura moult occasions de s’apercevoir que ce n’est pas vrai.
Sans idée préconçue, avec une bonne foi de paysan, il essaie de comprendre pourquoi les musulmans haïssent les Français qui leur ont pris leurs terres, pourquoi chrétiens et musulmans détestent les Juifs qui sont censés diriger la finance. Pris entre un patron raciste et un «Mohamed» révolté, il s'accommode de ce pays où il ne sera jamais vraiment chez lui.
Si sa propre histoire ne manque pas d’étonnants rebondissements, les descriptions de cette période de la conquête de l’Algérie sont particulièrement intéressantes, d’autant qu’elles préfigurent déjà un avenir que l’on connaît.

JULIETTE DAVID
, Le Messager suisse

Haut de la page

Dans le destin de Gaudence Maréchal

«Demain, j’ai cinq ans. J’en ai fièvre. J’ai cru que ce jour n’arriverait jamais. Demain, j’aurai grandi de façon extraordinaire.»
Ainsi s’ouvre le roman de Sylvaine Marguier (Prix Georges-Nicole en 1997) où s’incarne la figure de Gaudence Maréchal. Orphelin de mère, né de père inconnu. Dans une écriture remarquablement documentée, nous voici embarqués dans les pas et la quête de Gaudence, de France vers l’Algérie, dans la seconde moitié du XIXe.

JEAN-DOMINIQUE HUMBERT, Coopération

Haut de la page

Voici un texte plein d’images et d’histoires de vie. Les hommes s’appellent Mohamed est le roman d’un homme, nommé Gaudence, un Francs-Comtois, orphelin de mère et de père inconnu – il est l’enfant de Jeannette, héroïne de Miracle des jours, précédent roman de Sylvaine Marguier (Campiche, 2003) –, parti pour l’Algérie en plein XIXe siècle. Il y rencontre peu de Mohamed en vérité, sinon les employés de son patron, un colon de souche, raciste en diable, mais qui le prend sous son aile et lui offre une situation dans sa plantation. Le voilà menant sa vie d’homme, d’intendant et bientôt de père dans un pays dont il sent bien, malgré l’amour grandissant qu’il lui porte, qu’il n’est pas vraiment la terre des Français. Malgré ses doutes, il déroulera bravement son existence de bon citoyen, en grommelant certes, mais sans jamais se révolter contre l’ordre établi. Sylvaine Marguier a le souci du détail véridique. Elle se montre pédagogique émaillant son texte de notes de bas de page. Une imposante bibliographie clôt ce livre où le récit, parfois émouvant, sert la grande histoire.

ÉLÉONORE SULZER
, Le Temps

Haut de la page

L’Algérie, revanche d’enfance

C’est un roman ambitieux, qui couvre plusieurs décennies de la vie de Gaudence Maréchal. Orphelin de mère et bâtard, élevé par son grand-père et sa tante dans un petit village au pied du Jura français, il a 23 ans quand il débarque à Alger en 1872. Pour compenser la perte de l’Alsace et de la Lorraine, tombées aux mains des Allemands, la France donne alors à ses ressortissants des terres en Algérie. Attiré par l’aventure, le jeune Gaudence sera engagé  dans une exploitation agricole et passera sa vie à tirer des richesses de cette terre promise où Kabyles, Arabes, Français et Juifs cohabitent sans se mélanger. L’auteure franco-suisse Sylvaine Marguier plonge à la source de la colonisation française en Algérie, dans ce récit où le trajet d’une vie éclaire une époque. Car c’est le vieux Gaudence qui parle, se souvenant au soir de sa vie des joies, des peines et des rencontres de son existence.
Les Hommes s’appellent Mohamed s’ouvre de manière prometteuse, porté par une voix puissante où sourd la révolte et le rêve. «Demain, j’ai cinq ans. J’en ai la fièvre. J’ai cru que ce jour n’arriverait jamais.» L’écriture est rapide, inquiète, pour dire les dialogues de l’enfant avec sa mère défunte, évoquer des personnages hauts en couleur et les premières expériences du jeune homme. Au fil du roman pourtant, elle perd de sa force, le récit se contentant d’aligner chronologiquement les péripéties. Dommage. On regrettera aussi les inutiles notes en bas de page. Reste l’intérêt historique de ce troisième roman de Sylvaine Marguier – lauréate du Prix Georges-Nicole 1997 pour Le Mensonge –, très bien documenté et clos par une riche bibliographie.

ANNE PITTELOUP
, Le Courrier

Haut de la page

Arides colonies

Il porte le doux nom de Gaudence Maréchal et débarque en Algérie. En 1872, cette colonie française apparaît comme une terre promise pour cet orphelin qui a grandi en Franche-Comté. Entré au service d’un riche propriétaire terrien, Gaudence va toutefois découvrir les clivages de cette société, loin de celle qu’il imaginait.
Les Hommes s’appellent Mohamed revient sur un pan de l’histoire des colonies, à travers des personnages fort bien dessinés et une langue qui colle parfaitement à ces terres arides.
Quelques passages tirés par les cheveux (la recherche du père de Gaudence, par exemple) et l’abus de notes en bas de page ne gâchent guère le plaisir. Révélé par le Prix Georges-Nicole en 1997 (Le Mensonge), la Genevoise Sylvaine Marguier signe là un roman prenant, rigoureux, solidement documenté.

ÉRIC BULLIARD
, La Gruyère

Haut de la page

Les Hommes s’appellent Mohamed, un livre qui se déroule essentiellement en Algérie, au XIXe siècle, sur les traces d’un immigré de Franche-Comté, qui est parti là-bas pour faire fortune, Geneviève?
Absolument. C’était entre 1872 et 1918 ou 1920, en tout cas après la Première guerre mondiale et, au cas où nous l’aurions oublié, l’auteur, Sylvaine Marguier, nous rappelle à la fin de son livre que cette année on fête le cinquantième anniversaire de l’Indépendance de l’Algérie. C’est drôle parce que l’autre livre, vous l’avez dit tout-à-l’heure, sur lequel on va zoomer se passe aussi en Algérie, en partie, mais soixante-cinq ans plus tard, non pas à la fin de la guerre de 1870, mais au début de la Deuxième guerre mondiale, celui-là…

Alors, restons sur Les Hommes s’appellent Mohamed, un titre qui peut sembler quand même un brin raciste… Non?
Mais alors, en fait, pas vraiment, bien sûr c’est une remarque un peu légère faite par une Métropolitaine, comme on disait, fraîchement débarquée en Algérie, mais surtout c’est la réflexion du héros du livre, Gaudence Maréchal, qui pense que les Français ont sous-estimé la culture algérienne, il le dit, Napoléon parlait de les faire participer aux bienfaits de la civilisation mais il oubliait que tant d’hommes ici s’appellent Mohamed, c’est-à-dire le nom du Prophète. Tous, absolument, ajoute-t-il, ont la foi, leur foi musulmane. Comment préjuger que des religions aussi différents puissent cohabiter sur une Terre occupée de manière indue, donc  volée, comment de simples péquins ont-ils pu penser à cela qui n’est pas un détail et pas les militaires qui étaient sur place et pas l’Empereur des Français.

Comme quoi il y avait des Indépendantistes français en Algérie, déjà au XIXe…
Exactement. C’est une des choses que nous montre Sylvaine Marguier dont ce roman-ci fait suite, mais avec une autre histoire,  et avec un autre regard aussi, au «Miracle des jours», son précédent livre, dans lequel elle racontait, avec un passage en Algérie, le voyage en Palestine d’un couple d’aristocrates à travers le regard de leurs domestiques. Ici, pareil, le héros est un «gueusard» comme il dit, un bâtard dont la mère est morte en couches, qui ne connaît pas son père et qui a quitté son Jura natal à la mort de son grand-père et de sa grand-mère qui l’avaient élevé…

Et son enfance, elle est racontée dans le livre?
Ah oui, assez longuement même. Avec des régionalismes expliqués en bas de page. Parfois un peu trop nombreux, disons-le, et puis alors, dès l’arrivée à Alger, le ton change ou plutôt le personnage se modifie, se complexifie. Bien sûr, il reste un provincial naïf, un jeune homme fougueux qui va s’encanailler au bordel, une force de travail aussi, mais en même temps l’auteur lui prête une grande lucidité et puis une certaine fragilité, celle d’un orphelin à la recherche de son père. Plus le récit avance, plus l’on s’attache à ce Gaudence, d’autant que Sylvaine Marguier évite le piège didactique, à propos de l’Algérie. En plus elle fait des allers et retours dans le temps, des ellipses et des raccourcis, qui fonctionnent un petit peu comme la mémoire humaine. La construction de ce roman historique, qui a des accents très contemporains, est donc très naturelle et, puis alors, la bibliographie à la fin du livre, assez impressionnante…

GENEVIÈVE BRIDEL
, Quartier livres, RTS «La Première»

Haut de la page

En 1872, Gaudence Maréchal, âgé de vingt-trois ans, enfant bâtard et orphelin de mère, débarque à Alger. Il n’y connaît personne mais il a la ferme intention de réussir. Ne dit-on pas alors aux jeunes gens que l’Algérie appartient à la France et qu’il suffit de se baisser pour devenir riche, très riche ?
Les hommes s’appellent Mohamed couvre plusieurs décennies de la vie de Gaudence Maréchal qui découvrira une société traversée par des clivages politiques, culturels et religieux parfois sanglants : une société bien différente de l’eldorado annoncé. À l’histoire tourmentée d’un pays s’ajoute celle, intime, d’un homme honnête, soucieux de fraternité et de justice.

En cette année 2012, l’Algérie commémore le cinquantenaire de son Indépendance


Un extrait:

Il ne me fait pas peur. Comme tout domestique avisé de se garantir, je veux protéger mon maître d’un mauvais coup qui rejaillirait sur moi. Je veux ­également protéger Mme Jonquère. Que deviendrait-elle si le second frère Paune-Jonquère était assassiné ?
Ses cheveux humides et plats laissent apercevoir son crâne dégarni. À présent, cet homme fatigué ne se bat plus que contre la mouche qui bzille  autour de sa tête. Ses beaux habits de maître sont fripés. J’ai l’impression de participer à l’expérience des vases communicants, je me remplis et je m’affirme. Il s’affaiblit et se vide. Il me regarde par en dessous.
— Vous êtes jeune, mais je vais vous apprendre ceci : l’Algérie est une femme. Parfois un homme consent au mariage. Il tombe dans le piège qu’on lui a tendu. Les années passent puis, un jour, il s’aperçoit qu’il est trop tard. Comment dire à cette femme qu’il s’est trompé, qu’il voudrait la quitter, qu’il ne l’aime plus ? Il ne le dit pas. Impossible de démériter publiquement. Il lui faut travailler pour cette femme et continuer de vouloir son bonheur.
Une fois dans l’escalier, il dit d’une voix affermie :
 — Madame a écrit. Elle rentre plus tôt que prévu. Elle sera de retour pour la Noël.

Extraits (Acrobat 315 Ko)