ANTONIN MOERI

L’HOMME EN VESTE DE PYJAMA

Roman
2017. 256 pages. Prix: CHF 31.–
ISBN 978-2-88241-425-0


Biographie

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«Aujourd'hui, pour la première fois depuis longtemps, la région magnifique où je vis et dont les coteaux mûris par le soleil offrent de joyeuses échappées, cette région éveille en moi des sentiments plus subtils.»

Cette région magnifique serait celle du lac Léman, représentée sur le tableau de Ferdinand Hodler, peint en 1904, qui fait la couverture du dernier roman d'Antonin Moeri. Et le narrateur serait L'Homme en veste de pyjama.
Certes il commence par écrire à la première personne, puis il préfère employer la troisième pour faire le récit de son autre moi, de cet homme qui, au début de l'histoire, n'est encore que le futur homme en veste de pyjama. Cet homme est un obscur fonctionnaire, un employé prognathe, qui se prend pour un artiste. Auparavant il était plutôt taiseux. À la grande surprise de son ami Niko, le sculpteur, il est devenu un «bavard incontinent».
N'est-ce pas après avoir fait la rencontre bouleversante de la demoiselle au regard de feu dans une brasserie? «Elle alliait finesse du raisonnement, plaisir de la contemplation, intelligence de la situation et désir de vaincre…»
Niko lui demande de lui raconter cette rencontre, d'abord lors d'une promenade en forêt, ensuite chez lui pendant que sa compagne Marie-Laure sort avec son amie Anouchka «pour assister à la représentation d'un opéra.»
S'il lui avait raconté cette rencontre, son «inconnue aurait porté des collants noirs mi-transparents qui allongent la silhouette, une jupe dentelle crochet, un tee-shirt à col rond évasé, [...] un Perfecto couleur tomate à zips argentés…»
En fait cette «Young Lady» voulait construire sa vie: «Je veux vivre avec un homme. J'aurai des enfants avec lui et, dans le même temps, je m'accomplirai sur le plan professionnel.» Cet homme aurait pu être lui, mais il aurait fallu...
Il aurait fallu q'«il se décidât, ouvrît les yeux sur le monde qui l'entourait et, en particulier, sur celle qu'il prétendait aimer.» Mais il n'en a pas été ainsi: elle n'a pas su le comprendre et, lui, il n'a pas su non plus l'écouter.
Il s'est pris pour un artiste. Il a commencé par publier Machine à gazouiller  mais n'a recueilli qu'un succès d'estime parce qu'il n'a pas su se conformer à ce que le milieu littéraire attend aujourd'hui d'un auteur.
Cette publication a pourtant changé sa vie... Depuis sa fenêtre, accoudé à son bureau Empire, en apesanteur «au-dessus de son fauteuil Bidermeier,» il aperçoit dans l'immeuble en face «la jeune femme à frange de gamine».
Cette jeune femme se donne en spectacle, elle danse, «elle se penche pour prendre appui sur le bord de la fenêtre, elle laisse entrevoir deux seins bien séparés, fermes et ronds, blancs...» Alors, ses yeux à lui «se fixent sur eux.».…
Maintenant il essaie de se souvenir: «Il sait que la demoiselle au regard de feu et la jeune fille à frange de gamine se confondent dans son esprit troublé...» Et ses troubles expliquent pourquoi il s'est retrouvé un jour en veste de pyjama...

Blog  de
FRANCIS RICHARD

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Quand le soleil descend doucement sur une des plus belles régions du monde, lui prêtant quelque chose de la somptuosité des forêts tropicales, l'homme en veste de pyjama tente de se souvenir. Il se demande entre autre pourquoi la fille au regard de feu, quand l’orage menaçait de s’abattre sur eux, ne cessait de lui parler de l'artiste germano-suisse Meret Oppenheim. Il semblerait que tout ça, l’homme en veste de pyjama l’ait raconté à son ami, un sculpteur qui vend ses œuvres par-delà les frontières.

Un extrait de l'œuvre

Je demeurai ce jour-là cloué sur mon siège, dans un état qu’on pourrait dire crépusculaire, état dans lequel, sans avoir absorbé ni drogue ni substance chi­mique, ma relation au monde se modifiait, état dans lequel ma perception de l’espace et de ma propre identité variait… Je restais de longs moments à regarder le ciel par la fenêtre…
Un ciel qui était comme un voile que j’aurais voulu déchirer pour parvenir à voir ces choses que l’on ne voit pas d’habitude… Un ciel qui s’éclaircirait subitement ou bien, au contraire, s’assombrirait avec une inquiétante rapidité… Atmosphère de splendeur sidérante qui pourrait suspendre le temps alors que d’émouvantes formations nuageuses se rétractaient ou s’allongeaient au-dessus de moi…
Comme si une autre réalité allait peu à peu imposer ses ombres à celle que m’offrait le spectacle de ce ciel décidément très changeant… Comme si des heures englouties allaient, tout à coup ou peu à peu, surgir des brumes d’un lointain passé… Comme si, à l’intérieur de mon crâne, entre l’écaille du temporal, les plaques osseuses de la voûte et le massif facial, allaient valser un ici et un ailleurs trébuchants… Comme s’il fallait reconstituer ce qui fut, un jour… ce qui advint une nuit ou un soir… ce qui me fit brusquement émerger d’une longue léthargie.
J’enlevais parfois mes lunettes pour que les contours de l’univers se mettent à danser sur un autre rythme : air de polka qui ferait giguer mes phrases sur la page d’un grand cahier à spirale… Je savais que, là-bas, de l’autre côté de la rue, une fenêtre s’ouvrirait dans l’avant-nuit qui n’en finissait pas d’incendier les arbres de la place voisine, leur prêtant quelque chose de la somptuosité des forêts tropicales, le bitume dégageant sa capiteuse odeur de psoralée…


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