MÉLANIE CHAPPUIS

DES BAISERS FROIDS COMME LA LUNE

Roman
2010. 208 pages. Prix: CHF 34.-; € 17.-
ISBN 978-2-88241-207-2, EAN 9782882412072


Biographie

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Un homme. Cinquante-cinq ans. Une femme. Vingt-huit ans. Il cherche la jeunesse dans cette femme. Elle recherche l’amour dans cet homme. Ils se rejoignent parfois. Jamais longtemps. Un décalage, immense, entre elle et lui. Un amour à contretemps. Leurs deux voix racontent en alternance ce qui ne se dit pas. Ce qui se pense seulement, et qu’on n’avoue pas. Un roman contemporain, qui propose une plongée perturbante dans les pensées intimes de deux personnages qui nous ressemblent. Un peu, beaucoup.

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Après Frida, plongée hypnotique dans les profondeurs de l’âme féminine, la journaliste lausannoise Mélanie Chappuis se glisse dans la stratégie amoureuse d’un homme mûr, bien décidé à se revaloriser à ses propres yeux en se jouant d’une jeune femme un peu désemparée et mal dans sa peau. Le chassé-croisé amoureux, en constant décalage de recherche et de découverte, de séduction et de passion, d’aveux et de non-dit, ne les mènera ni l’un ni l’autre là où ils le pensaient…

Payot Libraire, Lausanne

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Passion glacée

Avec Des baisers froids comme la lune, Mélanie Chappuis (née à Bonn en 1976, mais vivant à Lausanne) creuse et interroge la passion amoureuse qui faisait déjà la matière de son premier roman, Frida, paru il y a deux ans. Ce second livre est comme l'image inversée du premier : ce n'est plus une femme amoureuse qui attend que son amant marié quitte sa femme, mais une femme mariée qui s'éprend d'un homme plus âgé, libre (ou presque). Lequel attend, sans trop  d'impatience, que sa maîtresse se libère de ses liens conjugaux.
Ce qui retient le lecteur, dans ce second roman, c'est l'obstination à creuser la passion amoureuse, à décliner ses états d'âme, à déchiffrer ses diverses étapes. Construit comme un monologue croisé, qui fait entendre en alternance la voix de la femme et de l'homme, le livre de Mélanie Chappuis essaie de suivre à la trace (et de mettre en mots) le feu qui embrase la passion amoureuse. On pense parfois à Belle du Seigneur d'Albert Cohen ou Anna Karénine de Tolstoï. D'abord parce que l'héroïne du roman s'appelle Anna, ensuite parce que parce qu'il s'agit, dans les trois livres, de tenir le registre des désordres amoureux, depuis la piqûre du désir, jusqu'à sa réalisation, puis le subtil engrenage d'attentes et de frustrations qui se met en place. S'installe, alors, entre les deux amants, un jeu du chat et de la souris qui va les mener, inéluctablement, au terme de leur histoire.
L'homme a cinquante-cinq ans. Il s'appelle Vincent. Il dirige un grand quotidien romand. La femme s'appelle Anna. Elle a vingt-huit ans. Elle est mariée à Victor, le demi-frère de Vincent. Ce qu'il aime chez elle, c'est qu'elle est une «femme d'ailleurs», différente de toutes celles qu'il a connues. Ce qu'elle aime chez lui, c'est à la fois sa liberté et son pouvoir. Entre les deux, dès le début, on sent un décalage, qui ne fera que se creuser. L'amour est-il une illusion? La passion amoureuse est-elle forcément (auto)destructrice? C'est ce que semble suggérer Mélanie Chappuis dans un roman qui mêle à plaisir le chaud et le froid. Alternativement, puis successivement. Le style est direct, comme dans Frida, rapide, sans fioriture. Il essaie de saisir au plus près ce feu obscur qui dévore les amants, creuse en chacun le manque douloureux de l'autre et finit par se transformer en glace. Il y a des scènes fortes, et quelques surprises (en particulier, une utilisation toute à fait singulière de la crème Atrix!). Autant dire qu'un lecteur — amoureux ou non — y trouvera matière à émotions, comme à réflexions.

Blog de JEAN-MICHEL OLIVIER

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Mélanie Chappuis relate la fin d’un amour adultère

«Et je te donnerai, ma brune, des baisers froids comme la lune.» Mélanie Chappuis place son deuxième roman sous le signe de l’astre pâle et de Baudelaire. Il est question, dans Des baisers froids comme la lune, du théâtre de la cruauté que se jouent un homme et une femme, elle toute jeune et tout juste mère, lui quinquagénaire effrayé par l’âge qui vient. Une histoire d’adultère qui commence dans la transe et qui se finit dans la haine.
C’est évidemment ce basculement qui fait l’intérêt de ce petit drame secret. Et aussi les façons employées par l’auteur pour le raconter. Elle croise récits à la première personne, tantôt elle, tantôt lui, et correspondances par lettres, e-mails et SMS. Des confessions intimes où l’inavouable domine et des messages maquillés par le souci de gagner la partie. Autant de modes d’écriture qui révèlent les efforts de dramaturges que les amants déploient pour leurs jeux amoureux. Le sentiment se rétracte jusqu’à la disparition entre ces coups de stratèges et de metteurs en scène.

LISBETH KOUTCHOUMOFF, Le Temps

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Ils s’aiment mais ne peuvent pas rester…

L’homme a cinquante-cinq ans. La femme vingt-huit. C’est sa belle-sœur. Rencontre amoureuse intense mais qui ne va pas durer. Ne peut pas. Chacun cherche autre chose. Peut-être la jeunesse pour l’homme, comme pour se rassurer. L’amour pour la femme. Ils s’enflamment, ils s’affrontent. Au final il faudra bien choisir qui va quitter le premier. Roman choral. Des baisers froids comme la lune de Mélanie Chappuis est un portrait réussi d’une forme de relation amoureuse stressée, entre deux portes, indécidée. L’écrivaine lausannoise n’est pas tendre avec ses personnages. Elle les déshabille dans leurs contradictions, notamment celle de la jeune femme qui ne peut choisir entre l’amour fou, l’amour maternel et la sécurité auprès de son mari.

JACQUES STERCHI, La Liberté

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Des baisers froids comme la lune, de Mélanie Chappuis

Il m’arrive d’acheter un livre à cause de sa couverture, ou de son titre, ou de sa typographie, ou du papier dont il est fait. Pour toutes ces raisons à la fois, j’ai choisi de lire Des baisers froids comme la lune de Mélanie Chappuis, publié par Bernard Campiche Éditeur ici. Mais aussi parce Sébastien Fanti en disait du bien et que la lecture des rabats de la couverture m’en a donné envie.
La couverture est une reproduction brillante d’une toile de Guy Oberson, Après une nuit de pluie 2. Le titre est un vers tiré d’un poème de Charles Baudelaire, Le Revenant, qui figure dans son recueil Spleen et idéal. Quand Anna parle ou écrit, les caractères de la police utilisée sont droits, élégants, fins. Quand Vincent parle ou écrit, ils sont ronds, sinueux, pleins. Le papier d’un jaune pastel est agréable au toucher et à la vue.
Vincent est un vieux beau, de cinquante-cinq ans, à la tête du plus grand journal de Suisse romande. Il se veut séducteur, conquérant, mâle quoi, dont la coquetterie est de ponctuer sa pensée, ses paroles écrites et orales, d’un peu d’anglais, sorte de touche snob et convenue, qui lui fait croire qu’il reste tendance. Pour le sexe il a plus volontiers recours aux professionnelles, ce qui lui donne la paix des sens pour séduire tout à son aise. Ce dont il ne se prive pas.
Anna, vingt-huit ans, vit au foyer, mère d’une petite Mona, épouse d’un beau chirurgien esthétique de 35 ans, Victor, qui lui assure gîte et couvert dorés et qui sculpte les formes de riches clientes venues de l’Est. Victor est le demi-frère de Vincent. Lequel n’aspire qu’à une chose, à séduire la belle Anna, éventuellement à la mettre dans son lit, même s’il peut craindre à juste titre, l’âge n’aidant pas, de connaître la panne qui affectait parfois Stendhal.
Attachée aux valeurs morales de la bourgeoisie traditionnelle, Anna culpabilise, hésite à sauter le pas et à succomber à ces amours adultères que Vincent lui présente sous le meilleur jour, de manière fort habile. Elle résiste dans les premiers temps aux assauts de ce séducteur impénitent, qui fantasme dur sur cette jeune femme de 27 ans sa cadette et qui se sent pousser des ailes, parce qu’il sent bien qu’il possède les armes pour parvenir à ses fins, que l’aventure le rajeunit en quelque sorte et qu’elle lui donne même du coeur à l’ouvrage dans l’exercice de sa profession.
Tout au long des relations qu’entretiennent les deux amants, l’auteur nous dévoile leurs pensées intimes, mises en parallèle avec leurs échanges épistolaires, qui sont tout de même révélateurs. L’évolution de ce qu’ils pensent l’un de l’autre et de ce qu’ils deviennent au fil de cette liaison apparaît dans une lumière de plus en plus crue jusqu’à la fin, à laquelle on s’attend, en l’espérant et en la refusant tout à la fois, pris que nous sommes dans le tourbillon de l’histoire, prenant alternativement parti pour l’un ou pour l’autre.
Lire Mélanie Chappuis est un véritable plaisir. L’attention est soutenue jusqu’au bout. L’écriture est élégante, soignée, jusque dans les rares écarts de langage, propres à notre époque, qui n’est pas faite pour les bégueules. Au fond, tous les mots sont pesés, bien à leur place, tout en étant pleins de grâce. On se rend compte qu’il n’est pas besoin d’écrire des tonnes pour façonner un véritable petit bijou d’expression.
La psychologie des personnages est tout à fait crédible, si elle est parfois un peu caricaturale. L’auteur se met facilement à la place de la jeune femme, ce qui n’est pas étonnant, compte tenu de son âge et de son sexe, à celle du quinqua bien mûr, ce qui l’est davantage. Les caractères des deux protagonistes n’en prennent que plus de consistance.
La fin de ce roman est morale puisqu’est pris qui croyait prendre...

Le blog de FRANCIS RICHARD

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Un don Juan contemporain

Les livres à plusieurs voix sont à la mode. Encore faut-il les maîtriser. Tel est le cas de Mélanie Chappuis dans Des baisers froids comme la lune.
C’est l’histoire banale, on allait écrire classique, d’un quinquagénaire qui a une femme mais ne s’en contente pas et tombe raide amoureux d’une autre plus jeune que lui de vingt-sept ans. Or toute la saveur de cet amour réside dans le désir, ce qu’il révèle et les souffrances qu’il engendre inéluctablement, racontés respectivement de chaque point de vue.
«Il vient ce soir. Je vais pouvoir me faire belle et me sentir belle. Oublier un peu que je suis mère. Mon mari n’arrive pas à me faire oublier que je suis une mère. Mon mari, je ne l’accueille plus en minijupe et talons lorsqu’il rentre du travail.» Voici pour Anna. Quant à Victor, rédacteur en chef du Journal du Léman, le plus grand quotidien de Suisse romande, il tente aussi bien de se rassurer par la séduction: «Les très belles et les très jeunes, je me contente de les séduire. Ça me donne de la force, de la puissance. Si je les amenais dans mon lit, ce sont elles qui auraient le dessus. Au lit je ne suis ni fort ni puissant, je suis juste moi qui bande moins souvent, moins longtemps.»
Il a du pouvoir, un peu d’argent, beaucoup d’influence mais ne s’en satisfait pas. Elle est belle, mère d’une adorable fillette, mariée à un homme qui a beaucoup d’argent mais cela ne suffit pas. Il faudra bien des semaines, des rencontres, et des échanges de courriel pour qu’ils réalisent que l’insatisfaction est le lit de leur coupable amour. Certes, on n’atteint pas ici le degré d’intériorité d’Une passion simple de Annie Ernaux. Il n’empêche que Mélanie Chappuis parvient à embarquer son lecteur avec une redoutable efficacité. L’alternance des voix sonne avec une extrême justesse. Il y a beaucoup à (ap)prendre dans ce duo de don Juan contemporain.

Le blog de SERGE BIMPAGE

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«J’écris peu, j’ai une vie de bohème»

Avec
Des baisers froids comme la lune, publié chez Campiche, Mélanie Chappuis trace son sillon d’écrivaine. Rencontre à Lausanne pour parler chiffons, maison, et de la vie «telle qu’elle va».

Le titre est emprunté à Baudelaire. Le dernier mot de son roman, jeté seul en pleine page, sent le manifeste. «Salope.» Si Mélanie Chappuis est une casanière chaleureuse, la plume de l’auteure, elle, est aussi froide que l’astre de nuit. Une plume qui jure sans jurer, pleure sans bruit. Se fait miroir de nos perversités. Et qui détruit ses personnages et leurs égoïsmes quand il le faut. Comme celle d’un écrivain. Comme celle de la vie.
Le 26 octobre, pour la soirée de réouverture du cabaret littéraire TasteMot, à Lausanne, Mélanie Chappuis lira des extraits de son dernier livre en pubic. Alors nous avons visité cette… fleur du bien, chez elle, dans son appartement cossu en ville. Moins pour parler littérature que pour partager un thé. Et parce que c’est bon d’être à la maison. Aussi loin que possible des satellites glacés.

Cette lecture en duo avec Anne-Sylvie Sprenger, au TasteMot… Vous êtes des rivales fraternelles?
Oh, j’aimerais bien qu’Anne-Sylvie Sprenger me considère comme sa rivale! (Elle rit) Mais elle a un livre d’avance, c’est beaucoup. Je viens de la découvrir, nous avons eu un coup de foudre amical. On sent tout de suite s’il va y avoir de la jalousie entre deux femmes, et là ce n’est pas le cas. Je vois Anne-Sylvie comme une grande sœur dans l’écriture. Du moins pour l’instant!

Une déclaration?
Un constat. Je travaille déjà à mon troisième livre et j’ai pas mal de projets. Sprenger s’attaque à de grands drames; chez moi ce sont de petits drames quotidiens. Sprenger a pris le parti de dire l’indicible; moi, je trouve qu’on n’a pas besoin d’aller dans l’exceptionnel pour dire des choses qui méritent d’être dites.

Quels sont vos petits drames quotidiens à vous?
Je digère ceux qui ont eu lieu. Je profite de ce que je vis, ici et maintenant, avec mes enfants, mon amoureux, mon travail à la RSR et à Bilan. Il est vrai que je vis des choses très belles en ce moment.

On dirait que depuis votre divorce, vous vous êtes retrouvée. Votre intérieur fait un peu bohème d’ailleurs. Très joli.
Oui, c’est un vieil appart dans un vieil immeuble, loin du bord du lac, sans ascenseur… Ça change. Ce qui compte en priorité, ce ne sont pas les murs et les vues sur les lacs ou la mer. Parfois, j’écris là, dans cette petite cuisine, à cette vieille table en bois, et lorsque mes bouts de chou dorment, je me sers un verrre de rouge. Un seul, et j’écris. J’aime le rouge qui tape. J’aime ma vie.

Sacré virage. Merci à l’éditeur aussi?
C’est clair. (Elle sourit) Il est vrai que tout a changé depuis deux ans. Vous savez, j’ai vécu une belle histoire d’amour avec mon mari. Mais elle était très passionnelle. Je dis ce que disent tous ceux qui ont divorcé: «On n’était tellement pas fait pour s’entendre, c’était impossible de vivre avec lui.» Vous êtes passé par là, vous ne diriez pas la même chose? Quand j’ai mon ex-mari au bout du fil, je suis contente de savoir qu’il est le père de mes enfants. Mais qu’est-ce que je suis plus sereine, plus centrée aujourd’hui. Et comme je me sens plus forte, plus en accord avec moi-même.

Où trouvez-vous le temps pour écrire?
J’écris peu, en fait, j’ai une vie plus ou moins organisée, elle a ce côté un peu bohème. Je n’ai pas envie d’imiter une Amélie Nothomb qui sort un livre par année, pas besoin. Si j’avais tout le temps nécessaire pour écrire, je me ferais des crises d’angoisse dans ma cuisine et je viderais mon frigo toutes les nuits.

Quelle importance accordez-vous à votre foyer?
J’aime aller travailler, sortir avec mes enfants, rendre visite à des amis. Mais il est très important d’être bien à la maison, et que les enfants s’y sentent bien. J’ai besoin d’avoir mes tableaux, mes affaires rangées. J’ai des amis qui déménagent et qui laissent des cartons partout pendant des semaines. Moi, en deux jours c’est réglé, sauf les fils des lampes qui pendouillent encore.

La maison de vos rêves?
Un vieil appartement lausannois. Avec un plafond haut. Et des fioritures. Et il serait au rez-de-chaussée… Un appartement en ville, oui, avec un jardin, voilà le rêve!
Avec assez de place pour y vivre avec mes enfants, et un jour l’homme que j’aime, et ses enfants à lui. Et là, dans le salon… les sculptures de ma mère… C’est une grande artiste.

Bio Express
Plume froide
Mélanie Chappuis est née à Bonn (D), le 13 janvier 1976, de parents diplomates. Un frère. Journaliste à la RSR, elle vit aujourd’hui à Lausanne avec ses enfants, Quentin (4 ans) et Paloma (2 ans et demi). En 2008, elle publie Frida chez Campiche, premier roman coup de poing qui divise les avis.

PABLO DAVILA, Coopération

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Il faut bien l’avouer. Lorsque, au mois d’avril, l’on reçoit le deuxième livre de la journaliste de radio et chroniqueuse Mélanie Chappuis, publié chez Campiche, on ne saute pas dessus pour le lire. Encore une journaliste qui se met à écrire, soupire-t-on. Et en plus: regardez-la. Si blonde, si belle, si sexy. Non. Vraiment. Ce n’est pas la peine d’ouvrir l’opus, l’histoire a l’air si commune! Une femme, deux hommes… No comment.
Aussi, le livre reste dans sa pile d’ouvrages à déflorer, un jour. On verra bien. Et puis le titre, si beau, si énigmatique réussit à interpeller: Des baisers froids comme la lune, tiré d’un poème de Baudelaire. Par curiosité, sans trop y croire, on finit par tourner la première page, puis la suivante, et celle d’après – happé, captivé.

Une langue directe, parfois violente

C’est une histoire commune, certes, que nous conte Mélanie Chappuis, bien ancrée dans le quotidien. Le récit d’un couple qui s’étiole, et, en parallèle, celui d’une passion dévorante et destructrice. Une femme partagée entre deux hommes, oui, mais surtout entre son désespoir et le sourire de sa petite fille qu’elle adore et dont elle doit s’occuper, alors que les forces lui manquent, et qu’elle se sent couler…
Des baisers froids comme la lune est le livre d’un effondrement. Et puis d’une reconstruction. Un livre âpre et intense, où la langue, si directe, violente parfois, réussit à saisir toute l’horreur qui peut se dégager de l’ordinaire.
Mélanie Chappuis est un peu notre Marilyn Monroe à nous: sous des allures de pin-up blonde, elle cache un océan d’émotions aussi vibrantes que lucides. Notre coup de cœur de l’année, en forme de mea culpa.

ANNE-SYLVIE SPRENGER, Le Matin Dimanche

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«Ce soir il prend Mona dans ses bras. Elle rit parce que Vincent lui recouvre le visage de sa grande main. J’aime voir ma fille rire dans ses bras. Je lui dis “on est bien dans les bras de Vincent, n’est ce pas mon amour?” Vincent me sourit. Il ne m’a jamais prise dans ses bras. Il a compris que j’aimerais bien.»
«Je veux avoir le pouvoir de l’abîmer un peu. Juste un peu. Pour qu’elle voie ce que ça fait de ne pas tout avoir. Être celui qui la fait souffrir. C’est mieux que d’être celui qui la rend heureuse. Je pense que je peux la faire souffrir plus longtemps que je ne peux la rendre heureuse. C’est plus facile. On idéalise toujours son bourreau. Pas son serviteur. Elle m’aimera plus longtemps si je la fais souffrir.»
«Une parenthèse dans la vraie vie ça n’existe pas. À moins qu’elle ne soit très courte. Et encore. On a vécu bien plus que ce qu’on pouvait vivre. C’était beau et pur. Gai et joyeux. Tendre et passionné. Douloureux aussi. De plus en plus. […] Il faut toujours jouer en amour. Un peu, au moins. Il n’y a que les parents et les grands-parents qui nous aiment pour ce que l’on est vraiment. Les maris, parfois. Peut-être. Les amants non.
Il se rhabille, je regarde son corps que je n’aimais pas à ce point, pourtant au début. Maintenant je l’aime plus que tout ce corps, “je t’aime, c’est terrible comme je t’aime”, je lui dis. Il me prend dans ses bras, il dit merci. Il ne dit pas moi aussi. Bien sûr que non. Il ne pense pas “Moi aussi”. Il ne le pense plus.»
«Je l’aime comme ça. Accueillante, souriante, tendre à l’écoute elle ne parle pas trop, elle réagit exactement comme il faut, elle n’exige rien. Elle ne veut que mon plaisir. Elle est ma femme comme au cinéma. Présente et disponible. Droite, douce, pure, belle et soumise. On monte, je veux tester sa soumission.»
Cela aurait pu être une histoire banale. Une histoire d’amour comme tant d’autre: lui et elle; elle et lui et le mari au milieu.
Anna trente ans à peine. Mariée à Victor, médecin-chirurgien esthétique, mère d’une petite fille, huit mois, femme au foyer après avoir fait des études en littérature, belle, désirable, jeune, gaie, souriante. Vincent, la cinquantaine bien présente, homme séduisant, sûr de lui, bronzé toute l’année, rédacteur en chef d’un des plus grands quotidiens de Suisse romande, sportif et accessoirement demi-frère de Victor.
Anna que Victor ne regarde plus comme avant. Avant la naissance de Mona. Anna qui aimerait de nouveau se sentir aimer, séduite, désirée. Et Anna qui se défend de succomber à l’attirance de Vincent, de son corps, de ses bras, de cette sexualité qu’elle ressent en elle. Anna qui est tiraillée entre un simple baiser échangé et plus. «On aura un peu mal mais c’est bon d’avoir un peu mal. Et puis ça passera. Je veux un baiser de lui.»
Et la relation s’installe. D’un baiser échangé, les corps s’appellent, se désirent, se donnent, s’ouvrent, se rencontrent, se défilent, se contractent. Sms en pagaille. Appartement prêté pour se retrouver. Charnel. Sensualité. Corps encore. Amour. Puis Trahison. Soumission. Sexe. Narcissisme. Perversité. Solitude. Désintégration.
«Aujourd’hui c’est la rentrée. Je donne mon premier cours. Je connais tout Rabelais. Mais je ne suis pas prête. […] Je suis petite, maigre, cernée, fatiguée, mal habillée… […] Il fait gris et froid. C’est parfait pour une rentrée d’octobre. C’est tôt le matin. J’ai envie de mourir»
Quand une relation consentante devient le jeu pervers du chat et de la souris. Quand ce qui aurait pu être un adultère comme tant d’autres devient une explosion, une perversité, un désamour, une perte  d’estime et de soi, de confiance en soi et en l’autre. Quand une histoire d’amour devient une plongée dans les eaux profondes du Lac Léman, une noyade, un suicide raté et une renaissance, une liberté retrouvée, une femme qui réapprend à marcher, à être elle, à tenter de se reconstruire, de faire avec son corps et son âme en chantier. «Ne m’écris plus stp»
Encore une fois, l’écriture fine et somptueuse de Mélanie Chappuis m’a scotchée, prise à la gorge et le cœur en mode émotions et sensibilité à fleur de peau. Encore une fois Mélanie m’a oui renversée par sa plume sensuelle, pénétrante, envoûtante.
Un roman choral fort, bouleversant, dérangeant et à la fois si vrai, réel, banal. Et se réveiller un matin en se disant «Je m’appelle Anna Vélébit Wenger. Pas Anna Karénine. Anna Velebit tout court. Bientôt si je veux». Reprendre son fil de vie et se dire qu’il faut parfois comprendre que nos vies peuvent être chamboulées, changées, réorganisées pour nous replacer à l’endroit où nous devons être. Enfin croire en soi, voler et quelque soit le temps que cela prendra, être fidèle à soi et à son cœur.
«Ici, avec eux, je fais semblant. Au début, souvent. Maintenant de moins en moins. Je joue si bien la comédie que je finis par devenir ce que je prétends, forte, gaie et sûre de moi, etc. Surtout depuis mon suicide non tenté, je sais que je ne tomberai plus jamais trop bas. Je suis une funambule avec filet, maintenant. Mais quand ça m’arrive à nouveau de douter un peu, je veux pouvoir être entourée de gens qui ne me tourneront pas le dos.
Je veux pouvoir prendre le temps des décisions difficiles, de ne jamais les regretter…»
Merci Mélanie. Merci pour ce magnifique roman que tu m’as fait parvenir il y a un an de cela. J’ai mis le temps pour le découvrir. Il m’a fallu ce temps… Et il y  a des jours où je me sens comme Lara Croft. Ces jours là font du bien.  «Alors j’aspire au bonheur. Je ne sais pas encore exactement quelle forme lui donner, mais je sais que tu n’es pas fait pour. Tant pis. J’ai beaucoup d’autres choses à aimer. À commencer par moi…»

Blog
de
SABELI


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