ANNE-CLAIRE DECORVET

AVANT LA PLUIE

roman
2016. 200 pages. Prix: CHF 30.–
ISBN 978-2-88241-410-6


Biographie

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Par un jour de canicule, un enfant de 6 ans est écrasé par une voiture, sur le passage pour piétons qu’il avait appris à respecter. Pour tous ceux qui sont touchés, de près ou de loin, la mort du garçon est un scandale, elle touche au plus profond. Le temps qui passe, de l’été au printemps, n’y peut rien: l’accident reste inadmissible. Anne-Claire Decorvet convoque tour à tour les témoins, les acteurs du drame, elle leur donne la parole. L’étudiant en médecine dont l’enfant est le premier mort; le père, un acteur en tournée au moment de l’accident; une comédienne qu’il a quittée; le jeune homme de 17 ans qui conduisait la Porsche; une gamine enfin heureuse qui ne veut pas que ce malheur gâche son nouveau bonheur; l’apprenti boulanger qui a tendu le croissant à l’enfant, juste avant le drame. Puis vient l’automne, d’autres regards sur le malheur: la voisine jalouse, un chien, la policière trop impliquée, le voyou à qui appartenait la voiture. À l’hiver, on voit la mère  qui ne peut accepter le hasard, cherche le coupable, s’enferme dans sa folie. Elle reçoit la visite d’un vieil Arabe, venu demander pardon pour son petit-fils en prison, l’entend-elle seulement? Au printemps, c’est l’enfant qui parle. Lui seul sait ce qui s’est vraiment passé. Habilement, à travers les différents éclairages, menant l’enquête, Anne-Claire Decorvet dessine un large spectre des émotions humaines face à cette mort absurde qui affecte chacun à son échelle, à son insu parfois, à son corps défendant.

ISABELLE RÜF,
Le Phare, Centre Culturel Suisse, Paris, janvier-avril 2017

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Le point aveugle

Un quartier tranquille de banlieue, immobile sous la chaleur estivale. Des pavillons, des jardinets, une boulangerie, un cadre familier où tout le monde se connaît. Aucun risque pour le petit Olivier, 6 ans, d’aller seul acheter du pain ce matin-là. Pourtant, alors qu’il attend le feu vert au passage piéton, il est fauché par une Porsche qui roule à toute allure.
Cet instant est le pivot du dernier roman d’Anne-Claire Decorvet, primée pour chacun de ses livres depuis les nouvelles En habit de folie en 2010 (prix Georges-Nicole sur manuscrit). Après L’Instant limite (nouvelles, prix Pittard de l’Andelyn 2015) et le roman Un lieu sans raison (Prix Édouard-Rod et Prix du Public RTS 206), sur la dérive mentale de Marguerite Sirvins (1890-1957), figure de l’art brut enfermée à l’asile de Saint-Alban, l’auteure genevoise signe Avant la pluie, un roman polyphonique qui juxtapose les points de vue sur la mort de l’enfant.
Car il s’agit de comprendre l’impensable. Comment la voiture a-t-elle pu faire cette embardée? Pourquoi l’a-t-elle percuté alors qu’il était sur le trottoir au milieu d’autres habitants du quartier? Suivant le fil des saisons, Anne-Claire Decorvet donne la parole à différents protagonistes plus ou moins proches de l’événement. Le père de l’enfant, la vieille voisine, le chauffard, l’apprenti boulanger, une policière, un chien puis son promeneur, une comédienne… chacun prend en charge une partie du récit, en dévoile d’autres facettes, tourne autour de ce point obsédant qui reste noyé d’ombre. Il y a pour finir ce «vieux sage», grand-père de l’assassin, qui vient demander pardon à la mère d’Olivier. Trouvera-t-elle la paix? On en doute. Hantée par une folle intuition, elle est convaincue que l’accident résulte d’un acte malveillant. Et le lecteur de tenter de deviner les mobiles possibles sous ces visages innocents…
Là n’est pourtant pas l’intérêt du roman, qui n’a au fond rien d’une enquête. Si l’on peut regretter une certaine facilité dans la structure polyphonique, il faut reconnaître qu’Anne-Claire Decorvet se glisse avec finesse dans ces différents univers intimes, dans les méandres des désirs et des frustrations. Car c’est bien l’humain, trop humain, qui est à la source du tragique. Sa prose tout en nuances, imaginative et sensible, évite la lourdeur malgré son sujet. Avant la pluie s’achève d’ailleurs au printemps, au seuil d’une nouvelle étape.

ANNE PITTELOUD,
Le Courrier, 28 octobre 2016

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Quand un accident se produit, c'est bien connu, il est rare que les témoins racontent exactement la même chose. Parce que, sans doute, les esprits n'étaient pas prêts à observer ce qui s'est passé et parce qu'ils ne regardent de toute façon pas le monde qui les entoure avec les mêmes yeux.
Anne-Claire Decorvet, dans Avant la pluie (chaque moment de l'histoire précède la tombée d'une pluie), raconte ainsi l'accident dans lequel un garçon, Olivier, six ans, a trouvé la mort. Après être allé chercher un croissant à la boulangerie, il s'apprêtait prudemment à traverser la rue, au passage pour piétons, quand une voiture l'a renversé.
Anne-Claire Decorvet donne la parole avec justesse à tous les gens qui ont un rapport de près ou de loin avec cet accident. À commencer par ceux qui se sont occupés de sauver sa vie à l'hôpital des enfants, et n'y sont pas parvenu, tel Axel, étudiant en médecine, qui a été confronté avec la mort pour la première fois.
Quand un enfant meurt aussi jeune, les parents sont à l'évidence les premiers éprouvés par une telle perte. Le père, Grégoire, comédien, arrête aussitôt sa tournée. Il jouait avec Eva une pièce de théâtre intitulée, Petits Crimes. La mère, Emma, connaissant son fils, est persuadée que ce ne peut pas être un accident.
Candice, une ex de Grégoire, comédienne, apprend la nouvelle par le journal. Elle parle de Grégoire avec son amie Marie. Si elle ne se réjouit pas vraiment de ce malheur, elle trouve tout de même juste que Grégoire, qui ne s'intéresse plus à elle depuis dix ans, et qui lui manque, connaisse un jour «la douleur de la perte».
Gaëtan est le conducteur de la voiture qui a renversé Olivier. Il a pris la fuite, mais, identifié, il se trouve dans un commissariat et doit s'expliquer sur les circonstances du drame. En fait il ne sait pas comment tout cela a pu se produire. Il aimerait tant pouvoir remonter le temps, «recommencer la journée à neuf».
Julianne est une jeune fille du quartier. Ce jour-là elle a vécu le plus beau jour de sa vie. Rentrée à la maison, elle n'a pas envie que sa mère lui parle de cet accident sous prétexte qu'elle connaît un peu le conducteur de la voiture. Rien ne peut ternir sa journée. Elle en rend grâce à la vie qui ne l'a pas épargnée jusque-là.
Benjamin est apprenti dans la boulangerie d'où est sorti le petit Olivier avant de se faire renverser par la voiture. Mis sous pression par une connaissance qui lui a rendu visite à son travail, il venait de sortir quand il a assisté à l'accident et n'a rien fait pour l'empêcher. En réalité il n'a rien voulu voir et a même perdu connaissance.
Dans cette histoire, sur les circonstances de laquelle des doutes planent tout au long du récit, il y a bien d'autres personnages, chacun ayant son importance, petite ou grande, tels que la voisine Violette, le chien Milo, la policière Lydia, le postier Idriss, le vieux sage Hamid (grand-père du conducteur) ou le promeneur de chien Louis.
Ces personnages détiennent chacun des éléments de l'énigme qui entoure la mort d'Olivier. Mais il faudra que le lecteur attende bien sagement la fin du livre pour connaître toute la vérité, dont des parcelles lui auront été distillées par eux tout au long du récit. La romancière lui révèlera alors la part des mystères que la mort garde pour elle d'habitude. 

Blog
de FRANCIS RICHARD, 1er novembre 2016

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Ce jour-là, la Mort est entrée avec lui, couchée à ses côtés sur un brancard, et pour la première fois j’ai croisé son visage. Pourtant, quand je m’étais penché sur lui pour un premier coup d’œil, l’enfant semblait dormir. Il vivait, très pâle et les yeux clos.
— Tu t’appelles comment?
Ma question s’est diluée dans l’air blanc sans écho; le garçon ne cillait pas. Je ne m’en suis pas inquiété. Rien ne me paraissait grave encore, hormis la suffocation qui nous empoignait tous dans ce bâtiment de verre où miroitait le soleil. La lumière frappait durement sur les vitres et, dans la moiteur où nous transpirions, je me sentais le sang trop épais pour penser de façon raisonnée. Torse nu sous ma blouse blanche, je dégoulinais de partout, brûlant comme l’été, fiévreux comme nos malades. Et toute l’eau de la fontaine mise à disposition n’aurait pu étancher ma soif, ascendante au fil des heures impitoyables de cette matinée. Les stores baissés nous confinaient dans un sentiment d’enfermement dénué de fraîcheur et tout empreint d’accablement.
Je rêvais de douche froide et de pluie, d’un orage explosant juste au-dessus de mon cerveau surchauffé pour me rafraîchir les idées. Alors je pourrais soulager vraiment tous ceux qui venaient m’exposer leur souffrance ! Ils repartiraient libérés, la douleur en moins. Telle était du moins ma vision de la médecine en ce temps-là, la raison de ma présence en pédiatrie.

ANNE-CLAIRE DECORVET

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