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Anne-Lou Steininger

Les Contes des jours volés

Édition originale: Orbe: Bernard Campiche Éditeur, 2005
2008. 224 pages. Prix: CHF 14.–
ISBN 978-2-88241-215-7, EAN 9782882412157

Prix Michel-Dentan 2006


Biographie

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Trente-cinq contes cruels
Longuement attendu, le deuxième livre d’Anne-Lou Steininger confirme sa maîtrise dans tous les registres de l’écriture : à déguster à petites doses quotidiennes.

Anne-Lou Steininger, Valaisanne vivant à Genève, a fait en 1996 une entrée remarquée en littérature en publiant un premier livre hors norme chez Gallimard: poème polyphonique et fable politique, La Maladie d’être mouche révélait un beau tempérament d’écrivain, confirmé deux ans plus tard par le premier Prix FEMS attribué à la littérature, une bourse de 100 000 francs destinée à la réalisation du recueil des 35 Contes des jours volés qui paraît aujourd’hui. Le fantastique y flirte avec le merveilleux sur le modèle des Mille et Une Nuits, puisque le narrateur des «Jours qu’il me reste à vivre» retarde l’échéance de sa mort en séduisant par une nouvelle histoire l’ange-percepteur qui vient chaque matin le plumer d’un jour.
Ce récit d’ouverture est à lire comme une déclaration d’intention: il fait l’éloge de la lenteur et proclame la volonté de «donner chair au temps. Pour le goûter, pour l’éprouver, pour le sentir passer.» Rien d’étonnant donc que la conteuse ait longuement poli ses textes pour livrer ce deuxième livre très abouti et d’une composition réfléchie qui ne doit rien au hasard. De fait, ces récits composent une suite de variations sur le temps, thème majeur associé à tout un système d’échos thématiques et de répons ainsi qu’à un réseau d’images autour de la musique et de l’eau sous toutes ses formes.
Parmi les variations les plus virtuoses, on signalera celles de «Manège» où Anne-Lou Steininger résume tous les âges de la vie des femmes à travers une ronde et ses ritournelles; de «Capitaine des nausées» où elle imagine, dans un vertigineux compte à rebours, que l’existence d’un homme qui s’est efforcé d’échapper à sa mère se rembobine jusqu’à sa première dent de lait; de «L’Irréparable» enfin, où elle ralentit la vitesse d’un coup de poignard mortel jusqu’à permettre l’incarnation de l’injure lancée par l’agressé à son assassin. La narratrice a le souci de l’alternance et du rythme, elle varie ses attaques et la longueur de ses textes (de neuf lignes à douze pages) aussi bien que leur ton et leur tempo, grave ou burlesque, et elle soigne aussi ses chutes. Même si elle poursuit obstinément sa réflexion sur la mort, elle ne s’abstient pas de clins d’œil philosophiques à l’endroit d’Héraclite (à qui elle attribue un clone par jour de baignade) ou de Zénon (dont le sourire ne peut être qu’un astre éteint).
Surtout, la conteuse n’oublie pas le plaisir des mots, leur pouvoir de séduction et leur humour décapant. Comme les enfants ou les poètes, elle les invente au besoin : ainsi les drolatiques invectives machistes de «Mulier qui galipet», la «verbaille splendoriphore» des discoureurs à cloque-langue de « Rondisalabalanque mirapolisalice », la chevauchée du «grand Mélancocasse» qui «rêvedouille» et «gloussigole» dans «Cavalcade». Ailleurs, elle parle joliment d’« abricots pas mûrs serrant leur petit poing de boxeur », et elle invente des personnages fabuleux : démêleuses de sang et leveuses de chair douce, adorateur de l’odeur du café, voyante «flaireuse de Destins tragiques» ou régleur des fumées à qui il convient de sourire ou d’annoncer une bonne nouvelle, même fausse, pour qu’il puisse continuer à remplir son office.
Malgré toute sa fantaisie et son ironie, la vision du monde d’Anne-Lou Steininger apparaît plutôt sombre, marquée au coin de l’aphorisme selon lequel «Au commencement est la douleur». Et à la fin un paradis moderne, « avec fitness, vitrines et pince-fesses », qui ne se distingue de la vie terrestre que par la couture de l’habit, aux points délicatement piqués dans la chair… Ces fables cruelles sont à déguster comme elles ont été écrites, par petites doses de poison insidieux délicatement pesées.

ISABELLE MARTIN, Le Temps

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Des contes poétiques, des mots magiques, des rêves éveillés, des voiles à soulever, et, surtout, une langue à aimer. Il y a une dimension onirique et fantastique, une part d’insaisissable dans ces récits qui évoquent la nostalgie du temps passé, l’espoir dans celui à venir. Ce temps, comme ces amours, qui nous échappe, fuyant et impalpable. Réédité en poche, ce livre avait obtenu le Prix Michel Dentan 2006.

PATRICIA WEBER, Sélection Payot, L’Hebdo


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