camPoche 19

Gilbert Salem

À la place du mort

roman
2006. 240 pages. Prix: CHF 16.–; € 9.–
ISBN 2-88241-181-2, EAN 9782882411815

Biographie

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À notre reconnaissance devrait pourtant s’en ajouter une autre. Celle de n’importe quel lecteur, aussi éloigné soit-il des cercles journalistiques, qui trouvera dans le livre de Gilbert Salem un récit d’une beauté poignante, où l’amitié qui en occupe le cœur ne cesse de croître par-delà la mort. À la place du mort est un livre d’écrivain, même si c’est un journaliste qui tient la plume.
La première partie va au rythme d’un dépouillement grandissant. Pascal-Arthur perd d’abord sa femme, Gina, une Haïtienne au rire sauvage, un tourbillon de parfums et d’étoffes colorées («C’est par la maladie qu’ils s’étaient rencontrés, qu’ils avaient tenté d’établir une vie commune, toute jalonnée d’aléas et d’embûches, et qu’ils avaient fini par s’aimer»). Puis c’est son corps qui l’abandonne, le goût des aliments qui s’estompe, les chairs qui fondent, une part toujours croissante de lui-même qui le quitte. Jusqu’à la perte de la vie. Non, l’approche de la mort ne rend pas nécessairement plus sage. Oui, la vie ne paraît peut-être jamais si belle qu’au moment où on va la perdre.
Passé la disparition et l’enterrement de Pascal-Arthur à l’ombre d’un prunier, dans le cimetière de Lussy-sur-Morges, Gilbert Salem évoque cette présence de l’ami qui continue à le hanter, qui habite même son corps, qui lui donne d’étranges douleurs à chaque anniversaire de son décès, ne cesse de l’accompagner dans la vie comme il l’avait lui-même accompagné vers la mort. C’est un pas de deux qui se poursuit. Une danse où le mort et le vif s’étreignent mutuellement dans un poudroiement de lumière. Les vignes de La Côte, la Toscane, les amours de l’un, les tentations religieuses de l’autre, la présence et l’absence, tout cela se met à tournoyer dans un récit fluide, d’une pureté cristalline, où la beauté sensible du monde se trouve célébrée avec une grâce mystérieuse de derviche.

MICHEL AUDÉTAT, L'Hebdo


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La réédition en poche de ce très beau livre d’amitié est bienvenue. C’est en effet, plus qu’un récit linéaire en hommage à un frère-confrère disparu prématurément: une espèce de psaume affectueux où l’auteur dit autant les rires complices et les joies partagées que sa peine et le deuil des enfants de Pascal-Arthur Gonet. Au fil de nombreuses digressions et autre évocations, Gilbert Salem compose un tableau qui est à la fois portrait, autoportrait indirect, mais aussi célébration de la Côte, du lac, de la vie, de la lumière et de l’ombre.

ALAIN NOVERRAZ, Librairie Payot Vevey, Mon choix, 24 Heures


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Étrange jeu de miroirs que ce récit. Plutôt qu’à sa famille, Pascal confie à Gilbert Salem, avec qui il n’avait eu jusque-là que des relations un peu tumultueuses, qu’à trente-six ans il va mourir du sida.
«Des semaines s’étaient écoulées depuis sa foudroyante confidence, mais nous n’en parlions plus. Le malade c’était lui, et il avait la mine d’un bien-portant. Le mieux portant de nous deux c’était moi, et j’étais livide… L’humour inhabituel de notre amitié tardive et tragiquement courte est né de cette incroyable contradiction-là. D’un jeu de rôle inversé, d’une partie de masques.» Il sera dès lors «à la place du mort». Cette présence l’accompagne, le hante au point de lui donner des douleurs à chaque anniversaire de sa disparition. Il recherchera à La Côte, au bord du Léman, en Toscane aussi, les souvenirs, les amours, les hésitations religieuses de l’un et de l’autre.
Malgré ou à cause du titre, c’est un chant à la gloire de la vie et d’une extraordinaire amitié.
«Quand je regarde Pascal-Arthur, je me dis que c’est un homme et que j’en suis un. Si l’un de nous deux avait été une femme, il y aurait eu entre nous de l’amour. Donc moins que de l’amitié.»

JULIETTE DAVID, Suisse magazine


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