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ÉRIC MASSEREY

Midi à l’ombre des rivières

Théâtre
2011. 96 pages. Prix: CHF 12.–
ISBN 978-2-88241-303-1


Biographie

Manifestations, rencontres et signatures
Index des auteurs


Midi à l’ombre des rivières

Efficace, envoûtant, saisissant! Une pièce de théâtre à lire et à relire.

Présentation

Cinq monologues, «L’oubli», «Les noyés», «La promesse», «Maison à vendre», «Main gauche», et un dialogue à deux voix, «Mon amour et moi».
Dans différents espaces de jeu – un salon, une maison à vendre, un cabanon en bord de rivière, un atelier de prises de vues, un bureau médical, une antichambre –, les spectateurs sont seuls, ou à trois, face à un personnage.

Extraits

Une antichambre avec quelques sièges, divans ou méridiennes. Mettez-vous à l’aise… Un couple déroule les scènes de son histoire d’amour. Vous restez un moment. Autour de vous, des portes. Vous franchissez l’une d’elles, un personnage vous accueille, et vous entrez dans le jeu.
Il est midi.
Ce personnage, parce que vous êtes là, revisite en pleine lumière un événement inattendu qui a transformé le cours de son existence – un oubli, une promesse à tenir, une chute dans l’eau…
Au terme de son récit, vous retournez dans l’antichambre. Des spectateurs continuent de suivre les aventures quotidiennes du couple. Vous vous installez à nouveau. Puis une autre porte vous attire…
Il est midi.
Vous entendez? Vous avez raison, c’est le bruit d’une rivière…

«L’oubli»

Une femme
Elle sait que son interlocuteur ne lui est pas étranger, même si elle ne le reconnaît pas
Un sac de billes, des photos portraits de visages divers, des photos de famille, anciennes et récentes, des portraits d’elle abîmés par l’eau, à différents âges et dans différentes circonstances, un appareil photo numérique avec une imprimante
Tenez.
C’est une bille.
Elle est jolie, non?
On s’est déjà rencontrés?
Non?
De toute façon, je ne sais pas. Je ne me souviens pas des gens.
Je ne me souviens de personne.
Plus exactement, je ne me souviens pas des visages. Alors si je ne reconnais pas votre visage, que reste-t-il de votre personne? La voix, un détail : une cicatrice, une tache de naissance, des yeux particuliers, extraordinaires.
Ils sont sûrement extraordinaires pour quelqu’un, vos yeux.

Sommaire

Premier monologue – «L’oubli».
Deuxième monologue – «Les noyés».
Troisième monologue – «La promesse».
Quatrième monologue – «Maison à vendre».
Cinquième monologue – «Main gauche».

L’auteur

Éric Masserey est né en Valais où il séjourne souvent. Après des études de médecine, il vit et travaille aujourd’hui dans le canton de Vaud.
Ses livres parlent d’appartenances, d’histoires issues de généalogies lointaines, de ces liens que l’on cherche quand les événements nous isolent de tout, de corps qui vont comme ils peuvent et d’amours qui sont peut-être en route, de routes qui vendent chèrement les libertés espérées, de livres qui comblent l’oubli, et de ces esprits curieux qui vont où ils veulent.
Éric Masserey est également l’auteur de Le Sommeil séfarade qui a reçu le Prix de la Loterie romande en 2007, Une si belle ignorance (généalogies et autres histoires) (2009) et Le Retour aux Indes qui a obtenu le Prix des Auditeurs de la RTS en 2011.


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Midi à l'ombre des rivières.

Cinq monologues. Autour de la vie, de la solitude, de la mémoire, de l’oubli, de la culpabilité, de la maladie, de l’amour et de la mort. Éric Masserey écrit, tout en finesse et en nuances, cinq histoires différentes reliées par le même fil du temps, à midi où le chant de la rivière s’écoule dans l’âme. «Dans les monologues, les personnages sont exposés à la lumière vive d’un événement personnel qui a transformé durablement leur existence. Sans réponse à la question: “Pourquoi cela est-il arrivé?”, ils scrutent les enchaînements de circonstances qui les ont menés jusque-là.»

Premier monologue – «L’oubli»
Une femme atteinte de prosopagnosie entre en scène. Elle vit dans l’incapacité de reconnaître quelque visage que ce soit en raison de sa maladie et elle prend le spectateur à témoin, photographie leurs visages, en vain:
«Puisque vous n’êtes personne, vous n’êtes pas quelqu’un en particulier pour moi, alors vous pouvez être tout le monde. […] Je suis tout le monde et je ne suis personne. […] Je ne me souviens de personne. […] Derrière moi, après chaque rencontre, il ne reste rien. Ma vie est sans retour…»

Deuxième monologue – «Les noyés»
Un coupable, qui n’a pas été jugé, moque la justice pour avoir échappé à sa condamnation et sauve une personne de la noyade.
«Je suis parti en courant, personne ne m’a rattrapé. Sauf celui qui a été condamné à ma place. […] Son sort était jeté de toute façon: dans notre justice, il n’est pas nécessaire de prouver la culpabilité du coupable désigné. […] Il faut qu’il y ait assez de coupables. […] On a tous besoin de fraternité. Il n’est pas bon que l’homme soit seul, n’est-ce pas ? Sinon, quel vide! C’est effrayant, vertigineux! Eh bien oui, Monsieur, il faut apprendre à vivre avec la peur et le vertige dans la solitude. Là réside la grandeur de l’homme!»

Troisième monologue – «La promesse»
Un homme, médecin de profession, honore sa promesse: abréger les souffrances de l’être aimé, immobile dans sa souffrance, à l’aide d’un dernier «cocktail». Mis au ban de la société, et condamné, seul compte pour lui l’absolution de son «amour»…
«Tu veux que je te raconte? J’ai déjà tout dit aux juges-couards, et leur Tribunal m’a condamné, et nos chers collègues m’ont blâmé! […] Il [le procureur] voulait seulement savoir si j’avais agi parce que je ne pouvais plus coucher avec elle. Ils croient, tous ceux-là, que le désir disparaît quand le corps déchoit. Comme si le corps n’était qu’une surface éblouissante, que beaux morceaux. […] Je lui ai donné, ce pentobarbital. Parce qu’elle le voulait, et parce qu’elle ne pouvait plus».

Quatrième monologue – «Maison à vendre»
Une femme détachée de sa maison se décide à la vendre.
«On ne pouvait plus continuer comme ça. Une maison sans personne pour l’habiter, vous savez… […] Quand on possède quelque chose qui est en somme détaché du temps, on ne s’en sépare pas si facilement. Les maisons ont ce pouvoir. Elles fabriquent… des souvenirs? C’est ça oui! […] Cette maison sait faire, d’un moment qui disparaît, des sensations posées là, au cœur et à l’esprit, comme des… papillons dans un champ de fleurs! […] Et il en est qui sont comme mortes. Les mortes n’attendent personne, elles sont faites pour les gens sans papillons. […] Les papillons, disons, sont les êtres et les choses vivantes de notre histoire, ils nous font et continuent de nous faire, ils agissent sur nous.»

Cinquième monologue – «Main gauche»
Une pianiste de renom a perdu l’usage de sa main gauche et elle dénonce l’ancien esclavage de son corps tout en découvrant une nouvelle façon d’aborder la musique.
«Quelle guerre! Ah la musique qu'il fallait maîtriser à force de travail, à journées faites et parfois la nuit! Vaincre la musique. Puis vaincre le public. Qui applaudit bien sûr la prouesse du vainqueur. Vous connaissez ce public... Où quelques-uns se taisent. On les sent dans la salle. Un seul, on le sent. Il sait que la musique ne se donne pas au vainqueur. Ni au perdant. Qu'il ne s'agit pas de cela. Je ne savais pas. Personne ne me l'avait dit. On me disait seulement: “du courage, de la volonté!” […] La haine a besoin de quelqu’un et je ne hais personne même pas moi ou alors seulement cet irrémédiable enchaînement d’événements qui n’ont l’air de rien et qui un jour se retournent contre vous comme deux doigts repliés qui vous désignent au lieu de regarder le monde.»

Cinq monologues qui nous interpellent profondément et nous invitent à nous projeter dans l’avenir avec, souvent, l’incapacité de rejoindre cet Autre, trop accroché à son monde intérieur, à sa propre histoire. Et pour paraphraser l’auteur: «Savons-nous combien nous sommes également l’autre des autres, et ainsi fondateurs de l’existence de ceux que nous rencontrons?»…

Une pièce de théâtre à lire et à relire. Percutante.


VALÉRIE DEBIEUX,
La Cause littéraire

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Histoires de la pièce

Midi se compose de cinq monologues, Les noyés, L’oubli, La promesse, Maison à vendre, Main gauche, et d’un dialogue à deux voix, Mon amour et moi.
Dans différents espaces de jeu – un salon, une maison à vendre, un cabanon en bord de rivière, un atelier de prises de vues, un bureau médical, une antichambre – les spectateurs sont seuls, ou à trois, face à un personnage. Lorsque les scènes d’une quinzaine de minutes sont terminées, chaque spectateur passe d’un lieu à l’autre, traversant chaque fois l’antichambre où un couple joue, en boucle, son histoire d’amour.

Dans les monologues, les personnages sont exposés à la lumière vive d’un événement personnel qui a transformé durablement leur existence. Sans réponse à la question : « Pourquoi cela est-il arrivé ? », ils scrutent les enchaînements de circonstances qui les ont menés jusque là.
Une femme s’aperçoit que plus rien ne la relie à sa maison et décide de la vendre.
Un coupable qui n’a pas été jugé met à l’épreuve sa puissance et moque la justice.
Une musicienne de renom, dont la capacité de jouer avec ses deux mains a été perdue, dénonce l’ancien esclavage de son corps et découvre une nouvelle façon de faire de la musique.
Un homme, médecin, honore une promesse, se retrouve au ban de la société, et demande qu’un seul être, au moins, admette la valeur de son acte.
Une femme ne reconnaît plus les visages et lutte contre sa peur en prenant des photos.

Dans le dialogue intitulé «Mon amour et moi» joué dans l’antichambre, le couple fait tourner une mécanique incessante. A travers des situations quotidiennes – faire l’amour, se promener, se donner des petits noms, visiter les parents… – il représente des étapes-type du cycle amoureux : fusion, individuation, conflit, raison. Quelle que soit la situation, il agit inéluctablement de la même manière, passant et repassant par les mêmes étapes sans rien apprendre, semble-t-il, de ses expériences. L’homme et la femme du couple sont, comme tous les personnages de Midi, traversés par les faits, impuissants à contrôler leur cours, mais lucides. Ils prennent à témoin les spectateurs qui retrouvent dans cette antichambre la place qu’ils occupent habituellement au théâtre.

Thèmes

La quête d’un lien, ponctuel ou durable, nous met en mouvement et façonne notre histoire personnelle. Sans un autre, parvenons-nous à exister, à nous souvenir, à nous projeter dans l’avenir? Savons-nous combien nous sommes également l’autre des autres, et ainsi fondateurs de l’existence de ceux que nous rencontrons?
La puissance des liens interpersonnels est extrême puisqu’ils font et défont notre capacité à exister. Dans Midi, seul le rapport à un autre espéré ramène vers le monde des hommes un individu isolé. Cependant, ce lien peut être mis en échec par l’incapacité de rejoindre cet autre là où il se trouve. La volonté de conquête et de maîtrise, par exemple, nie la relation commencée, l’invalide, et renvoie chacun à sa solitude. Midi traite de cet échec, de la ­constitution du vide en l’absence de l’autre, mais aussi, malgré tout, de la possibilité de trouver un nouveau rapport au monde lorsqu’il a été altéré.
Dans Midi…, le passé n’est pas accessible comme un album de photographies. Il est reformulé, refondé lors de chaque rencontre où des expériences vécues sont contées. Nos lieux de vie sont influencés par cette plasticité du passé. Comment, par exemple, continuer d’habiter une maison qui se vide de ses souvenirs, c’est-à-dire de notre propre histoire ?
La relation à l’autre forge un temps et un espace vivants, mobiles. Sans cette relation, il ne reste qu’un temps au cours mécanique, dans un espace contraint, comme un engrenage qui tourne sans cesse, dans le vide.

Différents espaces de jeu et déplacement du spectateur, pourquoi?

Les espaces de jeu représentent différents espaces-temps du cours de notre existence. Les déplacements du spectateur sont des sas entre ces espaces-temps, des parties de « rivières entre les rapides », des périodes de vie dans lesquels rien de nouveau ne survient, où se préparent les événements particuliers qui surviendront bientôt.
Le fait que chacun de nous se retrouve, de façon cyclique, dans des circonstances analogues, est représenté par le retour systématique du spectateur, entre les scènes, dans le lieu central.

Pourquoi une relation singulière entre personnage et interlocuteur?

La relation concerne personnellement le spectateur, car le personnage interprété par le comédien a besoin de cette relation pour prendre forme.
Le spectateur n’a pas besoin de s’identifier à ce que vit le personnage, mais il répond à sa manière, avec sa sensibilité, son besoin de proximité ou de distance, à la quête de lien du personnage.
Le jeu se développe de façon singulière avec chaque spectateur.

Dispositif

Midi à l’ombre des rivières est un spectacle conçu pour quinze spectateurs et dix comédiens. Il est donné deux fois au cours de la même soirée. La durée de chaque représentation est d’une heure quinze minutes. Les spectateurs découvrent le trajet qu’ils feront à travers les différents espaces de jeu dans le programme reçu à l’entrée du théâtre.
Pour la création de la pièce, on a choisi d’alterner les comédiens du couple de Mon amour et moi, de doubler Les noyés et de tripler L’oubli. On a également fait en sorte que les spectateurs assistent soit à La promesse, soit à Les noyés.
Le tableau ci-après décrit le parcours des spectateurs et la distribution des rôles. Le spectacle commence au temps T0. Quinze minutes plus tard (ligne «15’»), tous les spectateurs et certains comédiens changent d’espace de jeu. Les déplacements se répètent ainsi de quinze minutes en quinze minutes jusqu’à la fin de la représentation.
Les spectateurs sont numérotés de un à quinze. En dessous du numéro de spectateur se trouve le prénom des acteurs. Le spectateur 1, par exemple, voit successivement La promesse, Maison à vendre, Main gauche, Mon amour et moi, L’oubli.

ÉRIC MASSEREY



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Extraits (Acrobat, 496 Ko)

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