STEIGER, ANDRÉ



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Comédien, metteur en scène, adaptateur, écrivain et pédagogue, André Steiger s’est formé au Conservatoire de Genève (classe de Greta Prozor), puis au Centre d’apprentissage d’art dramatique de la rue Blanche (Paris) et à la section spéciale théâtre de la Sorbonne.
À Paris, dans les années cinquante, il a fondé la Compagnie André Steiger. Puis, plus tard, il a également codirigé la Comédie du Centre-Ouest et le Théâtre populaire de Lorraine, a été attaché à la direction du Théâtre national de Strasbourg et a été assistant à la direction du Théâtre du Parvis à Bruxelles.
De retour en Suisse, entre Genève et Lausanne, dès 1975, il anime le T’ACT, groupe autogéré.
Parallèlement à ses quelque deux cent cinquante mises en scène, André Steiger a depuis toujours été très engagé dans des activités de pédagogie et d’animation. Notamment à l’École du TNS (France), à l’INSAS (Belgique), puis comme doyen-responsable des études à la SPAD (Conservatoire de Lausanne). Récemment, il a animé des stages de formation continuée et mené plusieurs cycles de conférences sur l’histoire du théâtre au Théâtre Saint-Gervais, Genève, ainsi qu’à la Comédie de Genève et au Théâtre 2.21 à Lausanne.
Ces dernières années, il a notamment créé et interprété aBBcédaire, mis en scène Suchard titre provisoire, de Michel Beretti, et La Pension Cerisaie, de Bernard da Costa et joué dans Le Principe d’incertitude, de Michel Beretti.

FRANçOIS MARIN
Dictionnaire du théâtre en Suisse, sous la dir. d’Andreas Kotte, Zurich: Chronos, 2005.

André Steiger ne collabore plus avec Bernard Campiche Éditeur.



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Le rapt du savoir ou l’autodidacte permanent

André Steiger est un enfant de Plainpalais, quartier populaire de la Genève des années 30, théâtre de toutes les passions politiques. Autodidacte, il abandonne l’école à quinze ans et travaille en usine, tout en faisant du théâtre amateur ouvrier. Il suit au Conservatoire les cours de Greta Prozor, fille du premier traducteur d’Ibsen, et fait ses débuts comme comédien au Théâtre de Poche. Son séjour d’un an au sanatorium cristallise sa passion pour les livres, un atout majeur qui fera de lui un interprète hors pair des textes du patrimoine autant que du répertoire contemporain.
En quête de perfectionnement, il part pour Paris, en 1950, où il est reçu à l’Ecole de la rue Blanche. Parallèlement, il suit les cours de la Sorbonne, en section théâtrale. Désireux de mettre en pratique cette formation, Steiger et ses camarades s’impliquent dans le mouvement naissant de la décentralisation. A la recherche d’un nouveau public, ils fondent la Comédie du Centre-Ouest. Leur troupe sillonne la province pour faire partager le théâtre partout où il n’est pas.
À Paris, Il participe aux  activités du Théâtre des Nations et réalise des programmes radiophoniques pour annoncer les spectacles étrangers. C’est ainsi qu’il aura accès aux répétitions de Luchino Visconti, Giorgio Strehler et, en 1954, de Bertolt Brecht. La découverte du Berliner Ensemble va provoquer une manière de révolution dans la vie artistique française. Derrière Roland Barthes et Bernard Dort, le jeune homme s’engouffre dans la brèche.
Dès lors, il a sa propre compagnie et mène de front une intense activité de création à Paris (Théâtre de Lutèce, Théâtre National Populaire), dans le Limousin, en Bourgogne et en Bretagne (Strindberg, Brecht, Arthur Adamov et une relecture des classiques: de Shakespeare à Kleist via Molière, Goldoni et Labiche) combinée à une action pédagogique iconoclaste et une présence aiguë dans le débat d’idées.
Après avoir codirigé le Théâtre populaire de Lorraine avec Jacques Kraemer, il est appelé par Hubert Guignoux à rejoindre la direction du Théâtre National de Strasbourg et son école, en 1968. Dans une institution plutôt marquée par le réalisme psychologique et Stanislawski, son enseignement d’inspiration épique et brechtienne, mâtiné de Freud et Derrida, va irradier plusieurs volées d’étudiants et provoquer de fortes polémiques.
Brillant professeur à l’érudition protéiforme et à l’ironie féroce, Steiger va être le catalyseur d’une époque et influencera durablement une génération talentueuse (Robert Gironès, Jean-Louis Hourdin, Jean-Paul Wenzel, Michel Deutsch,...). C’est dans une odeur de soufre qu’il quitte Strasbourg pour rejoindre Bruxelles, une ville où il a déjà exercé, pour assister Marc Liebens à la direction du Théâtre du Parvis, scène ouverte et à l’avant-garde, qui écrira les plus belles pages du théâtre belge, notamment avec sa version mémorable de Mesure pour mesure de Shakespeare.
C’est depuis Bruxelles que Steiger va commencer à se rapprocher de la Suisse, où il réalise des spectacles à la Comédie de Genève, au Théâtre de Poche et au Centre Dramatique de Lausanne (aujourd’hui Théâtre de Vidy).
En 1974, il revient s’installer dans sa ville natale, tout en continuant à travailler en France. Omniprésent, il multiplie les spectacles (et les stages) sur les scènes, grandes et petites; il réveille la profession par ses manifestes flamboyants et des spectacles qui donnent à penser. C’est à lui que l’on doit l’invention du T’ACT, groupe autogéré de production théâtrale, qui réunit la crème de la nouvelle vague romande (Yvette Théraulaz, Michèle Gleizer, Ursula Petzold, Bernard Bengloan, Roland Deville, Roger Jendly, Michel Beretti...) et signe les spectacles les plus vifs et inventifs du moment. Une expérience qui rencontre un grand succès, mais déroute les institutions de la place et une profession frileuse.
En 1984, il est nommé doyen de la section d’Art dramatique de Lausanne; durant dix ans, c’est une nouvelle génération qui va se frotter à son enseignement. C’est à cette époque qu’il recommence à jouer notamment sous la direction de Hervé Loichemol et Marc Liebens. A la fin des années 80, Jean Le Poulain puis Antoine Vitez l’invitent à deux reprises à la Comédie française où il monte Le véritable Saint-Genest de Rotrou et Amour pour amour de Congrève. Benno Besson fera de même à la Comédie de Genève.
Ces dernières années, Steiger a réuni les quatre points cardinaux de son métier: enseignement, mise en scène, jeu, écriture.

PHILIPPE MACASDAR, Directeur du Théâtre Saint-Gervais, Genève


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L’Aveu de théâtre